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| Éthiopie / Politiques / Opposition
Entretien avec Ghennet Girma Membre du Parti révolutionnaire du peuple éthiopien (PRPE), la fille du président Girma Woldé Ghiorgis se bat pour les droits de lhomme, la liberté dexpression, la cause des femmes. Dénonçant le sort des prisonniers politiques, elle fustige cette fâcheuse tendance régionale qu'ont les pays de la Corne à mettre leurs opposants en prison et à soutenir les opposants du voisin.
Ghennet Girma est militante au sein du PRPE, « le plus anciens partis dopposition dÉthiopie ». Elle se bat pour les droits de lhomme, pour la liberté dexpression, pour la cause des femmes, tant pour son pays que dans un cadre international. À propos de son père, le président Girma Woldé Ghiorgis, Ghennet énonce leurs divergences politiques tout en affirmant : « Cétait un père formidable, non seulement pour moi mais pour tout son entourage. » Quand nous lavons rencontrée, elle rentrait du Forum européen de Florence, où elle avait participé à différents ateliers et conférences. Convaincue que la globalisation doit tenir compte de la place de lhumain et pas seulement de celle des marchés, Ghennet est à lécoute des expériences que des femmes et des hommes mènent sous toutes les latitudes, pour instaurer un monde plus social. Concernant son pays, Ghennet Girma souhaite le respect des droits de lhomme et de la liberté dexpression. Elle émet les plus grandes craintes sur une ethnicisation de la vie politique éthiopienne et de vives critiques sur les aspects juridiques, sociaux et économiques. Ghennet Girma. Concernant les paysans éthiopiens, il y a le grave problème de la propriété de la terre. Beaucoup de gens pensent quil est mieux que la terre nappartienne pas aux paysans, quelle soit propriété de lÉtat. Cest une position idéologique très tranchée mais qui ne tient pas compte des réalités actuelles. En Éthiopie, si on veut avoir une terre, une maison, quelque chose à soi, il faut être du côté du régime. Donc, il ny a que des gens qui sont amis de Tigréens ou qui viennent du Tigray qui ont accès à ces biens. Pour moi, la seule solution serait que les paysans aient leur propre terre, quils la travaillent et commercialisent leur production. LNA. Êtes-vous pour la privatisation ? Privatiser la terre, oui ! Les services publics (santé, éducation, etc.) doivent rester publics, mais la terre doit être privatisée, si on veut lutter contre la famine. Concernant la famine, je mets en cause aussi les fronts tigréen et érythréen. En 1984-1985, avant quils narrivent au pouvoir, il y a eu aussi une grande famine en Éthiopie. Ils ont accusé le pouvoir de lépoque [derg] dinvestir largent dans la guerre au lieu de lutiliser pour le développement puis ils ont fait la même chose. Par ailleurs, après laccession au pouvoir de lactuel régime, certaines régions ont été mieux servies que dautres. LNA. Selon vous, la guerre serait une des causes de la famine ? Faire la guerre sur une frontière, sur une petite région frontalière, alors quil ny a pas vraiment de gros problèmes dans ces régions, cest le résultat dun orgueil de dominant. Comment peut-on prévenir ces situations de famine si on ninvestit pas dans les secteurs concernés. LÉthiopie nest pas démunie de terres, de richesses LNA. La propriété foncière a-t-elle à voir avec la famine endémique ? Il y a eu une famine en Éthiopie en 1973 ; il y en eu une autre en 1985 ; il y en a encore une autre maintenant. Si le régime de Mélès Zénawi ne fait pas mieux que Menguistu, pourquoi est-il venu au pouvoir ? Ils sont en train de refaire la même chose, et même pire. Au moins, du temps de Menguistu, tout était éthiopien. On nous a dit que des régions ont souffert de la guerre, le Tigray , donc quil fallait le soutenir. Ensuite, que lÉthiopie était mieux économiquement, que les silos étaient remplis de grain, quil y avait un surplus de maïs et quon la vendu aux pays voisins. Et maintenant, ils accusent les pays donateurs de ne pas répondre à la demande daide, en disant que pourtant ils ont averti à temps. Il y a maquillage de la réalité ; aujourdhui nous sommes face à une famine qui est le double de ce quelle était avant. Alors on a honte davoir encore la famine en Éthiopie, parce quon a des gouvernements qui narrivent pas à gérer la situation. Ce qui les intéresse, ce nest pas ce qui se passe en Éthiopie, cest limage quils donnent aux pays donateurs. Ceci vaut pour les silos « remplis de grains », mais aussi pour la liberté dopinion et dexpression, qui nexistent pas en Éthiopie. Concernant la famine, cest là quest le problème : on na pas investi prioritairement dans les secteurs qui auraient