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Éthiopie / Politiques / Opposition

Entretien avec Ghennet Girma
militante de l'opposition éthiopienne

Membre du Parti révolutionnaire du peuple éthiopien (PRPE), la fille du président Girma Woldé Ghiorgis se bat pour les droits de l’homme, la liberté d’expression, la cause des femmes.

Dénonçant le sort des prisonniers politiques, elle fustige cette fâcheuse tendance régionale qu'ont les pays de la Corne à mettre leurs opposants en prison et à soutenir les opposants du voisin.

 


PROPOS RECUEILLIS PAR
ALAIN LETERRIER

 

Ghennet Girma sur www.lesnouvelles.org

Ghennet Girma est militante au sein du PRPE, « le plus anciens partis d’opposition d’Éthiopie ». Elle se bat pour les droits de l’homme, pour la liberté d’expression, pour la cause des femmes, tant pour son pays que dans un cadre international.

À propos de son père, le président Girma Woldé Ghiorgis, Ghennet énonce leurs divergences politiques tout en affirmant : « C’était un père formidable, non seulement pour moi mais pour tout son entourage. »

Quand nous l’avons rencontrée, elle rentrait du Forum européen de Florence, où elle avait participé à différents ateliers et conférences. Convaincue que la globalisation doit tenir compte de la place de l’humain et pas seulement de celle des marchés, Ghennet est à l’écoute des expériences que des femmes et des hommes mènent sous toutes les latitudes, pour instaurer un monde plus social.

Concernant son pays, Ghennet Girma souhaite le respect des droits de l’homme et de la liberté d’expression. Elle émet les plus grandes craintes sur une “ethnicisation” de la vie politique éthiopienne et de vives critiques sur les aspects juridiques, sociaux et économiques.

 
[Paris, 12 janvier 2003]

Ghennet Girma. – Concernant les paysans éthiopiens, il y a le grave problème de la propriété de la terre. Beaucoup de gens pensent qu’il est mieux que la terre n’appartienne pas aux paysans, quelle soit propriété de l’État. C’est une position idéologique très tranchée mais qui ne tient pas compte des réalités actuelles. En Éthiopie, si on veut avoir une terre, une maison, quelque chose à soi, il faut être du côté du régime. Donc, il n’y a que des gens qui sont amis de Tigréens ou qui viennent du Tigray qui ont accès à ces biens. Pour moi, la seule solution serait que les paysans aient leur propre terre, qu’ils la travaillent et commercialisent leur production.

LNA. – Êtes-vous pour la privatisation ?
GG. – Il y a eu une privatisation avec le changement de régime, mais il ne s’agissait que d’une mainmise totale sur le secteur économique grâce au pouvoir politique. Des organismes tel que “Effort” se sont accaparés des biens qui étaient aux mains de l’État auparavant, en marginalisant les potentiels des forces économiques nationales. Il y avait beaucoup d’obstacles pour des commerçants qui n’étaient pas liés avec les gens du pouvoir ; alors qu’on faisait croire qu’il y avait libre échange.

Privatiser la terre, oui ! Les services publics (santé, éducation, etc.) doivent rester publics, mais la terre doit être privatisée, si on veut lutter contre la famine.
Pour les paysans éthiopiens, la nationalisation de la terre a toujours été un problème. Du temps de Menguistu, l’État gérait tout, il fallait être dans son parti, soutenir son pouvoir pour avoir des engrais et les produits indispensables. Maintenant il y a la famine en Éthiopie mais beaucoup de gens n’ont pas pu accéder aux engrais ou à d’autres choses dont ils ont besoin. C’est, par exemple, le cas dans le sud.

Concernant la famine, je mets en cause aussi les fronts tigréen et érythréen. En 1984-1985, avant qu’ils n’arrivent au pouvoir, il y a eu aussi une grande famine en Éthiopie. Ils ont accusé le pouvoir de l’époque [derg] d’investir l’argent dans la guerre au lieu de l’utiliser pour le développement… puis ils ont fait la même chose. Par ailleurs, après l’accession au pouvoir de l’actuel régime, certaines régions ont été mieux servies que d’autres.

LNA. – Selon vous, la guerre serait une des causes de la famine ?
GG. – La famine en Éthiopie est endémique, on le sait, on l’a toujours su. Donc on ne peut pas donner la priorité à des choses qu’on ne peut pas se permettre.

