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Érythrée / Droits de l'homme / Libertés politiques

Des opposants chez Issayas

Un dialogue de sourds.


ROBERT WIREN

Janvier-février 2001. – La lettre ouverte adressée au président Issayas par le Groupe des 13 [cf. LNA n°20, novembre-décembre 2000] a eu un effet à Asmara : la qualité des signataires dont le passé de patriotes ne pouvait être mis en doute a sans doute été déterminante. Le président a donc accepté de les recevoir le 25 novembre dernier. Onze membres du groupe étaient présents. Une personne n’a pu venir et une autre avait démenti être membre du groupe. À première vue on peut donc penser qu’un dialogue entre le pouvoir et certains opposants a eu lieu et que ceci est de bon augure alors que des élections générales sont prévues en Érythrée en décembre 2001. Mais les choses ne sont pas si simples. L’un des signataires de la lettre ouverte, Dawit Mesfin, en fait la démonstration dans un entretien publié sur le site "awate.com". En effet, selon lui, le président a fait preuve d’une bonne volonté de façade, car tout s’est passé de façon à minimiser l’impact de la réunion. Ainsi le rendez-vous fixé entre le 22 et le 24 novembre a été repoussé au 25, quelques heures avant le départ prévu d’Asmara de la plupart des membres du groupe qui travaillent à l’étranger. De ce fait, ils n’ont pas eu le temps d’organiser un compte rendu avec leurs contacts dans la capitale érythréenne. Pour Dawit Mesfin, Issayas Afeworki était hésitant au sujet de la rencontre qui finalement s’est réduite à un dialogue de sourds puisque les questions politiques posées dans la lettre ouverte n’ont pu être abordées. Le Président qui a mené l’entretien, n’était accompagné d’aucun conseiller et il n’y a pas eu de sténographie. Le dialogue a tourné principalement autour de la publication de la lettre avant sa réception par le président ce qui a placé ses interlocuteurs sur la défensive. Or, pour Dawit Mesfin, les autorités savaient très bien que la fuite n’avait pas été organisée par les membres du groupe. Autre point qui montre qu’un véritable dialogue politique n’est pas encore à l’ordre du jour : non seulement les médias gouvernementaux n’ont accordé aucune place à la rencontre mais le courrier des lecteurs a semble-t-il été utilisé pour dénoncer un groupe de "traîtres", à savoir les signataires de la lettre ouverte. Malgré cela Dawit Mesfin pense que l’initiative des douze citoyens érythréens a été positive puisqu’elle a attiré l’attention du pouvoir. Mais il reste très prudent sur une ouverture éventuelle du régime en place. D’ailleurs dans un article du 29 décembre 2000, il analyse l’évolution du système de parti unique érythréen avec la mise à l’écart de personnalités de la lutte pour l’indépendance, l’exclusion de nombreux "fighters", la montée en puissance politique et économique d’adhérents récents et fidèles au seul président, l’osmose entre le parti et l’État. Et comme pour illustrer cette captation du pouvoir par un groupe, le conseiller politique du président Issayas, Yemane Ghebreab, a déclaré : « Il n’y aura pas assez de temps pour que des partis puissent émerger avant les élections [de décembre 2001], nous pensons qu’il y aura des candidats indépendants » (Washington Post, 15/12/2000). Autrement dit la constitution érythréenne, qui prévoit pourtant l’autorisation de plusieurs partis politiques, attendra encore un peu avant d’être appliquée. -- RW

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