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DJIBOUTI / POLITIQUES / OPPOSITION

“Le FRUD contrôle un territoire plus vaste que le président somalien, Cheik Cherif Ahmed, soutenu par la communauté internationale”

“Après avoir été réduit à une force de proposition, le FRUD redevient un acteur important à Djibouti”

Entretien avec Mohamed Kadamy,
dirigeant du FRUD (Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie)

          
Les nouvelles d’Addis
PROPOS RECUEILLIS PAR
COLETTE DELSOL ET ALAIN LETERRIER
décembre 2009

          
Les nouvelles d'Addis. – À quoi sert le FRUD ?

Mohamed Kadamy. – Il faut peut-être au préalable se demander ce qu’est le FRUD, c'est-à-dire sa nature, ses objectifs.
Le FRUD n’a pas jailli du rocher. Incontestablement, le FRUD est l’émanation et le fruit des luttes populaires multiformes pour les libertés, la démocratie, qui rythment la vie des citoyens ces trois dernières décennies.
Le FRUD s’est inscrit dès sa création, il y a dix-huit ans, dans un mouvement d’émancipation des peuples, avec une volonté radicale de changement.
Le FRUD a consenti d’énormes sacrifices, pour une projection dans l’avenir, en essayant toujours, de semer ici et maintenant les graines pour un futur meilleur pour ce pays et sa population.

Bien sûr, tout œuvre de cette nature, tout dessein de cette ampleur n’est pas une promenade tranquille, il suscite des obstacles, des oppositions, et engendre aussi ses propres contradictions. C’est pourquoi le FRUD a été affaibli par les moyens colossaux du pouvoir et de ses alliés, mais aussi par ses différentes défections et divisions.
Nous avons maintenu, contre vents et marées, la structure politico-militaire, grâce à la volonté farouche des combattants, des cadres, et de quelques dirigeants. La reconstruction du FRUD s’est faite dans un contexte très difficile, souvent à contre courant.

La persistance dans nos positions d’une part, les dégradations constantes de la situation du pays et de la population d’autre part, ont eu raison de l’hostilité ambiante, de l’indifférence complice, et généré des ralliements de plus en plus importants pour notre mouvement.
Après avoir été réduit à une force de proposition, le FRUD redevient aujourd’hui – en dépit des analyses nombreuses ici et là annonçant sa disparition – un acteur important à Djibouti.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, le FRUD contrôle aujourd’hui un territoire plus vaste que le président somalien, Cheik Cherif Ahmed, soutenu par la communauté internationale.
Dès lors, le FRUD va contribuer au changement démocratique.

LNA. – Qui soutient votre organisation ? : l’Éthiopie, l’Érythrée, un mouvement islamiste…

MK. – D’une manière générale les mouvements politiques répondent à ce genre de question en disant qu’ils comptent sur leur propre force. En ce qui concerne le FRUD, le slogan « compter d’abord sur ses propres forces » n’est pas l’expression d’une langue de bois, et reflète l’exacte réalité de notre situation.

Historiquement, le FRUD est connu comme le mouvement qui a pu libérer et contrôler 2/3 du territoire djiboutien de novembre 1991 à mars 1993 sans le soutien d’aucun mouvement, ni d’aucun État. Il faut ajouter à ce tableau, qu’il n’y a ni or ni diamants ni pierres précieuses dans les régions où opère le FRUD.

À l’heure où nous parlons, aucun mouvement, aucun État, et aucune entreprise ne soutient le FRUD. Notre atout ce sont les ressources humaines, notre richesse c’est l’élément humain qui reste très précieux. Nous nous efforçons surtout de ne pas nous créer des ennemis, ni parmi les organisations ni parmi les États voisins ni parmi les puissances.

LNA. – Vous avez déclaré aux Nouvelles d’Addis que le FRUD n’écartait aucune hypothèse concernant son action, excepté le terrorisme (1). Où en êtes-vous concernant les voies politiques et/ou armées ?

