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SOMALIE / ÉTHIOPIE / ÉRYTHRÉE
Entretien exclusif avec M. Seyum Mesfin La corne de lAfrique est une zone de tensions permanente. La situation en Somalie est précaire ; la paix entre lÉrythrée et lÉthiopie, signée il y a sept ans, reste une paix armée avec des risques de confrontation ; une rébellion sest manifestée dans la région somali éthiopienne. LÉthiopie, principal pays de la corne, ne peut quitter la Somalie puisque ni lUnion africaine, ni les Nations unies, nont pris la relève pour aider un gouvernement transitoire pourtant reconnu. Certains acteurs régionaux ou extérieurs semploient à jeter de lhuile sur le feu. A loccasion dune visite à Paris du ministre éthiopien des Affaires étrangères, Seyum Mesfin, il était opportun de faire le point avec lui, au cours d'un entretien exclusif qu'il a accordé aux Nouvelles d'Addis.
Seyum Mesfin. Je suis venu pour des consultations bilatérales et un échange de notes portant sur des sujets régionaux et internationaux. Jai rencontré le ministre des affaires étrangères, M. Kouchner ainsi que ses collaborateurs et ce matin jai participé à des réunions avec dautres ministères au sujet dactions de coopération bilatérale. LNA. Nous reviendrons sur votre visite mais commençons par le point le plus chaud de la corne : la Somalie. Lorsque les troupes éthiopiennes ont été envoyées pour aider le gouvernement fédéral transitoire (GFT) et son président, Abdullahi Yusuf, le premier ministre Mélès Zénawi a dit : nous nous retirerons dici peu. Onze mois plus tard chacun peut constater que lintervention en Somalie na pas été un succès. Que pouvez-vous dire sur la situation actuelle à Mogadiscio ? SM. La situation présente sest améliorée de façon remarquable si lon compare avec celle qui existait à Mogadiscio et en Somalie avant décembre de lannée dernière. Pendant les onze derniers mois de nombreuses transformations ont eu lieu en matière de capacité à établir les institutions de la Somalie, le GFT, le parlement et dautres organismes. Mais aussi dans le domaine de la sécurité. Vous le savez, la Somalie était encore une zone interdite il y a un an. Aujourdhui il ny a plus de zone interdite en Somalie. Bien sûr cela ne veut pas dire quil ny ait pas de problèmes de sécurité dans le pays. Mogadiscio pose un problème, lextrême sud de la Somalie aussi. Une région du centre, Galguduud, est également touchée car elle est vulnérable aux groupes terroristes internationaux. Mais la situation sest relativement améliorée et elle continuera à saméliorer jour après jour. LNA. Les reportages de la presse ne décrivent pas le même paysage et un universitaire américain, Michael Weinstein, a écrit que lopération militaire éthiopienne en Somalie est « une erreur dappréciation désastreuse ». En plus lUnion africaine na pas été en mesure denvoyer les 8000 soldats promis, le secrétaire général de lONU estime quil serait dangereux denvoyer des casques bleus et hier lenvoyé spécial du journal Le Monde décrivait une guerre sans front et sans règles. Est-ce que les dirigeants éthiopiens pensent quune solution militaire est possible en Somalie ?