permis de léviter. Cest pareil pour le sida. LNA. « On na pas investi » sur la famine et sur le sida ? Là est le malheur de la région. Cest une constante, comme du temps dHaïlé Sellassié. Au lieu de faire en sorte quil ny ait plus dopposants politiques en prison dans son propre pays, chaque pays soutient les opposants du pays voisin. Cest valable pour Mélès Zénawi avec les opposants érythréens ; Afeworki, de son côté a essayé dorganiser lOLF ; le Soudan est aujourd'hui du côté de lÉthiopie alors quhier il était du côté de lÉrythrée Les pays de la Corne ont autre chose à faire que de soccuper dorganiser les opposants de leurs voisins. Il y a dautres priorités ; nous sommes des pays pauvres. LNA. Où en est lopposition éthiopienne ? En 1990, il y a eu une grande réunion au Canada, cétait presque la fin du régime de Menguistu. À ce moment-là, le FPLT (1) et le FPLE (2) étaient invités tous les deux à participer à cette réunion, mais ils nont pas voulu venir vers nous. Depuis un an, il y a une évolution concrète, nous sommes en train dorganiser une conférence All partis conference. Onze organisations y participent pour linstant. La seule qui ny est pas encore, cest le FLO (3) ; il y a beaucoup de tendances dans ce parti, donc nous espérons que certaines seront représentées. Cette conférence doit souvrir au mois de mars. Toutes ces organisations se reconnaissent et vont tenter de trouver une plateforme commune, de façon à empêcher la domination dune seule force, à lempêcher de gagner militairement ou par je ne sais quel miracle. Ensuite, il faut quelles se mettent daccord sur les droits, la liberté dopinion et sur la coexistence de toutes les tendances, que ce soit sur un plan ethnique ou national. Dans cette conférence, toutes les ethnies seront représentées. Ça a pris une génération, mais on y arrive. En 1993, quand jai été emprisonnée en Éthiopie, le chef de notre délégation était Aberra Yemaneab (il est toujours en prison) ; il appartenait au Meison (4), moi je suis au PRPE (5) : il ny avait aucun problème, nous avons travaillé ensemble. Il faudra retenir les leçons des erreurs de Mélès Zénawi, de Menguistu et de ceux qui les ont précédés. Il est très facile, lorsquon arrive au pouvoir, de faire la même chose, y compris la guerre. Qui aurait cru que Mélès et Afeworki allaient se faire la guerre ? Ils avaient une solidarité de lutte, une amitié et même des liens familiaux LNA. Quel pourrait être le programme minimum commun à toute lopposition ? Aujourdhui, Mélès Zénawi veut éviter les organisations à base ethnique dans son gouvernement. Il veut que son parti soit national parce quil est devenu impopulaire au Tigray suite à la division interne et lemprisonnement de ses propres compagnons. Il fait son autocritique pour dépasser lancien système albanais ; son mouvement est en train déliminer un certain nombre de personnes pour constituer un parti national. Au bout de dix ans, on se rend compte quune organisation politique à base ethnique ne peut pas aller dans le bon sens. Mais comme il est au pouvoir et quil veut y rester, il prêche le contraire de ce quil a fait pendant dix ans. Il a beaucoup de difficultés avec les anciens du FPLT, avec les gens du sud et avec les organisations oromos, parce quil narrive pas à manipuler les organisations quil a lui-même créées dans certaines régions. LNA. Quelle est la place du PRPE dans lopposition éthiopienne ? Le PRPE a été une école politique pour beaucoup de membres dautres partis, même ceux à base ethnique. Les leaderships politiques restent, même sils sorganisent sur dautres bases. En même temps, ce parti a payé très cher son existence. Beaucoup ont été emprisonnés, torturés, ont souffert de la répression sous Menguistu. Pendant cette période-là, toute une génération de personnes a eu accès à léducation, et est passée par le PRPE. Mélès Zénawi le sait ; quand il veut se débarrasser dune personnalité politique, il laccuse de faire partie du PRPE. Aujourdhui, le principal est de rallier les partis qui veulent travailler ensemble. Les grands problèmes de lÉthiopie (famine, sida) on va les résoudre ensemble, avec nos élites. Aux États-Unis et ailleurs, il y a des médecins, des enseignants qui seraient prêts à sinvestir en Éthiopie. Certains ont essayé de retourner en Éthiopie, parce quils navaient pas dactivités politiques. Ils sont retournés avec leur famille mais ils ont rencontré pas mal dobstacles. Le gouvernement dit quil a mis en place une nouvelle politique pour faciliter le retour des Éthiopiens exilés, mais je pense quils nont pas su exploiter cette chance formidable. Cest lié à la liberté générale. Tant que les gens auront peur, ils ne voudront pas revenir.