MK. – L’humoriste français Raymond Devos disait : « Il m’arrivait de prêter l’oreille à un sourd. Il n’entendait pas mieux ». Depuis l’indépendance nous avons affaire, à des dirigeants complètement sourds, qui n’entendent, aucun raisonnement, aucun avertissement et qui sont dans une fuite en avant permanente.
Mais la surdité du président actuel est totale, il a même poussé le bouchon très loin, en piétinant le dernier accord de paix signé d’une manière solennelle le 21 mai 2001 avec le regretté Ahmed Dini, qui pourtant nous l’avons dit et répété, ne remettait pas en cause son pouvoir omnipotent.

Cet homme, qui tire sa seule légitimité de ses liens de parenté avec l’ancien président Gouled et de sa répression sauvage contre les démocrates et la communauté Afar, et qui n’a jamais reçu l’onction des urnes (parce qu’en 1999, c’est son concurrent Moussa Ahmed Idriss qui l’a emporté et en 2005, il était le seul candidat en lice où seuls 10 à 13% des électeurs se sont déplacés), a fait preuve d’une arrogance inouïe. Il a déchiré sa seule carte d’entrée en politique que constituait l’accord de paix.

L’accord de paix ce ne sont pas des privilèges qu’une partie accorde à une autre, ce n’est pas une dévolution des propriétés appartenant au gouvernement ; ce n’est pas un don que le prince régnant accorde à une partie de la population ou à ses sujets : c’est une obligation sacrée pour les parties signataires d’honorer leurs engagements, pour atteindre les objectifs fondamentaux de la paix.
Les décrets, les lois et même l’acte fondamental qu’est la constitution doivent s’adapter aux clauses de l’accord de paix, qui n’est pas un bout de papier mais un engagement fondamental liant les parties pour l’avenir et constituant le fondement du vivre ensemble des citoyens d’un État.

Nous sommes très étonnés, que les puissances présentes à Djibouti militairement n’aient pas daigné critiquer cette violation flagrante par Ismaël Omar Guelleh de l’accord de paix, tout en sachant que c’est lourd de conséquences.
La politique menée depuis trente-deux ans est extrêmement suicidaire pour l’État de Djibouti (opinion partagée par une grande partie du peuple djiboutien et par de nombreux observateurs), car sans pays Afar, il n’existe pas de République de Djibouti.

Non seulement les questions soulevées par le conflit n’ont pas été réglées, mais elles ont été aggravées, et sont devenues même taboues.
Face à la violence fondatrice de ce régime, basée sur la seule force, qui tourne le dos à la création d’un État national et démocratique, la résistance (entendue à la fois comme môle de résistance face à l’oppression et comme processus de création d’une nouvelle alternative) est un combat légitime, juste et nécessaire.
Nous avons, en tant que FRUD, scrupuleusement respecté les populations des zones où nous menons nos actions, nous n’avons jamais pris comme cible un seul civil, nous avons soigné, bien nourri, les prisonniers militaires que nous avons détenus.

Il faut être conscient que ces combattants, qui essaient d’écrire une nouvelle page de l’histoire de notre pays, en refusant le confort douillet des villes, luttent pour l’intérêt de toute la population, et doivent être soutenus par tous ceux qui aspirent au changement.
Cela ne nous empêche pas de faire nôtre la citation d’Antonio Gramsci qui dit : « Il faut avoir une parfaite conscience de ses propres limites, surtout si on veut les élargir ».

LNA. – Il y a des accrochages dans le Nord de Djibouti, entre les éléments armés du FRUD et l’armée nationale djiboutienne (AND). Il semblerait que l’AND ne soit pas tellement pressée d’en découdre, qu’elle évite le contact… Confirmez-vous nos informations ? Si oui, à quoi ça tient ?

MK. – Il y a eu plusieurs accrochages entre le FRUD et l’AND dans les districts d’Obock et de Tadjourah. Le deux plus importants ont lieu du côté de Moussa Ali et à Sismo dans les Mablas. Dans ce dernier affrontement, du 30 août 2009, l’attaque de l’armée a été repoussée malgré l’utilisation des hélicoptères, et elle a subi des pertes. Mais à chaque fois, les officiers supérieurs doivent faire les déplacements pour convaincre les troupes d’aller combattre le FRUD. Il est exact que la plupart du temps, l’armée évite le contact.