SM. Je veux vous dire ceci : une solution militaire ne peut résoudre une crise politique. Évidemment les problèmes de la Somalie sont de nature politique. Il ny a pas de doute à ce sujet. Mais parlons de la réalité et non de spéculations et de suppositions. Où est lerreur dappréciation ? La Somalie est un État raté depuis 15 ou 16 ans. Aujourdhui la Somalie a des institutions, quelles soient effectives à 100% ou non nest pas lessentiel. Aujourdhui la Somalie a un gouvernement transitoire dûment constitué, une charte fédérale transitoire et un parlement fédéral. Ce nest pas ce quon racontait il y a quelques années. Il y a une transformation, dune absence de loi et dune anarchie absolue on va vers létablissement du règne de la loi et on a une évolution vers létablissement de la paix. Donc ceci nindique pas que la Somalie va de mal en pis mais du pire vers le retour à la loi. Il y a une amélioration radicale. Deuxièmement : où est lerreur dappréciation ? Est-ce de laisser la Somalie aux mains de terroristes internationaux, de talibans et de califes ? Aujourdhui le pays est gouverné par des institutions transitoires fédérales qui impliquent tous les clans et les sous clans. Alors où est le désastre ? En vérité Mogadiscio et le reste de la Somalie étaient dominée par des terroristes et des extrémistes affiliés à al-Qaida. Aujourdhui ils nexistent plus en tant quorganisation structurée mais ils représentent toujours une menace pour la sécurité publique. Donc où est le désastre ? A mon avis ce quaffirment des analystes et des spéculateurs montre quils nont pas vraiment compris la transformation à luvre en Somalie. Ils répandent dans lopinion internationale ce quils estiment sensationnel pour vendre leurs informations. Le sensationnalisme ne contribue pas à établir et à construire la paix dans un pays. La Somalie est entrée dans la construction de la paix. Comme tout processus de ce type, il ne peut éviter des épreuves. Cest un défi important pour les Somaliens eux-mêmes, pour toute lAfrique et pour la CI (1). Cependant lUnion africaine a décidé denvoyer une mission de maintien de la paix pour remplacer les troupes éthiopiennes. Malheureusement seul le contingent ougandais est en place à Mogadiscio. Dautres pays sont daccord pour déployer des troupes, le Burundi, le Malawi, le Ghana et le Nigeria. Ce qui manque, ce nest pas la bonne volonté, la volonté politique et lengagement des pays africains. Ce qui manque, ce sont les ressources. LEurope dit : la Somalie nest pas notre priorité. Les Nations unies affirment quelles sont débordées, que les programmes ne manquent pas. De sorte que la CI continue à mettre le dossier somalien en veilleuse. La Somalie est un pays qui a coulé. La CI doit assumer sa responsabilité. Il y a une menace pour la paix internationale et il faut exhorter la CI de fournir des ressources, daider à la paix. Cest ce qui manque. LNA. Le problème cest la méthode de la CI qui a voulu former un gouvernement somalien par le sommet. Il y avait une autre approche, celle dune reconstruction par entités. Cest-à-dire encourager les autorités locales, comme le Somaliland, comme le Puntland, comme Bay et Bakool. Le paradoxe cest de voir les Nations unies maintenir la fiction dune Somalie unie qui nexiste plus. Autre paradoxe, lÉthiopie envoie un ambassadeur à Mogadiscio où le gouvernement na pas les moyens de contrôler son territoire, mais il ny a pas dambassadeur à Hargeisa où on est en paix depuis douze ans. On pourrait penser quil faut plutôt encourager ceux qui ont obtenu des résultats dans le retour à la paix. SM. Je vais vous dire ceci : vous avez raison. Le Somaliland est un havre de paix depuis plus dune décennie. Et la CI a plutôt adopté une politique de réticence et une attitude dattente à légard du Somaliland. Et elle a tenté daider ceux qui ont détruit la Somalie, les seigneurs de la guerre. Mais ceci ne veut pas dire que la CI na pas essayé, de diverses manières, dencourager les Somaliens à résoudre leurs problèmes. Ces derniers ont la responsabilité essentielle de changer la réalité actuelle de leur pays. Vous dites que la CI a essayé dimposer une solution par le sommet. Or cest plutôt le contraire. Depuis deux ans et demi des Somaliens de tous les milieux, des dirigeants religieux, des chefs de clan, des universitaires, des membres dassociations, y compris nombre de chefs de milices, ont