Faire la guerre sur une frontière, sur une petite région frontalière, alors qu’il n’y a pas vraiment de gros problèmes dans ces régions, c’est le résultat d’un orgueil de dominant. Comment peut-on prévenir ces situations de famine si on n’investit pas dans les secteurs concernés. L’Éthiopie n’est pas démunie de terres, de richesses…

LNA. – La propriété foncière a-t-elle à voir avec la famine endémique ?
GG. – Oui, parce que si les gens savent que la terre leur appartient, ils vont la travailler pour eux-mêmes et pour améliorer leurs conditions de vie.

Il y a eu une famine en Éthiopie en 1973 ; il y en eu une autre en 1985 ; il y en a encore une autre maintenant. Si le régime de Mélès Zénawi ne fait pas mieux que Menguistu, pourquoi est-il venu au pouvoir ? Ils sont en train de refaire la même chose, et même pire. Au moins, du temps de Menguistu, tout était éthiopien. On nous a dit que des régions ont souffert de la guerre, le Tigray…, donc qu’il fallait le soutenir. Ensuite, que l’Éthiopie était mieux économiquement, que les silos étaient remplis de grain, qu’il y avait un surplus de maïs et qu’on l’a vendu aux pays voisins. Et maintenant, ils accusent les pays donateurs de ne pas répondre à la demande d’aide, en disant que pourtant ils ont averti à temps. Il y a maquillage de la réalité ; aujourd’hui nous sommes face à une famine qui est le double de ce qu’elle était avant.

Alors on a honte d’avoir encore la famine en Éthiopie, parce qu’on a des gouvernements qui n’arrivent pas à gérer la situation. Ce qui les intéresse, ce n’est pas ce qui se passe en Éthiopie, c’est l’image qu’ils donnent aux pays donateurs. Ceci vaut pour les silos « remplis de grains », mais aussi pour la liberté d’opinion et d’expression, qui n’existent pas en Éthiopie.

Concernant la famine, c’est là qu’est le problème : on n’a pas investi prioritairement dans les secteurs qui auraient permis de l’éviter. C’est pareil pour le sida.

LNA. – « On n’a pas investi » sur la famine et sur le sida ?
GG. – Oui, pour le sida aussi. Le Cameroun importe des médicaments à bas prix d’un laboratoire indien. C’est ainsi, ou comme le font les Sud-africains qu’il faut essayer de faire les choses. Mais qu’est-ce qui fut décrété prioritaire en Éthiopie ? La répression des dissidents, l’acharnement sur la presse dite libre, la guerre contre l’Érythrée, l’organisation des opposants érythréens, l’argent dépensé pour se débarrasser d’Issayas Afeworki…

Là est le malheur de la région. C’est une constante, comme du temps d’Haïlé Sellassié. Au lieu de faire en sorte qu’il n’y ait plus d’opposants politiques en prison dans son propre pays, chaque pays soutient les opposants du pays voisin. C’est valable pour Mélès Zénawi avec les opposants érythréens ; Afeworki, de son côté a essayé d’organiser l’OLF ; le Soudan est aujourd'hui du côté de l’Éthiopie alors qu’hier il était du côté de l’Érythrée…

Les pays de la Corne ont autre chose à faire que de s’occuper d’organiser les opposants de leurs voisins. Il y a d’autres priorités ; nous sommes des pays pauvres.

LNA. – Où en est l’opposition éthiopienne ?
GG. – epuis une dizaine d’années, il y a eu beaucoup d’efforts déployés pour parvenir à un regroupement. Il ne s’agit pas seulement de renverser le régime, il s’agit de se reconnaître mutuellement.

En 1990, il y a eu une grande réunion au Canada, c’était presque la fin du régime de Menguistu. À ce moment-là, le FPLT (1) et le FPLE (2) étaient invités tous les deux à participer à cette réunion, mais ils n’ont pas voulu venir vers nous.

Depuis un an, il y a une évolution concrète, nous sommes en train d’organiser une conférence “All partis conference”. Onze organisations y participent pour l’instant. La seule qui n’y est pas encore, c’est le FLO (3) ; il y a beaucoup de tendances dans ce parti, donc nous espérons que certaines seront représentées. Cette conférence doit s’ouvrir au mois de mars. Toutes ces organisations se reconnaissent et vont tenter de trouver une plateforme commune, de façon à empêcher la domination d’une seule force, à l’empêcher de gagner militairement ou par je ne sais quel miracle. Ensuite, il faut qu’elles se mettent d’accord sur les droits, la liberté d’opinion et sur la coexistence de toutes les tendances, que ce soit sur un plan ethnique ou national. Dans cette conférence, toutes les ethnies seront représentées.

