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Érythrée / Droits de l'homme / Libertés politiques

Conséquence du conflit érythréo-éthiopien

Le président Issayas critiqué par d’anciens partisans


ROBERT WIREN

Novembre-décembre 2000. – Pour l’Érythrée, les effets politiques du conflit avec l’Éthiopie n’ont pas tardé à se manifester, pour ne pas parler de ses conséquences économiques et sociales qui touchent la population depuis des mois déjà. Moins de quatre mois après l’arrêt des combats à des conditions douloureuses pour la fierté du pays, voici qu’on entend monter des critiques de fond qui s’adressent au Président par le biais d’une lettre ouverte. Fait nouveau, cette lettre ne provient pas des opposants habituels, ceux de l’Alliance des forces nationales érythréennes (AENF, opposition armée), ni même du nouveau Mouvement démocratique indépendant érythréen (EIDM) fondé début octobre à Washington par d’anciens membres de l’Eritrean Liberation Front (ELF), l’ancien rival de l’EPLF d’Issayas Afeworki. Les treize signataires, qui se présentent comme des enseignants et professionnels érythréens [cf. "Éclairage sur Awate et le Groupe des 13"], sont des compagnons de route du président et représentent une partie de l’élite du pays même si la plupart vivent à l’étranger (mais quand on connaît l’importance qu’a représenté l’appui financier et politique de la diaspora pour le gouvernement d’Asmara, on mesure l’onde de choc que va propager cette prise de position critique). Toutes proportions gardées, il pourrait s’agir d’un commencement de perestroïka à l’érythréenne puisque des combattants pour l’indépendance posent ouvertement des questions sur la conduite de la politique du pouvoir à l’intérieur et à l’extérieur, sur la nature et le style du leadership depuis 1991. Les termes de cette lettre ouverte ne sont pas anodins : « L’image de l’Érythrée n’a jamais été aussi mauvaise qu’aujourd’hui. […] Une grande partie de la communauté internationale, y compris nos amis africains, perçoit le gouvernement érythréen et son président comme agressifs et irresponsables. » Pour ce qui est des méthodes de gouvernement, les signataires mettent en cause l’abandon du fonctionnement collectif du pouvoir et l’autocensure parmi les responsables politiques qui, en ne protestant pas, ont permis l’accumulation des pouvoirs entre les mains d’un seul homme. Le texte évoque d’ailleurs la crise et la confrontation qui divise la direction du pays.

Après avoir constaté que l’intervention directe du parti unique dans l’économie (le parti est propriétaire d’entreprises) a découragé des investisseurs authentiques et crédibles, le Groupe des 13, dont l’un des membres a présidé à la rédaction de la constitution, en demande une application immédiate. Autrement dit celle-ci ne serait donc pas appliquée.

Et la lettre ouverte précise que des institutions fonctionnent en violation de l’esprit et de la lettre du texte fondateur. Ainsi l’abolition du “tribunal spécial” est souhaitée : « Des gens ont été emprisonnés pendant de nombreuses années sans avoir été mis en examen et encore moins condamnés. »

Les auteurs affirment enfin vouloir élargir leur base en vue d’une réunion qui étudiera la réponse apportée à cette lettre. « L’idée, écrivent-ils, est de commencer un dialogue durable gouvernement/société civile comme moyen critique d’un développement sain pour notre futur. » -- RW


Éclairage sur Awate et le Groupe des 13. Deux membres du Groupe des 13 vivent à Asmara : Mohamed Kheir Omar, doyen de la faculté d’agronomie, et Paulos Tesfagiorgis, juriste qui a tenté en vain de créer un mouvement pour les droits de l’homme. Parmi les autres signataires, on note entre autres :

-- Assefaw Tekeste, ex-responsable de la santé de l’EPLF,
-- Bereket Habte Sellassié, ancien représentant de l’EPLF à l’ONU et président du comité de rédaction de la constitution,
-- Kassahoun Checole, éditeur, dirige “Red Sea Press” (USA),
-- Kaled A. Beshir, co-fondateur du site internet “eritrea.org”,
-- Reesom Haïlé, journaliste et poète.

Sur internet : “Awate”, site érythréen privé. La lettre ouverte au président de l’Érythrée a été diffusée sur le site “www.awate.org” qui semble vouloir se positionner comme un lieu de débat érythréen non affilié à un parti. Détail amusant : ce site qui a attendu que la lettre soit parvenue à Asmara pour la publier, reproche au site éthiopien “Walta Information Center” d’avoir “piqué” le texte sur le serveur d’awate et de l’avoir diffusé trop tôt sans demander l’autorisation. Dans la guerre de communication, l’occasion était trop belle ! -- RW


Contingent italien. La mission humanitaire de l’ONU, Mission des nations-unies en Éthiopie et en Érythrée (UNMEE) a commencé ses grandes manœuvres pour organiser le départ de ses militaires en Afrique orientale. Ainsi les soldats italiens retourneront dans cette région du monde, six ans après l’opération “Ibis” en Somalie. [...] D’après des sources militaires les observateurs italiens sont déjà sur le point de rejoindre Asmara. Ils seront suivis par une équipe d’officiers dont la tache est d’évaluer la situation du point de vue logistique et géographique, en prévision de l’arrivée d’un contingent italien. [RAI, 16/09/2000]
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