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DJIBOUTI / POLITIQUES
Le Frud nexclut aucune voie. Membre du comité du Frud (1) en charge des relations extérieures, Hassan Mokbel voyage beaucoup. Nous lavons rencontré à Paris en janvier 2006. De son point de vue, « la dictature de Guelleh est difficilement démocratisable » Légende photos : 1 : Hassan Mokbel. (Paris, 24 janvier 2006) LNA. Deux précisions : Quelles sont vos responsabilités précises au sein du Frud ? Faut-il parler de « Frud » ou de « Frud-armé » ? Hassan Mokbel. Je suis membre du Comité du Frud et jai en charge actuellement les Relations extérieures. Il marrive aussi de matteler à dautres tâches. Nous maintenons le nom du Frud qui est encore porteur despoir pour une partie importante de la population et cela malgré les dissidences et les défections. Cest une manière aussi de souligner notre fidélité aux principes et aux objectifs du Frud. LNA. Cinq ans après laccord de paix signé entre feu-Ahmed Dini Ahmed, président du Frud, et le gouvernement djiboutien, on parle de la reformation dun maquis dans le nord du pays. Quest-ce qui na pas fonctionné dans laccord « de réforme et de concorde civile » ? HM. Cet accord signé le 12 mai 2001 a eu le retentissement que lon sait par la qualité de lun des signataires, Ahmed Dini, personnalité éminente, alors président du Frud. Mais cet accord a soulevé dès le début deux séries de problèmes liés au contenu, dune part, et au mode de garantie de son application, dautre part. Mais, par ailleurs, rien ne garantissait lapplication de laccord dans la mesure où les moyens de pression dont disposaient les combattants ont été brûlés sur le soi-disant bûcher de la paix et quaucune partie tierce (état ou organisation internationale) na été admise pour superviser le processus de paix. Les conséquences dramatiques de cette attitude irresponsable se sont fait sentir par la famine et la soif, dont se font lécho les organismes internationaux (PAM, FAO, etc.). LNA. Fin 2002, le jeu politique sest ouvert à Djibouti, avec lintroduction du multipartisme. Pourtant, lopposition continue à nier le fait quune démocratisation du pays soit en cours. Ce point de vue nest-il pas excessif ? HM. Cette question renvoie à une interrogation plus générale du passage dune dictature à la démocratie. Djibouti offre un exemple parfait de limpossibilité du passage dune dictature à une démocratie sans aucune transition. La lutte armée a obligé la dictature du parti unique qui a sévi de 1977 à 1992, à adopter une constitution et un quadripartisme sans quil y ait aucune avancée démocratique. La continuité de la lutte armée et un accord de paix accouche dun multipartisme intégral en septembre 2002. Une seule avancée, les partis ont pu se constituer sans entraves ; on leur accorde la légalité tout en les privant des moyens pour mettre en uvre leurs activités partisanes. Les opposants sont privés de leurs droits au travail, quand ils ne sont pas purement et simplement emprisonnés. Les partis légalisés, réunis au sein de lUAD (Union pour lalternance démocratique), ont participé aux élections législatives de janvier 2003, malgré le refus dindépendance de la CENI (Commission électorale nationale indépendante) et de la refonte des listes électorales. Ce fut un raz-de-marée en faveur de lopposition et contre le pouvoir. Ce qui na pas empêché ce dernier de rafler tous les sièges de députés. LUAD a boycotté lélection présidentielle davril 2005, ôtant toute légitimité à ce scrutin et ramenant à la case départ le processus démocratique. La dictature perdure avec un multipartisme de façade. De là à penser quil faut continuer ou reprendre la lutte armée pour atteindre une véritable démocratie, il ny a quun pas que des gens de plus en plus nombreux commencent à franchir. LNA. Pour le Frud, la seule solution serait-elle la reprise de la lutte armée ? HM. Le Frud, comme lensemble de lopposition, sont arrivés à la conclusion suivante : la dictature de Guelleh est difficilement démocratisable. Le Frud, qui est dans une démarche politico-militaire, nexclut aucune option. Pour le Frud, la lutte armée na jamais été la seule solution. Cette option sinscrit dans un large éventail, combinant des actions sociales de masse et des actions politiques et diplomatiques. Le Frud travaille à la construction dun rapport de force en faveur dun changement à Djibouti. LNA. Concrètement, quelles actions sont envisagées par le Frud ? Militairement quelles seraient vos cibles, et logistiquement quels sont vos moyens ? HM. Après une période difficile, le Frud se renforce de jour en jour, tout en se structurant tant sur le plan intérieur quextérieur. Le séminaire de mi-septembre 2005, organisé dans le maquis, a été une étape importante dans la réorganisation et la consolidation de sa ligne politique ; il a permis dintégrer au mieux le flux de nouveaux combattants. Le Frud a su, jusquà aujourdhui, assurer sa présence armée sur le terrain et se trouve en mesure de riposter à toute agression de la part de lAND (Armée nationale djiboutienne). En outre, le Frud a considérablement renforcé ses positions au sein de la diaspora djiboutienne en Europe, en Amérique du Nord et en Océanie (Nouvelle Zélande, Australie). La publication de deux revues bimestrielles : lÉtincelle, en français, et Sharara, en arabe, donnent plus de visibilité aux actions du Frud, de lopposition et des associations uvrant pour la défense des droits de lHomme. LNA. Quelle est la position de lopposition unie concernant