Ça a pris une génération, mais on y arrive. En 1993, quand j’ai été emprisonnée en Éthiopie, le chef de notre délégation était Aberra Yemaneab (il est toujours en prison) ; il appartenait au Meison (4), moi je suis au PRPE (5) : il n’y avait aucun problème, nous avons travaillé ensemble.

Il faudra retenir les leçons des erreurs de Mélès Zénawi, de Menguistu et de ceux qui les ont précédés. Il est très facile, lorsqu’on arrive au pouvoir, de faire la même chose, y compris la guerre. Qui aurait cru que Mélès et Afeworki allaient se faire la guerre ? Ils avaient une solidarité de lutte, une amitié et même des liens familiaux…

LNA. – Quel pourrait être le programme minimum commun à toute l’opposition ?
GG. – 1) L’Éthiopie unie ; 2) Le pluralisme pour garantir la démocratie ; 3) L’organisation d’une transition ouverte à toutes les forces politiques. Le premier point, c’est que tous soient inclus. Par exemple, au début, certains partis disaient que si le FLO était représenté, eux ne seraient pas présents. Il y a tellement de préjugés, que certaines personnes disent qu’il ne faut pas accepter les organisations à base ethnique. Comme si on pouvait ne pas tenir compte de la réalité.

Aujourd’hui, Mélès Zénawi veut éviter les organisations à base ethnique dans son gouvernement. Il veut que son parti soit national parce qu’il est devenu impopulaire au Tigray suite à la division interne et l’emprisonnement de ses propres compagnons. Il fait son autocritique pour dépasser l’ancien système “albanais” ; son mouvement est en train d’éliminer un certain nombre de personnes pour constituer un parti national. Au bout de dix ans, on se rend compte qu’une organisation politique à base ethnique ne peut pas aller dans le bon sens. Mais comme il est au pouvoir et qu’il veut y rester, il prêche le contraire de ce qu’il a fait pendant dix ans. Il a beaucoup de difficultés avec les anciens du FPLT, avec les gens du sud et avec les organisations oromos, parce qu’il n’arrive pas à manipuler les organisations qu’il a lui-même créées dans certaines régions.

LNA. – Quelle est la place du PRPE dans l’opposition éthiopienne ?
GG. – D’abord, sur un plan structurel, c’est l’organisation la plus large et c’est la plus ancienne. Nous venons de fêter le trentième anniversaire. Nous menons des activités durables et constantes, nous sommes connus pour nos publications, nos réunions nos prises de positions à temps sur les événements essentiels. Nous avons des radios qui ciblent le pays et aussi la diaspora.

Le PRPE a été une école politique pour beaucoup de membres d’autres partis, même ceux à base ethnique. Les leaderships politiques restent, même s’ils s’organisent sur d’autres bases. En même temps, ce parti a payé très cher son existence. Beaucoup ont été emprisonnés, torturés, ont souffert de la répression sous Menguistu. Pendant cette période-là, toute une génération de personnes a eu accès à l’éducation, et est passée par le PRPE. Mélès Zénawi le sait ; quand il veut se débarrasser d’une personnalité politique, il l’accuse de faire partie du PRPE.

Aujourd’hui, le principal est de rallier les partis qui veulent travailler ensemble. Les grands problèmes de l’Éthiopie (famine, sida) on va les résoudre ensemble, avec nos élites. Aux États-Unis et ailleurs, il y a des médecins, des enseignants… qui seraient prêts à s’investir en Éthiopie. Certains ont essayé de retourner en Éthiopie, parce qu’ils n’avaient pas d’activités politiques. Ils sont retournés avec leur famille mais ils ont rencontré pas mal d’obstacles. Le gouvernement dit qu’il a mis en place une nouvelle politique pour faciliter le retour des Éthiopiens exilés, mais je pense qu’ils n’ont pas su exploiter cette chance formidable. C’est lié à la liberté générale. Tant que les gens auront peur, ils ne voudront pas revenir.