siégé au Kenya. Après deux ans et demi de discussions prolongées les Somaliens ont rédigé une charte nationale de transition qui est le fondement de la formation du gouvernement et du parlement. Cest une transformation. Deuxièmement, ce qui sest déroulé pendant lété est une évolution très bien conçue de la Somalie. A nouveau plus de 2000 représentants des Somaliens de la base, de lintérieur aussi bien que de la diaspora, ont siégé pendant 45 jours à Mogadiscio ce qui était impossible à prévoir car aucune réunion navait pu avoir lieu auparavant. Ils ont fait des propositions concrètes pour aller de lavant. Elles ont été soumises au gouvernement qui après approbation, les a présentées au parlement. Et ce dernier les a adoptées. Sur cette base les institutions préparent maintenant un nouveau gouvernement transitoire après le départ de Mohamed Gedi. Et nous somme optimistes car ceci va permettre détablir un gouvernement qui fonctionne, un gouvernement technique qui aidera la Somalie à poursuivre le processus de retour à la paix. Enfin la question du Somaliland. Je suis daccord avec vous. Il y a une une négligence totale à légard de ceux qui ont essayé de construire une région. Ils ont le droit dêtre soutenus. Mais concernant le problème du Somaliland et du reste de la Somalie, cest vraiment aux Somaliens eux-mêmes de résoudre cette crise. Personne ne veut se mettre en travers de la route choisie par les Somalilandais. Tout dépend du dialogue et de la solution qui sera perçue comme telle par le reste de la Somalie. Le problème du Somaliland ne peut être résolu par la force. Il doit y avoir un dialogue et affronter la question de savoir si on reconstitue la Somalie. Je pense comme vous que la Somalie ne peut être reconstituée à lancienne. LNA. On peut ajouter que lÉthiopie a fait de mauvaises expériences avec trop de centralisme. Donc comment la Somalie pourrait-elle redevenir centralisée alors quelle est éclatée depuis si longtemps ? SM. Ce que lÉthiopie a fait était justifié par ses réalités propres et des solutions à des problèmes anciens. Nous ne voudrions pas conseiller dautres pays, quils soient voisins ou lointains. Copier un modèle éthiopien ne marcherait pas. Mais je suis en accord avec vous, la Somalie ne peut revenir à létat ancien. Une nouvelle réalité a émergé. Les différentes régions somaliennes insistent en faveur de structures étatiques décentralisées. Le Somaliland sactive en faveur dune sécession. Donc il y a bien une nouvelle réalité en Somalie. Les Somaliens doivent laffronter. Notre travail comme région, celui de la CI, est daider les Somaliens à régler ce problème par des moyens pacifiques. LNA. Donc vous navez pas le sentiment dêtre piégé par une situation compliquée qui vous implique parfois dans les divisions claniques. Il y a eu le Puntland contre le Somaliland, il y a eu Abdullahi Yusuf contre Mohamed Gedi, il y a les Hawiye contre les Darod. Vous semblez être dans un bourbier. SM. Nous ne sommes pas piégés en fait. Ce serait un suicide politique pour lÉthiopie de combattre lun contre lautre, de soutenir un clan quelconque. Comme vous devez le savoir, lÉthiopie est le pays de millions de Somali qui sont ses citoyens. De sorte que presque tous les clans qui existent en Somalie sont représentés également de ce côté de la frontière. LÉthiopie est donc un médiateur sérieux pour la paix et la réconciliation en Somalie. LÉthiopie nest pas en Somalie pour couronner Abdullahi Yusuf ou un autre comme roi du pays. Ou contre un clan et en faveur dun autre. Ce que lÉthiopie a fait, cest de combattre les terroristes locaux et internationaux qui ont été la source du bain de sang en Somalie. Aujourdhui les Somaliens sont très reconnaissants pour ce que fait lÉthiopie, les aider à établir le règne de la loi. Nous ne voulons vraiment pas abuser de la bonne volonté du peuple somalien qui nous reçoit pour être aidé. Nous aimerions repartir aussi tôt que possible. Nous ne pouvons nous retirer que de façon responsable. Nous ne pouvons accepter de voir la situation se dégrader à nouveau et de laisser un vide en Somalie. Nous aidons le gouvernement à augmenter ses propres capacités dans les domaines de larmée, de la police, de la sécurité, de ladministration. Nous ne serons pas piégés parce que lÉthiopie ne combat aucune communauté sinon les terroristes et ceux-ci ont été réduits à des groupes éclatés qui