loption de la lutte armée retenue par le Frud ? HM. Lopposition légale est favorable à toute option qui peut la faire sortir de limpasse, susceptible douvrir une brèche dans lomnipotence dIsmaïl Omar Guelleh. Une conférence réunissant toutes les composantes de lopposition djiboutienne est prévue pour harmoniser les points de vue. LNA. Est-ce bien sérieux, en 2006, alors que des forces internationales quadrillent le pays et que les satellites photographient le moindre centimètre carré de territoire, de vouloir implanter un maquis dans ce petit pays, souvent qualifié de plateforme aéroportuaire. HM. Le Frud ne va pas être « implanté en 2006 », il fait partie du paysage politique et géographique de Djibouti depuis quelques années. Les combattants du Frud qui ont maintenu les flammes de résistance contre vents et marées représentent lespoir pour toute lopposition et pour lensemble de la population dont une partie souffre de soif et de faim. Ainsi, ce qui ne serait pas sérieux, à laube du XXIème siècle, est le fait que les forces internationales apportent leur soutien technologique et autre au pouvoir personnel dun seul homme, au détriment des forces uvrant pour linstauration dune véritable démocratie à Djibouti. Par ailleurs, il ne faut pas perdre de vue que la stratégie dIsmaïl Omar Guelleh, de toujours faire jouer plus fort la concurrence entre larmée française et larmée américaine, est vouée à léchec. Comme dit le dicton français, « on ne peut pas courir deux lièvres à la fois » Posons le problème autrement. Que faire face à une dictature qui affame et assoiffe sa population et qui porte la violence en bandoulière ? Se résigner, faire lautruche ? La dictature est un fait social globalisant, elle ne laisse aucun espace autonome, népargne pas votre condition humaine. Elle détruit en vous tout ce qui est humain, anéantit les relations entre les êtres humains. Résister cest la réponse humaine à la barbarie de la dictature. Le fait de résister est en soi un acte permettant de poser les jalons pour un futur où des nouveaux rapports humains restent à créer. LNA. Nous parlons tranquillement de résistance armée Personnellement, avez-vous conscience de la dangerosité de vos paroles et de vos actes, pour vous et pour vos proches ? HM. En ce moment, mes pensées vont aux combattants du Frud qui risquent leur vie à chaque instant. À Djibouti, les résistants risquent gros, mais les autres catégories ne sont pas épargnées : Sagissant de ma personne, jai été arrêté, torturé, emprisonné et licencié pour avoir simplement participé à la rédaction et à la diffusion dun tract dénonçant la mort sous la torture dun détenu politique, Abdoulkader Daoud dit Harbi (paix à son âme). Comme disent les Yéménites, « une personne mouillée ne craint pas les embruns ». À lheure actuelle, jestime quil est de mon devoir dexpliquer le sens des combats menés dans des conditions ô combien difficiles et les orientations politiques du Frud. LNA. Quelle est la situation actuelle dans le maquis ? On a parlé daccrochages avec lArmée nationale djiboutienne. Le bruit court que la Présidence a donné lordre de multiplier ces accrochages et de tuer les combattants Mais les militaires ne seraient pas très chauds HM. Il y a de plus en plus de jeunes qui rejoignent le maquis, ce qui préoccupe beaucoup le pouvoir. Il ne se passe pas une semaine sans que le Président nordonne des ratissages contre les combattants mais aussi contre les civils accusés de nourrir ces derniers. Selon certains militaires, ils ont lordre de ne pas faire de prisonniers. Cest ainsi dailleurs que le 31 mars 2005, les deux membres du Frud ont été achevés, après avoir été blessés ; trois militaires qui essayaient de sinterposer ont été menottés par leurs collègues et renvoyés à la caserne dObock. Mais les militaires rechignent à aller au contact des combattants. Ces derniers, très mobiles, sont obligés parfois de prendre les devants, toujours dans un esprit défensif, comme ce fut le cas lors de laccrochage de Souda, à 60km de Tadjourah, le 20 novembre 2005. Le renforcement du Frud déclenche une nervosité, voire une agressivité des commandements de larmée à Obock et à Tadjourah. LNA. Le Frud semblait très soucieux de limpact international et européen de son action. Dans cette nouvelle phase, ne courez-vous pas le risque que votre action soit assimilée au terrorisme ? Plus précisément, quest-ce qui différencie en 2006 le terrorisme aveugle de la résistance armée ? HM. Nous sommes toujours très soucieux de limpact international et européen de nos actions. Laction diplomatique est au cur de notre stratégie ; nous avons informé lUE, lUA, et certains états européens et arabes de lévolution de la situation à Djibouti. Le Frud est aussi soucieux de limpact de ses actions sur les civils. Nous avons allié le combat pour la démocratie avec une certaine éthique : le Frud a toujours respecté les droits humains, il a traité dune façon exemplaire les prisonniers de guerre, salué en cela par la Croix Rouge internationale ; il a toujours préservé les civils et leurs biens. Ce qui a fait dire à certains observateurs que le Frud na mené que des combats chevaleresques. Face à cette éthique porteuse dun projet de vivre ensemble, le régime toujours inspiré par Guelleh, a un comportement barbare : massacre des civils, tortures des prisonniers, viols des femmes. Et jajoute même que les activités du Frud se situent aux antipodes du prosélytisme religieux. |
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