Ghennet Girma sur www.lesnouvelles.org

LNA. – Comment qualifieriez-vous les trois dernières périodes politiques de l’Éthiopie : le régime de l’empereur Haïle Sellassié, celui de Menguistu et l’actuel pouvoir ?
GG. – D’abord, il y avait une monarchie absolue qui a refusé la création d’un parlement. On aurait pu passer à une monarchie constitutionnelle, cela aurait été un pas en avant, au lieu de tous ces massacres et excès idéologiques qu’on a connus.

Ensuite, il y a eu une dictature militaire qui n’a pas voulu inclure les civils. Une fois qu’ils ont compris comment fonctionnaient les régimes des pays de l’Est, ils ont éliminé les civils, tous leurs proches et même les membres de leur junte.

Et maintenant, en fin de compte, on a une dictature ethnique. Tous les problèmes non résolus resurgissent. C’est le résultat d’années de répression, d’échecs qui ont amené la situation à ce point..

LNA. – Selon vous, depuis la chute du derg, il n’y a pas d’évolution positive ?
GG. – Pour moi, le plus négatif c’est l’aspect ethnique. Je ne peux pas l’accepter. Avant que Menguistu ne prenne le pouvoir, il y a eu beaucoup d’espoir ; de grandes manifestations revendiquaient l’égalité des religions, la place des femmes, la terre à ceux qui la cultivent… Tout cela a été éclipsé par cette tendance militariste qui allait bien dans l’héritage de la soumission à la monarchie. Quand le FPLT est arrivé au pouvoir, il y avait une grande évolution dans la conscience politique du pays, qui était le résultat des années noires du derg. Il y a eu des revendications plus claires : plus de démocratie, moins d’idéologie. C’est ce qu’on a vu au début du régime de Mélès Zénawi ; quand il y a eu la liberté de la presse, il y a eu un foisonnement de journaux, la création d’associations, etc. Mais ils ont voulu décourager la création de partis à portée nationale, ils ont soutenu les partis à base ethnique pour la période transitoire. En faisant cette transition, ils ont tout cassé. Lors de la première conférence à Londres, ils ont refusé la participation des partis politiques. Puis, à Addis-Abeba, ils n’ont accepté que les partis à base ethnique, qu’ils avaient créés de toutes pièces.

LNA. – Et les évolutions économiques ?
GG. – L’appauvrissement de la population s’est accru, il y a beaucoup de chômage et la majorité des personnes ne mangent pas à leur faim. Même si le pouvoir projette des chiffres de croissance, la réalité est tout autre. Ils ont dit qu’il y avait la liberté, que les gens cultivaient leurs terres, que les régions étaient autonomes, c’est faux. Ils ont laissé croire qu’il y avait libéralisation de l’économie, alors qu’en réalité toutes les entreprises sont gérées par des conseils d’administration formés de membres du parti au pouvoir. Ils ont le gouvernement, la décision, l’accès aux marchés. Même dans les régions autres que le Tigray, ils ont mis en place leurs propres hommes, dans des organisations créées à leur image.

LNA. – Vous n’aviez pas participé aux dernières élections en Éthiopie, pourquoi ?
GG. – Notre parti n’a pas d’existence légale en Éthiopie. Il est interdit. Quand nous sommes allés participer à la conférence de réconciliation, nous avons été emprisonnés alors qu’il était convenu que nos partis devaient participer à la conférence.

Toute tentative pour faire débloquer la situation et encourager le dialogue, pour rechercher des solutions politiques ont échoué à cause de l’intransigeance du régime, qui n’a même pas libéré les prisonniers politiques. Depuis des années, des personnes sont emprisonnées pour des délits d’opinion ou ont disparu.

Comme ils ont su qu’on était en train organiser une conférence réunissant des partis, “All Partis Conference”, ils ont invité certains de ces partis à participer à un débat avec Mélès Zénawi, afin de tenter de casser le mouvement de rassemblement. Le fait qu’il n’y ait qu’un seul parti, le PDE (6) à participer nous a permis de tester nos alliances et le débat n’a abouti à rien.

Par ailleurs, les élections sont des farces contrôlées par le pouvoir qui fait ce qu’il veut avec les lois électorales, qui a sa police, son armée et sa sécurité réorganisées selon un critère ethnique. Il serait utile de revoir les rapports des observateurs européens, notamment ceux compilés par l’institut norvégien de droits de l’homme.

