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SOMALILAND-FRANCE / DIPLOMATIE
Somaliland : reconnaissance de fait par la France Entretien avec Mahamud Salah Nur, représentant le Somaliland en France : « Nous avons rempli toutes les conditions qui fondent lexistence dun État complet » Le Somaliland demande une reconnaissance internationale depuis 1991 lorsquil a rétabli son indépendance. Certains pays ont accordé une reconnaissance de fait de ce pays, comme lEthiopie qui accueille un représentant basé à Addis-Abeba où il peut délivrer des visas dentrée. Des délégués somalilandais existent aussi au Royaume Uni, lancienne puissance coloniale qui contrôlait le protectorat du Somaliland, aux États-Unis et en Italie. Et récemment des diplomates français en poste à Djibouti, se sont rendus par deux fois à Hargeisa pour y discuter létablissement de liens culturels entre les deux pays. La plus récente initiative qui illustre la reconnaissance de fait du Somaliland par la France, est lautorisation douverture dun bureau de représentation à Paris. Les nouvelles dAddis ont rencontré M. Mahamud Salah Nur, le nouveau représentant du Somaliland. Les Nouvelles d'Addis. Vous êtes arrivé il y a peu en France pour y représenter votre pays. Quelles ont été vos fonctions officielles jusquà présent ? Mahamud Salah Nur. . Jai occupé plusieurs fonctions depuis que le Somaliland a été créé à nouveau. La charte nationale a été adoptée à Borama en 1993 et ensuite des structures gouvernementales ont été établies. Je suis devenu un membre du parlement où jai représenté ma région de Sanaag jusquen 1997 lorsque feu le président Egal a été élu. Jai participé au gouvernement comme ministre des Affaires étrangères jusquen 2001. Quand les partis politiques ont été créés, je suis devenu lun des fondateurs du parti Kulmiye qui est le parti le plus important de lopposition. Récemment jai été désigné par le président Riyale en fonction de mon expérience malgré mon appartenance à lopposition et je nai pas quitté mon parti. Jai été nomme représentant en France. Et le gouvernement du Somaliland a décidé douvrir un bureau pour tenir compte de la position de la France, lune des grandes puissances quil ne faut pas négliger en Europe. Et nous avons décidé dintroduire lenseignement du français au sein de notre système éducatif. A présent le français est enseigné dans les deux universités, à Borama et à Hargeisa. Je viens donc darriver afin douvrir ce bureau.
LNA. Ce ne peut être une représentation diplomatique officielle car il ny a pas encore de reconnaissance. Quel peut être votre statut ? MSN. La reconnaissance existe sous deux formes. Vous avez la reconnaissance de facto et la reconnaissance de jure. Et la France prend en compte le fait que le Somaliland existe depuis 17 ans et a pu subsister tout seul, a fait preuve dune incroyable résistance pour survivre isolé. Aujourdhui, sans vantardise, le Somaliland doit être considéré comme une force dans la région. Il dispose des institutions les plus démocratiques, de la presse la plus libre, il a un vrai parlement qui fonctionne et beaucoup de choses sont contrôlées par lopposition. Comme vous le savez, nous avons la séparation des pouvoirs. Le législatif, le judiciaire et lexécutif. Le parlement est contrôlé par lopposition qui a obtenu la majorité. De sorte quil y a quelque chose comme une cohabitation plutôt bizarre dans cette partie du continent. LNA. Vous avez parlé de reconnaissance de facto. Faites-vous allusion aux visites de diplomates français en octobre dernier et plus récemment ? Pensez-vous quon a là le premier pas vers une reconnaissance complète ? MSN. Nous pensons quun peu partout dans le monde la conscience se manifeste quil est grand temps, quon a trop tardé pour accorder au Somaliland une reconnaissance légale et diplomatique car la communauté internationale a réalisé que nous avons rempli toutes les conditions qui fondent lexistence dun Etat complet, que nous avons satisfait toutes les exigences de la Convention de Montevideo concernant la reconnaissance des Etats, à savoir des frontières fixes, une population permanente avec des institutions qui fonctionnent. Et nous avons la légitimité car nous avons eu plusieurs élections. Nous avons eu une élection présidentielle, nous avons eu des élections parlementaires. Dailleurs nous sommes un cas unique en Afrique de lest car notre président est en place par le fait que notre scrutin national sest terminé par une majorité étroite de 80 voix. Ce nest jamais arrivé ailleurs. Et surtout nous vivons dans une oasis de paix et de stabilité dans la région. Donc beaucoup pensent que ceci mérite le respect de la communauté internationale. LNA. Il est étrange de voir des pays européens comme la France et la Grande Bretagne ont noué des relations avec vous, même si elles sont officieuses, pendant que lUnion africaine attend pour agir. A votre avis lUnion africaine va-t-elle continuer à attendre sans prendre de décision ? MSN. Cest une question très intéressante. En fait comme nous avons adressé à lUnion une demande dadhésion officielle, une délégation de haut niveau a été envoyée chez nous et elle a produit un rapport, un texte très positif concernant la situation qui prévaut au Somaliland. Il recommande fortement une reconnaissance du Somaliland et son admission au sein de lUnion africaine et il dit que notre pays ne peut être assimilé au Biafra ou à un Etat séparatiste mais que le Somaliland est unique puisquil rempli toutes les conditions demandées à un véritable Etat constitué. Ce que le Somaliland a fait est complètement en accord avec la charte de lUnion africaine. Il y a maintenant un débat sérieux à ce sujet parmi les pays africains et nous pensons que bientôt, inchAllah, ils parviendront à une décision positive. LNA. A présent, une fois installé, avez-vous le projet de rencontrer des personnalités pour les informer, par exemple au sein du ministère des Affaires étrangères ? MSN. Ce ministère a déjà donné son accord en février pour que le Somaliland soit autorisé à ouvrir un bureau de représentation. Pas vraiment diplomatique, un poste ex officio. LNA. Comme la représentation de la Palestine ? MSN. En quelque sorte. Vous appelez ça « officieux ». La décision de reconnaissance sera prise par la France et les pays européens. La France ne peut prendre la décision toute seule mais elle doit consulter les autres gouvernements européens. Comme elle présidera lUnion à partir du 1er juillet, nous pensons que les Européens aborderont sérieusement le sujet de la reconnaissance. Cela dépend des efforts que nous ferons pour convaincre et pour défendre nos convictions auprès des Européens. LNA. Vous avez encore du travail devant vous. Bienvenue dans ce pays. Nous nous reverrons certainement. MSN. Merci. |
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