posent des problèmes de sécurité. LNA. Quelle perspective pour lÉthiopie ? Cette opération militaire est un fardeau financier. Et vous avez dit que les ressources narrivent pas pour aider le gouvernement transitoire. Pouvez-vous continuer encore longtemps ? Je suppose que vous aimeriez avoir une date limite. SM. Justement nous pressons la CI, lUnion africaine, lUnion européenne et dautres acteurs dassumer leur responsabilité en soutenant les institutions somaliennes, en déployant des forces de maintien de la paix dAfrique et des Nations unies. Tout autre formule ne sera pas une aide pour les Somaliens. Deuxièmement lÉthiopie ne combat seulement le terrorisme en Somalie, lÉthiopie contribue aussi à refaire une administration. Les Somaliens reconstituent leur armée, ils forment leur police et remettent en marche leurs ministères. Cela allégera sans aucun doute le fardeau de lÉthiopie et lui permettra de se retirer. Nous avons déjà retiré les deux tiers de nos troupes depuis juillet. Un tiers est resté, principalement à Mogadiscio. Nous espérons et nous sommes confiants de pouvoir retirer ces troupes dans deux cas. Le premier : si la réponse de la CI est vraiment responsables et immédiate, nous quitterons la Somalie. Le second : si la CI ne parvient pas à assumer sa responsabilité, lÉthiopie continuera à aider le gouvernement à contrôler la situation, puis nous partirons rapidement. SM. Vous savez que lÉrythrée a commis une violation flagrante en occupant la zone temporaire de sécurité (ZTS). Cette zone a été établie dans le cadre de laccord dAlger de cessation des hostilités. Cest une zone de 25 Km le long de la région frontalière. Et les militaires de la mission de lONU ont été déployés dans cette région. Aujourdhui la zone de sécurité nexiste plus. Elle a été occupée à 100% par lÉrythrée. Ensuite la mission dobservation de lONU a été paralysée par les restrictions que lÉrythrée a imposées à ses déplacements. Ainsi lÉrythrée à détruit la cessation des hostilités dAlger. Et lÉthiopie a notifié à lÉrythrée quelle ne peut être autorisée à poursuivre sa violation si elle tient à laccord dAlger. Pour lÉthiopie la situation est la suivante : si lÉrythrée ne renonce pas à occuper la ZTS, cela veut dire quelle sort de laccord dAlger. Cest ce que nous avons notifié. Nous navons pas dit que nous sortons de laccord. Nous agirons comme une partie responsable mais la CI et lÉrythrée doivent comprendre que lon ne peut exiger de lÉthiopie quelle respecte laccord de paix quand lautre partie a complètement détruit cet accord. LNA. Si laccord dAlger est caduc, que sera la suite ? SM. LÉthiopie veut que cet accord reste en vigueur et permette une normalisation des relations en mettant en uvre la démarcation de la frontière et un accord entre lÉrythrée et lÉthiopie. Mais lÉthiopie seule ne peut obtenir cela. Nous avons besoin dun partenaire pour la paix et le monde sait que nous navons pas de partenaire pour la paix à Asmara. Cest là le problème.
SM. Vous savez quil y a des points de vue variés et des versions différentes de lhistoire. Tout dépend où on se place pour observer le processus de démocratisation en Éthiopie. Si vous lobservez du côté de ceux qui critiquent tout, alors cest tout vu. Si vous regardez du point de vue dune transformation sociale où on ne peut évaluer comme en mathématiques, un plus un font deux en base dix ou dautres formules, le défi est le suivant : lÉthiopie est dans un processus de transformation fondamentale. Ce processus, transformer une société, est plein décueils, davancées et de reculs, de zigzags. Cest cela que lÉthiopie affronte. Cela ne veut pas dire que lÉthiopie ne progresse pas fermement vers la démocratisation du pays, de la société, de lÉtat. Il y eu dimportantes réussites au cours de la décennie et demie passée. Létablissement des institutions, de la gouvernance est plus assuré et plus solide. On ne peut évaluer cela au moyen des résultats dune élection ou de scénarios délections pris comme tests de la démocratisation du pays. Venons-en à votre question. Les suites de lélection de 2005. Une chose que la CI a confirmée cest que la volonté du peuple na pas été trompée. La volonté du peuple a été honorée. Une élection parfaite nexiste pas de toutes façons. LNA. Je nai pas visé lélection mais la répression avec des accusations comme la tentative de génocide. On emploie maintenant ce