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Djibouti / Politiques / Opposition

Daher Ahmed Farah : « Avec de la rigueur, de la compétence, de l’intégrité et du dévouement, le redressement est possible » à Djibouti

Dans un entretien accordé aux Nouvelles d'Addis, Daher Ahmed Farah, président du Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRD) revient sur « la multiplication des procédures » à son encontre. Une « vaine diversion », selon lui.

Et, bien qu'aujourd'hui il préfère évoquer la « mobilisation populaire accrue » que la perspective de l'élection présidentielle (question « prématurée », dit-il), on le sent bien : DAF est prêt pour ses nouveaux combats.

 


PROPOS RECUEILLIS PAR
COLETTE DELSOL ET ALAIN LETERRIER

 

Daher Ahmed Farah sur www.lesnouvelles.org
Daher Ahmed Farah en meeting à Ali-Sabieh
© MRD / le Renouveau
 

[Par e-mail, 24-28 juin 2003]

LNA. – Vous avez passé deux mois en prison, avec un bref intermède d'une journée de liberté, à cause d'articles parus dans le journal que vous dirigez, le Renouveau djiboutien. Ces articles étaient estimés diffamatoires. Or, vous avez été libéré le 23 juin 2003 et jugé non coupable. Quelle analyse faites-vous de ces événements et de la décision de la justice ?
Daher Ahmed Farah. – Ma libération est tout à fait normale du point de vue judiciaire puisque le délit de diffamation n’était point constitué. Que ce soit dans la plainte à la suite de laquelle j’ai été placé en détention préventive du 20 avril au 23 juin 2003 à la sinistre prison de Gabode, ou dans les autres, d’où qu’elles viennent. La multiplication des procédures, qui ont revêtu tantôt la forme de la citation directe, tantôt celle de l’information judiciaire assortie d’une détention préventive, n’était que vaine diversion et reflétait plutôt l’embarras de leurs auteurs devant la difficulté d’habiller en procès judiciaire une campagne de répression politicarde contre moi et le MRD. Les offres répétées de retrait de plaintes contre une simple lettre d’excuses de ma part, ne témoignent pas du contraire. En fait, ce sont l’échec de la tentative d’habillage judiciaire et la réaction multiforme à l’arbitraire et aux réflexes liberticides qui ont fait lâcher prise au régime. La pression extérieure est loin d’avoir été vaine.

LNA. – À la question « Qu'est-ce que ça cache votre libération ? », le jour de votre libération vous nous avez répondu : « Je ne sais pas encore ». Et à RSF, vous avez déclaré : « Cette fois je crois que c'est la bonne [...] Le climat est à l'apaisement ». Alors, êtes-vous dans l'expectative ou bien plein d'optimisme ?
DAF. – Les choses étant ce qu’elles sont à Djibouti, je ne saurais être plein d’optimisme. Une bonne décision de justice ne signifie point la fin de l’arbitraire. Je reste fidèle à la lutte.

LNA. – Au-delà de votre cas personnel, comment votre parti, le MRD (Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement) et les autres partis de l'opposition djiboutienne peuvent-ils se faire entendre à Djibouti ?
DAF. – Pour nous faire entendre à Djibouti, il nous faut continuer et intensifier la lutte. Avec une mobilisation populaire accrue, une plus grande combativité, un effort soutenu de sensibilisation des pays amis et du reste de la communauté internationale, des résultats sont possibles. Nous n’avons point le choix si nous voulons éviter une explosion et un scénario catastrophe.

LNA. – On a déjà noté de nouvelles attaques du pouvoir contre M. Ahmed Dini, le président de l'Alliance pour le renouveau démocratique (cf. La Nation, bi-hebdomadaire gouvernemental, 23/06/03). Avez-vous des informations sur des harcèlements dont pourraient faire l'objet d'autres personnalités de l'opposition ?
DAF. – Il est vrai que l’opposition dans son ensemble est confrontée à l’hostilité du régime. Le président Ahmed Dini Ahmed fait partie des cibles favorites. Les attaques sont multiformes et n’épargnent aucun terrain. C’est ainsi que, par exemple, un simple litige portant sur un immeuble de la capitale, connu sous le nom de Palmier au Zinc, qui oppose un ministre de Monsieur Ismaël Omar et deux leaders d’un parti d’opposition, l’Union pour la Démocratie et la Justice, est géré selon une logique de pression. L’immeuble devient l’otage du système, ce qui au fond n’arrange personne.