Plusieurs problèmes secouent l’AND ces dernières années. Face à l’érosion de leur pouvoir d’achat, consécutive en partie à la hausse des denrées de première nécessité, les militaires basés au Nord ont organisé un mouvement de mutinerie, en février 2008, pour revendiquer des hausses des salaires et surtout l’alignement de leurs salaires sur ceux de la garde présidentielle.
À cette crise sérieuse au sein de l’armée, qui a failli dégénérer, s’est ajoutée au moment même où les militaires s’attendaient à bénéficier des hausses de salaires promises, en avril 2008, une guerre dite frontalière avec l’Érythrée, déclenchée par le chef de l’État Ismaël Omar Guelleh et le chef d’État Major de la Défense, Zakaria Cheik Ibrahim. Beaucoup des soldats mutins ont été envoyés au front où ils ont payé un lourd tribut lors des affrontements meurtriers entre les deux pays en juin 2008.
Certains officiers ont émis des doutes sur le bien-fondé de cette opération et ont été sanctionnés.
Ces deux événements ont mis le moral des troupes à plat, entraînant des désertions par dizaines. Ce malaise est amplifié par l’éviction de l’homme d’affaire Abdourahman Boreh (personnalité économique de première importance, qui a vu tous ses biens confisqués par le fait du prince), qui semble influent au sein de l’armée.

L’AND a par ailleurs des difficultés croissantes avec les anciens du FRUD, incorporés après les deux accords de paix. Ils n’ont jamais été réellement acceptés, beaucoup d’entre eux ont quitté suite aux harcèlements, à l’ostracisme. Trois d’entre eux ont été exécutés sur ordre de la hiérarchie : Aboubakar Ayoub, le 7 mai 2008, à Galilée à la frontière éthiopienne ; Ali Mahamad, à Balbala, mi-décembre 2008 ; et Mohamed Halloyta dit Reedo, le 18 août 2009, à Boli (50 km de Tadjourah). Depuis la mort de Halloyta, qui était très populaire parmi ses camarades, les anciens du FRUD se sentent en danger et des incidents se sont multipliés. Cinq d’entre eux sont emprisonnés parce qu’ils se sont opposés à des exactions contre des civils : à Assagueila, suite à l’explosion d’un camion-citerne militaire, le 15 octobre 2009 ; ou à Galéla, la même semaine, en empêchant le viol de deux jeunes filles dont celle du notable ; ou encore le 10 novembre, à Dawdaya.
Les exactions contre les civils, de plus en plus nombreuses, ne sont pas le fait d’actes isolés et spontanés ; parmi les militaires, il y a des personnes recrutées dans le sérail des proches du Président, spécialement chargées de basses besognes, de sévir contre des civils innocents, pour provoquer un clash entre l’armée et la population et créer des tensions tribales.

LNA. – Le Premier ministre djiboutien a tenu des propos très durs au sujet de votre mouvement. C’était dans le Nord et il s’exprimait en afar. Certains de ses propos sont surprenants : il a dit entre autres que le FRUD bloquait les routes, paralysait la région… Curieuse déclaration, non ?

MK. – Cette déclaration du Premier ministre n’est pas isolée et s’inscrit dans le cadre d’une communication gouvernementale tous azimuts.
Le discours en afar du Premier ministre, prononcé à Tadjourah le 22 octobre 2009 (à l’occasion de la remise d’un ferry-boat, don de la coopération japonaise), s’adressait à la population du Nord qui connaît mieux que lui la situation dans la région et l’importance du FRUD. Mais il en a surpris plus d’un, en déclarant que le FRUD paralysait de facto les districts de Tadjourah et d’Obock (c’est-à-dire la moitié du pays). C’était aussi une manière de faire mieux passer le message de fermeté du chef de l’État, à l’endroit des habitants de la région, soupçonnés de soutenir cette organisation.

Autre auditoire autre discours, en contradiction avec le précédent, le ministre de l’Intérieur (très malmené au sein du pouvoir), a été le dindon de la farce, en jouant le plus mauvais rôle. Il a déclaré en somali à la radio Voix de l’Amérique, le 2 novembre, que le FRUD est constitué de quelques bandits qui maltraitent les habitants.