mot pour le meurtre de dix personnes mais il a une définition précise. Cest quelquechose de sérieux. SM. Oui, cétait très sérieux. Premièrement : lopposition voulait abattre un gouvernement constitutionnel par des moyens violents et inconstitutionnels. Cest une trahison selon la norme des constitutions dans tout pays. Voilà laccusation. Deuxièmement : ils ont visé un groupe ethnique spécifique. Ils ont fait campagne avec une propagande de haine. Cest ce qui est arrivé au Rwanda en 1994. Personne ne dit que les événements du Rwanda ne sont pas un génocide. LNA. Mais rien de tel ne sest déroulé en Éthiopie. SM. Cela ne sest pas produit mais cela ne veut pas dire quils nont pas essayé. Donc ils ont été accusés davoir tenté dentraîner le pays vers un bain de sang. LNA. Puis-je demander ceci : pourquoi Bereket Simon a-t-il déclaré avant les élections : « Ce sont des interhamwés » ? SM. Parce que leur principale ligne de conduite était une propagande de haine. Ce nétait pas une propagande pour des élections. Les Interhamwés étaient les acteurs dune propagande de haine. Et ce que notre opposition faisait nétait pas une campagne pour une élection, mais ils se sont bien impliqués dans une propagande haineuse envers certains groupes ethniques du pays. Cétait dangereux. Cest de cela quils ont été accusés. Dautre part il ny a pas eu de membres de lopposition détenus sans motif. Ils ont été accusés, jugés par le tribunal et nous connaissons les sentences. Certains ont été condamnés à une peine de prison à vie, dautres à 25 ans, 20 ans, 15 ans, etc. Mais le gouvernement et le peuple dÉthiopie ont voulu mettre ceci de côté et regarder vers le futur. La clémence a révélé une grande tolérance et un apaisement. Il faut mettre cela en rapport avec la transformation de lÉthiopie. Lautre point : il a été dit que limage de lÉthiopie a été ternie. Pour ceux qui sattendaient à une perfection ou que tout se déroule au mieux, cest peut-être vrai. Mais lÉthiopie poursuit lédification de ses institutions de bonne gouvernance, de démocratie, avec un engagement total et elle combat avec force la pauvreté. Aujourdhui lÉthiopie est lun des rares pays en Afrique à espérer atteindre les objectifs du Millenium. Elle enregistre un développement économique, une hausse réelle du PIB de 10% en moyenne. Nous ne sommes pas un pays pétrolier, nous sommes un pays agricole. Nous avons obtenus de grands résultats dans les domaines de léducation, de la santé et des programmes sociaux. Cela ne vient pas tout seul. Cest lié à la transformation de la politique, du système légal, du système étatique. LNA. Vous penserez peut-être que nous nous intéressons plus aux problèmes de votre pays. Ce qui ne signifie pas que nous nous ignorons les progrès et le développement économique. Mais chacun sait que lÉthiopie est multiethnique avec une importante minorité, les Oromo. Or il y a un vieux débat sur leur place au sein de lÉthiopie. Beaucoup dentre eux ne soutiennent pas lOPDO, votre partenaire dans le gouvernement, mais la plupart ne sont pas non plus favorables à lOLF mais à certains partis dopposition représentés au parlement comme lOFDM de M. Bulcha Demeksa. Ce dernier sest plaint récemment que des milliers dOromo, y compris des sympathisants de son parti, ont été emprisonnés. Est-ce exact ? SM. Voici son problème : crier au loup est devenu un phénomène propre aux groupe dopposition en Afrique. Il ne peut pas le prouver. Il dit que ses sympathisants ont été emprisonnés par milliers, que ses permanences rurales ont été fermées, ainsi de suite, et quand on lui a demandé où des gens ont été arrêtés, il na pu le prouver. Donc crier au loup nest pas ce qui compte en politique. Il devrait continuer de participer au processus démocratique par des moyens démocratiques, en formant des partis dopposition. Malheureusement ce nest cela que Bulcha Demeksa et dautres opposants font. Des critiques sans limites, des allégations sans fondement, voilà le travail quotidien de leurs partis. Nous sommes daccord pour dire que la démocratie ne peut être complète sans une opposition loyale, loyale non envers le parti au pouvoir, mais envers la Constitution et la loi. Mais en même temps nos amis et partenaires occidentaux pensent que lon peut créer des partis dopposition du jour au lendemain par insémination artificielle. Il faut du temps à lopposition pour quelle devienne adulte.
