Extrait des Nouvelles d'Addis
n°20, novembre-décembre 2000
Les récents développements politiques somaliens, à savoir lélection dun président par une assemblée nationale de transition, puis la nomination dun premier ministre chargé de composer un gouvernement, ont soulevé lespoir dune normalisation politique en Somalie. Mais la situation reste encore incertaine car la méthode même qui a présidé à cette évolution est contestée. Les optimistes [voir Les Nouvelles d'Addis pour Radio Téhéran] retiennent le fait quun vide institutionnel est en train de se combler et que la population (celle du sud essentiellement) soutient la démarche du président Abdoulkassim Salat Hassan. Mais les observateurs prudents constatent que le Somaliland et le Puntland (qui représentent un tiers de la population) nétaient pas représentés au négociations de Djibouti et que le processus actuel nest que la dernière version de tentatives similaires qui ont toutes échoué pour avoir, elles aussi, prétendu recréer den haut des structures étatiques centralisées étrangères aux modes de fonctionnement de la société somalie.
Reconstruction progressive ou recréation de lÉtat central ? Certains analystes sétonnent quaprès lexpérience de stabilité et de paix dans les deux entités du nord où ont été mises en uvre des procédures de conciliation traditionnelles (les shir), la méthode de pacification régionale, produite par la société civile elle-même, soit en train dêtre ignorée au profit dun montage politique ambigu qui porte en lui les germes de nouvelles déceptions. Un exemple danalyse "pessimiste" est celui quon peut trouver sur le site internet Somalia watch. À la question : y aura-t-il maintenant la paix en Somalie ?, Bernhard Helander, universitaire suédois et ancien rédacteur en chef de Somalia news Update, répond négativement. Il fait remarquer que les Somaliens du nord ont été échaudés par vingt ans de domination du sud sous la dictature de Syad Barré et que lindépendance de facto actuelle est appréciée au sein de la population. En 1991 déjà, une première conférence de Djibouti avait désigné en vain un sudiste comme président. Or le processus actuel, patronné par le président djiboutien, va mettre en selle un homme, Abdoulkassim Salat, qui a été ministre de Syad Barré entre 1973 à 1990 à divers postes (Industrie, Commerce, Travail, Intérieur).
LAssemblée de transition comporte de nombreux membres qui vivaient en exil, y compris danciens chefs militaires de Syad Barré. Lespoir du retour à un rôle économique central pour Mogadiscio fait naître parmi eux des ambitions qui ne sont pas toutes désintéressées.
Le risque dune union contre les nordistes. Pour Bernhard Helander, le ciment politique risquant dunir le sud actuellement fragmenté, cest la confrontation avec le Somaliland et le Puntland qui avaient réussi à sextraire du chaos somalien. La culture politique dans lex-Somalie italienne, écrit luniversitaire suédois, a généré un réflexe pour dépasser léclatement : la désignation dun ennemi extérieur commun. Ce fut lun des facteurs du maintien au pouvoir de Syad Barré pendant plus de vingt ans. À la faveur dun retour du drapeau de létat-nation, la sécession du Somaliland et lautonomie du Puntland deviendront des déviations à punir. Dautre part, M. Helander décèle derrière les appuis extérieurs au président élu des intérêts particuliers : ainsi les dirigeants de Djibouti voient dun mauvais il la baisse du transit des marchandises vers lÉthiopie au profit de Berbera au Somaliland et ils ne seraient pas fâchés dune mise au pas de cette entité voisine indépendante qui dispose en zone frontalière de bonnes terres agricoles. Et on dit que Djibouti sintéresse à ces terres. Lauteur cite aussi lactivisme des agences régionales de lONU basées à Nairobi qui ont hâte de retrouver la Somalie dans leur champ daction (lONU cest aussi des carrières de fonctionnaires sensibles à limportance des budgets gérés). Un diplomate onusien chevronné, David Stephen, serait lun des parrains de la conférence dArta. De son côté, lItalie tente de reprendre pied dans la région lorsquelle envoie en hâte un représentant assister à un séminaire des nouveaux parlementaires somaliens. Pour faire bonne mesure, il ne faut pas oublier lincontournable Khaddafi qui sest fait un plaisir de financer divers politiciens du sud et du Puntland afin de sassurer des amitiés locales quelle que soit lévolution du pays. Enfin, alors que lÉrythrée na pas renoncé à encourager les rebelles oromos qui agissent depuis le territoire somalien, on ne voit pas pourquoi les militaires éthiopiens se priveraient de continuer à aider la milice Rahanwein Resistance Army dont le chef, Hassan Shargudud, les aide à contenir les incursions de lOromo Liberation Front dans le sud du Balé. Or le chef de guerre naccepte plus lautorité de lAssemblée somalienne de transition. Il a dailleurs annoncé cette décision depuis Addis-Abeba.
Sil suffisait de placer un président à Mogadiscio pour effacer vingt ans de dictature et dix ans danarchie, ce serait trop simple et il est à craindre que les promesses dArta ne soient que des mirages. -- RW
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