LNA. – Comment l'opposition entend-elle s'organiser dans la perspective de la prochaine élection présidentielle. Certains disent que vous pourriez être "présidentiable", qu'en pensez-vous ? Ne vaudrait-il pas mieux une candidature de Mohamed Guédi ?
DAF. – Je pense que cette question est prématurée.

LNA. – On a parlé de manifestations publiques, lors des diverses audiences de vos procès. Est-ce un fait nouveau à Djibouti ? Et, plus largement, comment analysez-vous l'évolution de l'expression de l'opinion publique djiboutienne ?
DAF. – Les manifestations publiques ne sont pas nouvelles à Djibouti bien que très combattues par le pouvoir. Cependant, une plus grande détermination est perceptible parmi les résistants au verrouillage fossoyeur.

LNA. – Dans votre journal, vous évoquez régulièrement les problèmes sociaux et économiques auxquels Djibouti est confronté. Selon vous, comment ces problèmes pourraient-ils être résolus ?
DAF. – La principale cause de nos problèmes économiques et sociaux est la mal-gestion du régime. C’est la prédation érigée en mode de gestion qui explique l’essentiel des difficultés économiques et sociales. Avec de la rigueur, de la compétence, de l’intégrité et du dévouement, le redressement est possible. La gestion s’améliorant, le mal refluerait, la crédibilité extérieure et intérieure se restaurerait et une dynamique positive serait imprimée à l’État et au pays.

LNA. – La société djiboutienne est organisée en ethnies, clans et sous-clans. Selon vous, Djibouti peut-il avoir à souffrir d'affrontements ethniques ou tribaux ?
DAF. – Je pense que le divisionnisme est, avec la prédation, le fait du régime. Il a recouru à fond au vieux « diviser pour régner ». Seulement, on ne peut indéfiniment tromper les gens. Avec le temps et les souffrances, les Djiboutiens ont appris à se méfier des sirènes divisionnistes, à distinguer le bon grain de l’ivraie. Après tout, nous ne sommes que quelques centaines de milliers d’âmes, et il y a de la place pour tout le monde. Ce dont la grande famille djiboutienne a besoin, c’est d’employer utilement son énergie et son temps.

     

Entretiens politiques concernant Djibouti

Ahmed Dini Ahmed (1),
président du Front pour la restauration de l'unité et de la démocratie (Frud-armé, Djibouti). Paris, 14 février 2000


Ahmed Dini Ahmed (2),
président du Front pour la restauration de l'unité et de la démocratie (Frud-armé, Djibouti). Paris, 12 juin 2001


Ahmed Dini Ahmed (3),
président du Front pour la restauration de l'unité et de la démocratie (Frud-armé, Djibouti). Paris, 26 décembre 2001


Ahmed Dini Ahmed (4),
président du Front pour la restauration de l'unité et de la démocratie (Frud-armé, Djibouti). Paris, 18 juin 2002


Ahmed Dini Ahmed (5),
président de l'Alliance républicaine pour le développement (ARD, Djibouti). Paris, 12 mai 2003


Jean-Paul Noël Abdi,
président de la Ligue djiboutienne des droits humains (LDDH). Paris, 8 juillet 2001


Hassan Mokbel,
président de l’Association pour la démocratie et le développement à Djibouti (ADD). Paris, 18 avril et 7 mai 2001


Mohamed Kadamy,
délégué du Front pour la restauration de l'unité et de la démocratie (Frud-armé, Djibouti) en Europe. Paris, 27 octobre 2000


Aref Mohamed Aref,
avocat et défenseur des droits de l'Homme. Paris, 29 mai 2001


Daher Ahmed Farah,
président du Parti du renouveau démocratique de Djibouti (PRD) et directeur du journal « le Renouveau ». Djibouti, juillet-août 2001 (par téléphone et e-mails)


     

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