SM. Il y a un groupe de mécontents parmi les Somalis qui sintitule ONLF. Le gouvernement a tenté de résoudre ce problème par la voie pacifique il y a un an en impliquant la population. Des anciens [ou chefs de clan] se sont rendus dans plusieurs capitales européennes pour trouver les dirigeants de ce groupe. Car ils essaient de diriger leur rébellion depuis Stockholm, depuis Londres, depuis Copenhague, etc. Les anciens y sont allés et on essayé de dire à ces gens que prendre les armes dans lÉthiopie daujourdhui na pas de sens. Si une communauté nest pas satisfaite, elle dispose de droits constitutionnels garantis pour divorcer pacifiquement du pays. Donc par la force ils nobtiendront rien. Mais les dirigeants de la rébellion nont tenu aucun compte de lappel du peuple et du gouvernement. Ils ont commis un crime odieux, un massacre, en attaquant le camp dune société chargée de travaux de prospection. Voilà ce quils ont fait. Le moins quun gouvernement responsable puisse faire est dassurer la sécurité et la stabilité du pays. Aussi le gouvernement a pris des mesures énergiques contre ce groupe qui est maintenant complètement neutralisé dans la région. Il y a eu des dommages collatéraux. En effet. Mais pas ceux qui ont été présentés par MSF et également par le CICR. Ils ont répandu dans le monde que plusieurs villages avaient été effacés de la carte, que des milliers de gens erraient de lieu en lieu. LONU est venue et na trouvé aucun village incendié, ni de population déplacée de ses villages. La mission de lONU na jamais dit quil y avait eu de sérieuses violations des droits humains, elle na jamais dit quil y a un désastre humanitaire. Elle a dit : si on nintervient pas le plus tôt possible, trois quatre mois plus tard il pourrait y avoir une crise ou un désastre humanitaire. Et la mission a demandé une aide durgence destinée aux personnes nécessiteuses. Cest ce que lONU et lÉthiopie font en ce moment. Nous avons lancé une importante opération dassistance dans la région, la sécurité est garantie, les affaires sont redevenues normales ainsi que les activités. Il ny a pas de guerre secrète ou sale comme le disent ceux qui tentent douvrir un autre dossier contre lÉthiopie. Le CICR a été expulsé tout simplement parce quil a essayé de présenter une situation qui na pas dexistence. Il le regrette à présent. Concernant MSF, jai rencontré leur président international récemment à Addis. Il a admis que le comportement de ses collègues sur le terrain nétait pas le bon, à savoir rendre publique des déclarations qui ne reflètent pas la réalité de la région. LNA. Je ne comprends pas quel est lintérêt dune ONG de faire de fausses déclarations ? SM. Ce nest pas lÉthiopie qui la dit. Cest ce qua dit lONU. LNA. A votre avis les actions de lONLF sont liées au contexte du terrorisme ? SM. Cela fait partie dune offensive densemble dans la région car ils ont été poussés à commettre ce crime, aidés par lÉrythrée et par le groupe al-Shebab, les tribunaux islamiques, etc. LNA. Revenons aux relations franco-éthiopiennes. Est-ce que vous prévoyez à des changements puisquil y a un nouveau président en France et un nouveau gouvernement ? SM. Nous pensons naturellement à une coopération renforcée entre lAfrique et la France parce que la situation lexige. Et il y a une bonne volonté du gouvernement français pour rester engagé envers le partenariat avec lAfrique. Nous y contribuerons. LNA. Peut-on citer un programme spécifique ou un projet dans le cadre des relations bilatérales ? SM. Nous sommes tombés daccord pour revitaliser la Commission mixte franco-éthiopienne. Nous avons sérieusement envisagé le renforcement et la diversification de notre coopération dans des domaines essentiels et nous espérons mettre en route le mécanisme défini ensemble et le voir fonctionner le plus tôt possible. LNA. La Commission mixte ne sest pas réuni depuis longtemps. SM. Depuis quatre ans mais à présent nous sommes daccord pour la relancer. LNA. En décembre lAfrique et lEurope tiendront un sommet au Portugal. Des critiques se sont élevées en Afrique au sujet des propositions commerciales européennes acr elles semblent mois favorables à lAfrique que les accords de Cotonou. Quelle est la position de lÉthiopie à ce sujet ? SM. La même position que celle exprimée par lAfrique. La direction à prendre par lEurope doit être douvrir les marchés aux produits africains. Toute autre considération qui consisterait à refuser lénorme marché européen aux exportations africaines aurait vraiment un impact négatif majeur sur laugmentation du commerce et sur le développement social en Afrique. Donc nous exhortons lEurope dêtre ouverte et daider lAfrique également en matière de développement humain pour répondre aux besoins. Mais en même temps lEurope avait institué lEBA (everything but arms = tout sauf les armes) qui doit rester en vigueur. A présent on essaye de le retirer des accords et de se conformer aux règles de lOrganisation internationale du commerce (OIC). Comme vous le savez au sein de lOIC la négociation du Doha Round na pas encore abouti. Nous sommes témoins de nombreux reculs de la part des pays industrialisés au sujet de louverture de leurs marchés aux produits des pays en voie de développement. Ceci va provoquer de grands dégâts et des déséquilibres pour le commerce. Nous insistons pour que lEurope ne ferme pas la porte. LNA. Merci.
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