LNA. – Est-il imaginable que vous-même retourniez en Éthiopie un jour ?
GG. – [Rires.] Sûrement… Un jour. Bien que je me sente chez moi ici en France, que ma fille y soit née.

Mais il faut qu’il y ait le respect des droits élémentaires, la participation de toutes les forces politiques, sans recours à la répression. Le reste peut se faire dans des luttes légales, politiques. La transition peut se dérouler comme dans d’autres pays africains, sans chasse à l’homme. En Éthiopie, des gens sont tués en plein jour dans la rue. Il y a une base minimum à respecter.

LNA. – Votre père, Girma Woldé Ghiorgis est président de l’Éthiopie. Comment vivez-vous cette situation paradoxale : vous militante d’un parti d’opposition très virulent et lui membre du pouvoir ?
GG. – Il est devenu Président quand j’avais cinquante ans, quand j’étais une adulte ayant ses convictions et une vie à elle !

J’aime beaucoup mon père, j’ai eu une enfance heureuse. C’était un père formidable, pour moi mais aussi pour tout son entourage. Cela ne veut pas dire que nous ayons la même idéologie, les mêmes idées et encore moins la même position politique par rapport à la situation actuelle en Éthiopie. Il a toujours su mes opinions et m’a toujours acceptée telle que j’étais. J’ai toujours été très combattante ; j’affirmais mes idées que ce soit dans le domaine familial ou autre. Il m’a toujours connue comme ça. Quand la situation politique en Éthiopie était dominée par des organisations ethniques, il a opté pour une organisation ethnique oromo. Nous avons eu beaucoup de débats. Je lui disais : « Tu ne nous a pas élevés en tant qu’Oromos, Gouragés ou Amharas ; tu nous as élevés en tant qu’Éthiopiens, donc nous sommes des Éthiopiens. » Quand je suis sortie de prison, j’étais avec lui, nous avons discuté. Quand il est devenu Président, au début j’étais un peu choquée, mais c’est comme ça. Je ne lui ai pas demandé la permission pour être membre du PRPE, donc il n’avait pas à me consulter [rires] !

Les gens qui l’ont nommé l’ont fait en connaissance de cause. On ne peut pas dire que je ne suis pas connue en Éthiopie. Je pense aussi qu’il y avait une situation au sein du parlement qui faisait que le pouvoir n’arrivait plus à contrôler l’OPDO (7), l’organisation politique oromo ; parce que, dans la logique ethnique du pouvoir, le Président doit être de cette organisation. Il était là à un moment utile, il avait de l’expérience et il avait été élu en région oromo, là où il est né, lors des élections de 2000. Il siégeait donc déjà au parlement. C’est parmi les membres du parlement qu’on choisit le Président, il a donc été désigné. Mais le pouvoir du Président est protocolaire ; depuis que Mélès Zénawi a pris la place de Tamrat Lainé, le pouvoir est aux mains du Premier ministre.


(1) FPLT : Front populaire de libération du Tigray.
(2) FPLE : Front populaire de libération de l’Érythrée.
(3) FLO : Front de libération oromo.
(4) Meison : Mouvement socialiste pan-éthiopien.
(5) PRPE : Parti révolutionnaire du peuple éthiopien.
(6) PDE : Parti démocratique éthiopien.
(7) OPDO : Organisation démocratique des peuples oromos.
Autre entretien de Ghennet Girma avec Les nouvelles d'Addis

Ghennet Girma, membre du PRPE, 1er mars 1999 [entretien autour de la révolution éthiopienne]


     

Entretiens du Premier ministre éthiopien avec Les nouvelles d'Addis

Mélès Zénawi, Paris, 28 novembre 1998 [en marge du sommet Afrique-France]


Mélès Zénawi, Addis-Abeba, 21 janvier 1999 [alors que la guerre avec l'Érythrée semble inévitable]


Mélès Zénawi, LNA, Addis Abeba, 23 janvier 2003 [avant le premier sommet de l'Union africaine]


     

Entretien du Premier ministre éthiopien avec Abyotawi

Mélès Zénawi, Addis-Abeba, juin 2001 [après les émeutes dramatiques d'avril 2001, pendant la grave crise du TPLF]


     

Tous les entretiens concernant l'Éthiopie et les pays voisins

Les grands entretiens des Nouvelles d'Addis [politique, culture, développement, société, sport, etc.]


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