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SOMALILAND-FRANCE / DIPLOMATIE

Somaliland : reconnaissance de fait par la France

Entretien avec Mahamud Salah Nur, représentant le Somaliland en France : « Nous avons rempli toutes les conditions qui fondent l’existence d’un État complet »

Le Somaliland demande une reconnaissance internationale depuis 1991 lorsqu’il a rétabli son indépendance. Certains pays ont accordé une reconnaissance de fait de ce pays, comme l’Ethiopie qui accueille un représentant basé à Addis-Abeba où il peut délivrer des visas d’entrée. Des délégués somalilandais existent aussi au Royaume Uni, l’ancienne puissance coloniale qui contrôlait le protectorat du Somaliland, aux États-Unis et en Italie. Et récemment des diplomates français en poste à Djibouti, se sont rendus par deux fois à Hargeisa pour y discuter l’établissement de liens culturels entre les deux pays. La plus récente initiative qui illustre la reconnaissance de fait du Somaliland par la France, est l’autorisation d’ouverture d’un bureau de représentation à Paris. Les nouvelles d’Addis ont rencontré M. Mahamud Salah Nur, le nouveau représentant du Somaliland.

 


PROPOS RECUEILLIS PAR ROBERT WIREN
LES NOUVELLES D'ADDIS

           
(Versailles, 8 avril 2008)

Les Nouvelles d'Addis. – Vous êtes arrivé il y a peu en France pour y représenter votre pays. Quelles ont été vos fonctions officielles jusqu’à présent ?

Mahamud Salah Nur. – . J’ai occupé plusieurs fonctions depuis que le Somaliland a été créé à nouveau. La charte nationale a été adoptée à Borama en 1993 et ensuite des structures gouvernementales ont été établies. Je suis devenu un membre du parlement où j’ai représenté ma région de Sanaag jusqu’en 1997 lorsque feu le président Egal a été élu. J’ai participé au gouvernement comme ministre des Affaires étrangères jusqu’en 2001. Quand les partis politiques ont été créés, je suis devenu l’un des fondateurs du parti Kulmiye qui est le parti le plus important de l’opposition. Récemment j’ai été désigné par le président Riyale en fonction de mon expérience malgré mon appartenance à l’opposition et je n’ai pas quitté mon parti. J’ai été nomme représentant en France. Et le gouvernement du Somaliland a décidé d’ouvrir un bureau pour tenir compte de la position de la France, l’une des grandes puissances qu’il ne faut pas négliger en Europe. Et nous avons décidé d’introduire l’enseignement du français au sein de notre système éducatif. A présent le français est enseigné dans les deux universités, à Borama et à Hargeisa. Je viens donc d’arriver afin d’ouvrir ce bureau.

Mahamud Salah Nur sur Les nouvelles d'Addis

LNA. – Ce ne peut être une représentation diplomatique officielle car il n’y a pas encore de reconnaissance. Quel peut être votre statut ?

MSN. – La reconnaissance existe sous deux formes. Vous avez la reconnaissance de facto et la reconnaissance de jure. Et la France prend en compte le fait que le Somaliland existe depuis 17 ans et a pu subsister tout seul, a fait preuve d’une incroyable résistance pour survivre isolé. Aujourd’hui, sans vantardise, le Somaliland doit être considéré comme une force dans la région. Il dispose des institutions les plus démocratiques, de la presse la plus libre, il a un vrai parlement qui fonctionne et beaucoup de choses sont contrôlées par l’opposition. Comme vous le savez, nous avons la séparation des pouvoirs. Le législatif, le judiciaire et l’exécutif. Le parlement est contrôlé par l’opposition qui a obtenu la majorité. De sorte qu’il y a quelque chose comme une cohabitation plutôt bizarre dans cette partie du continent.

LNA. – Vous avez parlé de reconnaissance de facto. Faites-vous allusion aux visites de diplomates français en octobre dernier et plus récemment ? Pensez-vous qu’on a là le premier pas vers une reconnaissance complète ?

MSN. – Nous pensons qu’un peu partout dans le monde la conscience se manifeste qu’il est grand temps, qu’on a trop tardé pour accorder au Somaliland une reconnaissance légale et diplomatique car la communauté internationale a réalisé que nous avons rempli toutes les conditions qui fondent l’existence d’un Etat complet, que nous avons satisfait toutes les exigences de la Convention de Montevideo concernant la reconnaissance des Etats, à savoir des frontières fixes, une population permanente avec des institutions qui fonctionnent. Et nous avons la légitimité car nous avons eu plusieurs élections. Nous avons eu une élection présidentielle, nous avons eu des élections parlementaires. D’ailleurs nous sommes un cas unique en Afrique de l’est car notre président est en place par le fait que notre scrutin national s’est terminé par une majorité étroite de 80 voix. Ce n’est jamais arrivé ailleurs. Et surtout nous vivons dans une oasis de paix et de stabilité dans la région. Donc beaucoup pensent que ceci mérite le respect de la communauté internationale.

LNA. – Il est étrange de voir des pays européens comme la France et la Grande Bretagne ont noué des relations avec vous, même si elles sont officieuses, pendant que l’Union africaine attend pour agir. A votre avis l’Union africaine va-t-elle continuer à attendre sans prendre de décision ?

MSN. – C’est une question très intéressante. En fait comme nous avons adressé à l’Union une demande d’adhésion officielle, une délégation de haut niveau a été envoyée chez nous et elle a produit un rapport, un texte très positif concernant la situation qui prévaut au Somaliland. Il recommande fortement une reconnaissance du Somaliland et son admission au sein de l’Union africaine et il dit que notre pays ne peut être assimilé au Biafra ou à un Etat séparatiste mais que le Somaliland est unique puisqu’il rempli toutes les conditions demandées à un véritable Etat constitué. Ce que le Somaliland a fait est complètement en accord avec la charte de l’Union africaine. Il y a maintenant un débat sérieux à ce sujet parmi les pays africains et nous pensons que bientôt, inch’Allah, ils parviendront à une décision positive.

LNA. – A présent, une fois installé, avez-vous le projet de rencontrer des personnalités pour les informer, par exemple au sein du ministère des Affaires étrangères ?

MSN. – Ce ministère a déjà donné son accord en février pour que le Somaliland soit autorisé à ouvrir un bureau de représentation. Pas vraiment diplomatique, un poste ex officio.

LNA. – Comme la représentation de la Palestine ?

MSN. – En quelque sorte. Vous appelez ça « officieux ». La décision de reconnaissance sera prise par la France et les pays européens. La France ne peut prendre la décision toute seule mais elle doit consulter les autres gouvernements européens. Comme elle présidera l’Union à partir du 1er juillet, nous pensons que les Européens aborderont sérieusement le sujet de la reconnaissance. Cela dépend des efforts que nous ferons pour convaincre et pour défendre nos convictions auprès des Européens.

LNA. – Vous avez encore du travail devant vous. Bienvenue dans ce pays. Nous nous reverrons certainement.

MSN. – Merci.

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