Enfin, une fois n’est pas coutume, la partition la plus délicate a été attribuée au ministre des Affaires étrangères, celle qui consiste à démontrer qu’il n’y a pas de conflit interne à Djibouti et que tous ses malheurs viendraient de l’extérieur. En novembre 1991, lors de premier affrontement entre le FRUD et les troupes gouvernementales, le FRUD était qualifié de milice éthiopienne. Cette fois-ci, c’est l’Erythrée qui est accusée d’entraîner des milices pour déstabiliser Djibouti. Ce ministre qui a lu le communiqué à la chaîne Al-Jazeera, au Caire le 25 octobre, sans état d’âme, sait mieux que quiconque que le FRUD est Djiboutien dans sa composition, dans ses revendications et dans ses objectifs. Il s’est personnellement rendu compte de l’importance de cette organisation, lors de son déplacement dans les Mablas (sa région natale) en septembre 2009, où les notables ont accusé l’armée d’utiliser les habitants comme bouclier humain.
Le FRUD a existé et existera, nonobstant les péripéties entre le régime de Djibouti et les États voisins (Éthiopie, Érythrée).

En réalité Ismaël Omar Guelleh, tente désespérément de régionaliser le conflit djibouto-djiboutien, comme il l’a fait à partir de février 1992, en recrutant 8.000 anciens soldats somaliens de Ziad Barré. De la même manière, il essaie d’utiliser les centaines de soldats somaliens en formation à Holhol (Sud de Djibouti), contre les combattants du FRUD.

LNA. – Quelle est la spécificité du FRUD, par rapport à l’opposition légalisée de Djibouti ?

MK. – Le FRUD est une organisation politico-militaire, c’est sa place particulière dans le paysage politique djiboutien.
Nous considérons que la phase primaire de la constitution de l’État national n’est pas achevée à Djibouti ; dès lors, le monopole de la violence exercée par le régime depuis trente-deux ans n’est pas légitime. Fort de ce constat, le FRUD conteste ce monopole depuis dix-huit ans.
Il y a comme une relation dialectique entre le renforcement du FRUD et la libération des espaces démocratiques, et son corollaire : la création des partis politiques.

Les premières avancées du FRUD ont obligé le régime à se doter d’une constitution et d’un quadripartisme, vite vidés de leur contenu.
Dans un deuxième temps, les poussées du FRUD ont permis l’instauration d’un multipartisme à partir de septembre 2002, qui ne conservera que l’aspect administratif.

Il y a aujourd’hui quatre partis d’opposition, dont trois sont regroupés dans une coalition UAD (Union pour l’alternance démocratique), avec des moyens d’action très limités, et dont la légalité peut être annulée à n’importe quel moment, comme ce fut le cas pour le MRD (Mouvement pour le renouveau démocratique), dissout par décret présidentiel sous un prétexte futile.

Jamais deux sans trois, nous espérons cette fois, atteindre nos objectifs avec la participation de l’ensemble des forces de changement.
Les puissances occidentales, présentes à Djibouti et les pays voisins n’ont aucun intérêt à soutenir la présidence à vie d’Ismaël Omar Guelleh. Ce régime, facteur d’instabilité pour son pays et pour la région, a déjà entamé sa descente dans une sorte de Sombololoho (2), qui en afar évoque « un genre de piste glissante comme le toboggan ».

LNA. – Y a-t-il des interconnexions entre le FRUD et les autres mouvements de l’opposition démocratique ? L’opposition accepte-t-elle l’éventualité d’une action armée ?

MK. – Dans un contexte marqué par un sentiment de désespérance et d’impuissance, le FRUD est porteur d’espoir parce qu’il peut affaiblir l’omnipotence militaire du régime. Perçu avec méfiance par un secteur de la population il y a quelque temps, le FRUD est désormais encouragé dans ses actions par différents acteurs, y compris par les partis légalisés, comme facteur de démocratisation. Le renforcement du FRUD permet d’établir un rapport de force en faveur de l’ensemble des mouvements démocratiques avec lesquels nous entretenons de bonnes relations. Mais la question récurrente au sein de ces mouvements, de l’alliance avec notre organisation doit être tranchée rapidement.