LNA. Comment qualifieriez-vous les trois dernières périodes politiques de lÉthiopie : le régime de lempereur Haïle Sellassié, celui de Menguistu et lactuel pouvoir ? Ensuite, il y a eu une dictature militaire qui na pas voulu inclure les civils. Une fois quils ont compris comment fonctionnaient les régimes des pays de lEst, ils ont éliminé les civils, tous leurs proches et même les membres de leur junte. Et maintenant, en fin de compte, on a une dictature ethnique. Tous les problèmes non résolus resurgissent. Cest le résultat dannées de répression, déchecs qui ont amené la situation à ce point.. LNA. Selon vous, depuis la chute du derg, il ny a pas dévolution positive ? LNA. Et les évolutions économiques ? LNA. Vous naviez pas participé aux dernières élections en Éthiopie, pourquoi ? Toute tentative pour faire débloquer la situation et encourager le dialogue, pour rechercher des solutions politiques ont échoué à cause de lintransigeance du régime, qui na même pas libéré les prisonniers politiques. Depuis des années, des personnes sont emprisonnées pour des délits dopinion ou ont disparu. Comme ils ont su quon était en train organiser une conférence réunissant des partis, All Partis Conference, ils ont invité certains de ces partis à participer à un débat avec Mélès Zénawi, afin de tenter de casser le mouvement de rassemblement. Le fait quil ny ait quun seul parti, le PDE (6) à participer nous a permis de tester nos alliances et le débat na abouti à rien. Par ailleurs, les élections sont des farces contrôlées par le pouvoir qui fait ce quil veut avec les lois électorales, qui a sa police, son armée et sa sécurité réorganisées selon un critère ethnique. Il serait utile de revoir les rapports des observateurs européens, notamment ceux compilés par linstitut norvégien de droits de lhomme. LNA. Est-il imaginable que vous-même retourniez en Éthiopie un jour ? Mais il faut quil y ait le respect des droits élémentaires, la participation de toutes les forces politiques, sans recours à la répression. Le reste peut se faire dans des luttes légales, politiques. La transition peut se dérouler comme dans dautres pays africains, sans chasse à lhomme. En Éthiopie, des gens sont tués en plein jour dans la rue. Il y a une base minimum à respecter. LNA. Votre père, Girma Woldé Ghiorgis est président de lÉthiopie. Comment vivez-vous cette situation paradoxale : vous militante dun parti dopposition très virulent et lui membre du pouvoir ? Jaime beaucoup mon père, jai eu une enfance heureuse. Cétait un père formidable, pour moi mais aussi pour tout son entourage. Cela ne veut pas dire que nous ayons la même idéologie, les mêmes idées et encore moins la même position politique par rapport à la situation actuelle en Éthiopie. Il a toujours su mes opinions et ma toujours acceptée telle que jétais. Jai toujours été très combattante ; jaffirmais mes idées que ce soit dans le domaine familial ou autre. Il ma toujours connue comme ça. Quand la situation politique en Éthiopie était dominée par des organisations ethniques, il a opté pour une organisation ethnique oromo. Nous avons eu beaucoup de débats. Je lui disais : « Tu ne nous a pas élevés en tant quOromos, Gouragés ou Amharas ; tu nous as élevés en tant quÉthiopiens, donc nous sommes des Éthiopiens. » Quand je suis sortie de prison, jétais avec lui, nous avons discuté. Quand il est devenu Président, au début jétais un peu choquée, mais cest comme ça. Je ne lui ai pas demandé la permission pour être membre du PRPE, donc il navait pas à me consulter [rires] ! Les gens qui lont nommé lont fait en connaissance de cause. On ne peut pas dire que je ne suis pas connue en Éthiopie. Je pense aussi quil y avait une situation au sein du parlement qui faisait que le pouvoir narrivait plus à contrôler lOPDO (7), lorganisation politique oromo ; parce que, dans la logique ethnique du pouvoir, le Président doit être de cette organisation. Il était là à un moment utile, il avait de lexpérience et il avait été élu en région oromo, là où il est né, lors des élections de 2000. Il siégeait donc déjà au parlement. Cest parmi les membres du parlement quon choisit le Président, il a donc été désigné. Mais le pouvoir du Président est protocolaire ; depuis que Mélès Zénawi a pris la place de Tamrat Lainé, le pouvoir est aux mains du Premier ministre.
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Autre entretien de Ghennet Girma avec Les nouvelles d'Addis
Ghennet Girma, membre du PRPE, 1er mars 1999 [entretien autour de la révolution éthiopienne] Entretiens du Premier ministre éthiopien avec Les nouvelles d'Addis Mélès Zénawi, Paris, 28 novembre 1998 [en marge du sommet Afrique-France] Mélès Zénawi, Addis-Abeba, 21 janvier 1999 [alors que la guerre avec l'Érythrée semble inévitable]
Mélès Zénawi, LNA, Addis Abeba, 23 janvier 2003 [avant le premier sommet de l'Union africaine] Entretien du Premier ministre éthiopien avec Abyotawi Tous les entretiens concernant l'Éthiopie et les pays voisins |
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