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Éthiopie / Politiques
Mélès Zénawi sexplique Dans un long entretien accordé au journal Abyotawi, organe de lEPRDF, coalition gouvernementale, le Premier ministre éthiopien sexplique sur : les événements dramatiques davril, la crise du TPLF, la lutte contre la corruption et la nouvelle politique. Lentretien avec M. Mélès Zénawi a été repris in extenso dans lEthiopian Herald (gouvernemental), numéros des 7, 8, 9 et 10 juin 2001. Les Nouvelles d'Addis ont traduit et analysé le texte ; en voici la substance. Après les manifestations étudiantes et les émeutes dramatiques, et surtout après les graves tensions au sein de la coalition au pouvoir et au sein de son propre parti, le TPLF (1), le Premier ministre éthiopien donne son point de vue sur les causes de ces malaises et sur les perspectives du pays. Concernant les débats au sein de lEPRDF (2), Mélès Zénawi estime quil fallait résoudre « un manque de vision claire » et « des problèmes de démocratie interne et de vie politique au sein de lorganisation ». Si ces problèmes avaient perduré, ils auraient entraîné, selon lui, « des problèmes de démocratisation au sein de la société au sens large et un risque de corruption du système ». La majorité de la coalition aurait décidé de « combattre fortement la corruption à la fois politiquement et légalement ». Le groupe dissident préférant sen tenir au « statu quo ». Abordant la nouvelle politique envisagée par la coalition gouvernementale, le Premier ministre la répartit en trois points : Quel type de démocratie ? Quel choix économique ? Quelle politique étrangère ? Concernant la lutte contre la corruption, le Premier ministre précise quil y a eu de longs débats au sein de lEPRDF sur les moyens politiques et légaux à mettre en uvre pour mener ce combat. Ces moyens légaux vont être donnés par la Chambre des représentants qui est en train délaborer de nouvelles lois. Le fait que des membres éminents de lEPRDF aient été suspendus de leurs fonctions administratives constitue la preuve que « nous réussissons à changer des idées obsolètes, à instituer des procédures plus démocratiques [dont] à la fois le peuple et le gouvernement en seront les bénéficiaires ultimes ». Il ne sinquiète pas du remplacement de ces cadres. « Une fois que vous avez une vision claire et une ligne politique correcte, les leaders compétents émergeront ». Revenant sur la politique économique, le Premier ministre précise que sil sagit dune économie de marché, il nest pas pour autant question quelle ne tienne pas compte des réalités du pays. « Prendre en considération les règles et les institutions [du système global, ndlr] nimplique pas daccepter tout ce qui est prescrit par le FMI et la Banque mondiale ». Sattaquant au groupe dissident du TPLF qui lui reproche davoir mis en péril la souveraineté de lÉthiopie, en signant laccord de paix avec lÉrythrée, Mélès Zénawi précise que lEPRDF avait eu de longues discussions au sujet du document concernant les dispositions techniques (Technical Arrangements). Une majorité avait décidé de ne pas accepter ce document et de « lancer un combat réussi et victorieux sur les plans diplomatique, politique et militaire » ; et ceux qui sétaient ralliés à ce choix « avaient fait des contributions bien plus grandes pour remporter la victoire que le groupe dissident qui fait tant de bruit » aujourd'hui. Interrogé sur le soutien dont bénéficierait ce groupe dans le Tigray, à Addis-Abeba et dans la diaspora, Mélès Zénawi estime quau sein du TPLF il na aucun soutien. Il nest pas surpris « de voir que la faction a forgé une alliance avec ceux qui étaient opposés à notre organisation ». Il évoque des liens de ceux-ci avec lAAPO (3) et lEPD (4) et dautres. Il pense que ce groupe dissident essaie de rallier danciens dissidents vivant à létranger. Mais pour Mélès Zénawi, ce groupe est un « groupe inerte ». À propos des événements dramatiques davril/mai (manifestations étudiantes, émeutes, répression, assassinat du chef de la sécurité), Mélès Zénawi considère quil ne faut pas en déduire que le gouvernement na pas les moyens dassurer la sécurité. Selon lui, lexistence de groupes de gangsters dans la capitale est connue et des mesures ont été prises contre eux. Quant aux étudiants, le Premier ministre déclare comprendre leurs revendications : « Nous comprenons que les étudiants aient soulevé des questions qui étaient opportunes. Je trouve difficile à croire que la plupart des réponses à ces questions aient été au-dessus de la capacité et du domaine de ladministration de luniversité ». Considérant le temps qui a été mis pour lexamen de ces problèmes, il estime que cest la preuve « quil y avait des forces, derrière les demandes des étudiants, qui travaillaient pour créer le chaos et lanarchie afin de réaliser leurs rêves tant attendus de renverser lEPRDF ». Au sujet de lassassinat du chef de la sécurité le 13 mai, Mélès Zénawi considère que ce nest quune coïncidence quil se soit produit à ce moment-là. Lopposition estime quelle subit diverses pressions du pouvoir en place, via des accusations de dissidence ou de corruption. À cela, Mélès Zénawi rétorque que « lopposition ne peut pas opérer à la fois dans et hors la loi ». Ceux « qui ont été traduits devant les tribunaux et condamnés [lont été] selon la loi du pays ». Les personnes emprisonnées après les émeutes seraient des gens « qui étaient impliqués dans des pillages ou des activités criminelles ». À sa connaissance, il ny aurait que « deux individus qui sont en détention, accusés davoir incité les troubles des étudiants ». Concernant les relations entre la coalition au pouvoir et la presse privée, Mélès Zénawi estime que beaucoup de ces journaux sont « des organes dorganisations politiques » légales ou illégales. « Le gouvernement sait quel journal est au service de lOLF (5) [ ] quel journal est soutenu par lEPRP (6) ». Cependant, si le Premier ministre reconnaît que ces journaux ont le droit dexister, il précise quils doivent « opérer dans les limites de la loi du pays ». Il ajoute que depuis dix ans, de nombreux journaux et magazines privés ont vu le jour dans le pays, donnant la possibilité au peuple « davoir accès à différentes sources autant quà différentes idées politiques ». Au sujet de la levée de lembargo sur les armes et des difficultés rencontrées pour létablissement de la zone temporaire de sécurité, Mélès Zénawi affirme que si le régime dAsmara « choisissait de sembarquer une fois de plus sur le chemin de la guerre, il supporterait les pleines conséquences de ses actions ». CD |
Entretiens du Premier ministre éthiopien avec Les nouvelles d'Addis
Mélès Zénawi, Paris, 28 novembre 1998 [en marge du sommet Afrique-France] Mélès Zénawi, Addis-Abeba, 21 janvier 1999 [alors que la guerre avec l'Érythrée semble inévitable]
Mélès Zénawi, LNA, Addis Abeba, 23 janvier 2003 [avant le premier sommet de l'Union africaine]
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