Pour notre part, nous essayons d’entretenir avec les partis d’opposition un rapport d’égalité, compte tenu de la configuration politique actuelle caractérisée par l’existence de plusieurs courants politiques. Cette situation exige la formation d’un large front basé sur une plate-forme, assorti du respect, de l’autonomie et de la liberté d’action de toutes les formations démocratiques.

Cette démarche ouvre une autre perspective et s’oppose aux pratiques du pouvoir en place depuis l’Indépendance, qui a cannibalisé tous les groupes qui se sont ralliés à lui, comme la tendance dissidente du FRUD ou le PND d’Aden Robleh.

LNA. – On parle aussi d’insécurité, d’exactions de jeunes et de voyous à Djibouti-ville. Quelles sont les formes et les conséquences de ce climat dans la capitale ?

MK. – Il faut distinguer trois niveaux d’insécurité qui frappent les citoyens de la capitale.
La première violence est le fait des services d’ordre (police et garde présidentielle), qui s’attaquent à tous ceux qui défendent leurs droits : les chômeurs, les lycéens, les habitants des quartiers considérés comme hostiles au pouvoir. Trois personnes ont été tuées à Balbala, en résistant aux destructions de leurs logements, en août 2009.
En second lieu, on assiste à des incendies plus ou moins organisés des bâtiments administratifs (Cour des comptes avec destruction de toutes ses archives, bureaux de la Cour suprême, ministère de l’Agriculture, etc.), et certains logements bien ciblés. Aucune enquête n’a été diligentée, donc aucune personne n’a été arrêtée.
Enfin, une violence des jeunes a fait son apparition ces derniers temps, qui prennent possession des quartiers après 21h00. Cette insécurité s’apparente à ce que le politologue camerounais Achille Mbembe qualifiait de lumpen-radicalisme, c'est-à-dire une violence sans projet politique. Elle est alimentée par les tensions, nées au sein du pouvoir, après l’annonce du parti au pouvoir de l’éventualité du troisième mandat pour l’actuel président.
Cette nouvelle forme de violence urbaine met à mal la fiction de stabilité et risque de s’amplifier au fur et à mesure que le régime dépérit ; elle est favorisée par les démantèlements des structures politiques, syndicales et associatives.

LNA. – Par ailleurs, la situation alimentaire est grave à Djibouti, dans le Nord et dans le reste du pays. Est-ce globalement un problème de même nature que dans le reste de la corne de l’Afrique ?

MK. La situation alimentaire s’aggrave d’année en année. En 2008, l’organisme américain d’alerte précoce, Famine Early Warning Systems Network (Fews.net) a estimé à 340.000 (c’est-à-dire la moitié de la population) le nombre de personnes souffrant de la faim et qui auraient un besoin urgent d’assistance ; en 2009, leur nombre est en nette progression. S’il est vrai que Djibouti subit de la même manière le cycle de la sécheresse et de la famine qui frappe le reste de la corne de l’Afrique, la situation alimentaire est aussi aggravée par le détournement (jusqu’à 90%) de l’aide internationale.

La situation est encore plus dramatique pour les populations du nord et du sud-ouest, qui subissent une destruction lente de la part du pouvoir et qui n’ont toujours pas accès aux aides et services des ONG.

Les habitants de la zone frontalière avec l’Érythrée sont les plus durement touchés, parce qu’ils sont soumis à un embargo de la part des autorités djiboutiennes ; autorités qui ont pris la décision scandaleuse d’interdire le déplacement dans cette région du sultan de Rahaita, M. Abdoulkader Daoud, personnalité coutumière très respectée parmi la population djiboutienne, ainsi que celui de ses frères et de sa famille.

           


(1) Entretien avec Hassan Mokbel, chargé des relations extérieures du FRUD :
http://www.lesnouvelles.org/P10_magazine/15_grandentretien/15051_FRUD2006.html

(2) Titre d’un célèbre livre de Mohamed Aden, consacré à la chute d’Ali Aref, vice-président du Conseil de gouvernement de l’époque coloniale.

Interview with Mohamed Kadamy,
Leader FRUD (Front for the Restoration of Unity and Democracy)
couvertures Les nouvelles d'Addis no 65
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