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Christian Ocquet, chef du service de Coopération française et d’Action culturelle auprès de l’ambassade de France à Djibouti. Entretien paru dans La Nation.

Nous republions intégralement un entretien avec M. Christian Ocquet, chef du service de Coopération française et d’Action culturelle auprès de l’ambassade de France à Djibouti, réalisé par le journal gouvernemental djiboutien la Nation, qui nous a aimablement proposé de republier les articles que nous souhaitons. Au menu les échanges bilatéraux entre les deux pays. Affaires d'argent, d'équipements et de services donc. Ping-Pong serré parfois… Du point de vue de notre collègue journaliste djiboutien, le compte n'y est pas. – AL


PROPOS RECUEILLIS PAR
A.A-MAHÉ (LA NATION)

(Djibouti, juin 2001)
Avec l'aimable autorisation de la Nation
http://www.lanation.dj


Les relations entre la République de Djibouti et la France ressemblent de plus en plus à un mariage de raison : selon l’expression même d’une commission de parlementaires venue l’année dernière de Paris pour enquêter sur l’intérêt de la présence militaire française à Djibouti. Comme nous savons que de nos jours, les mariages d’amour ne font plus long feu, chacun d’entre nous est censé avoir pour son compte. Quant aux citoyens de la rue, ils pensent que la balance penche en faveur de la France. Pour répondre à nos soucis quotidiens, nous sommes allés poser quelques questions à M. Christian Ocquet, chef du service de Coopération française et d’Action culturelle auprès de l’Ambassade de France à Djibouti. – AAM


« La France est le premier partenaire, et de loin, de la République de Djibouti. » (1)

La Nation. – Le service de la Coopération française, qui était une mission avant le rattachement de la Coopération aux Affaires étrangères, existe à Djibouti depuis pratiquement l’indépendance. Quel est aujourd’hui le poids de cette coopération ?
Christian Ocquet. – M. Mahé, le poids de cette coopération est important. Il faut savoir que la France est le premier partenaire, et de loin, de la République de Djibouti. Nos contributions se font sous forme de dons ou de subventions et non sous forme de prêt, qu’il faut un jour où l’autre penser à rembourser. Notre coopération est particulièrement importante dans sa dimension ressources humaines, puisque ce qui la caractérise est une présence humaine sous force d’assistants techniques qui ont été nombreux à Djibouti et qui le demeurent encore aujourd’hui dans une large mesure…

La Nation. – Elle n’est pas caractérisée sous une forme financière ?
CO. – Oui, je crois qu’on peut résumer cette coopération sous la forme d’un chiffre global. Elle tourne, en moyenne, autour de 150 MF ces dernières années. Dans ce montant, je ne tiens pas compte des versements effectués par l’Agence française de développement (AFD) qui est le deuxième outil de la coopération française à Djibouti…

La Nation. – Et ce montant sert à quoi réellement ?
CO. – Tout d’abord, ce montant se décompose de la manière suivante. La plus importante partie couvre nettement l’assistance technique en République de Djibouti. Bien évidemment leurs rémunérations mais également tous les frais annexes ; notamment les frais de fonctionnement.
Nous avons aussi un dispositif important au niveau de la formation, à l’extérieur, sous forme de bourses universitaires et de bourses de stages. Je dirais à cet égard, que l’enveloppe consacrée aux bourses djiboutiennes est la seconde en importance dans le continent africain. Nous avons également des projets d’investissements, appelés jadis FAC (Fonds d’aide et de coopération), mais qui s’appelle de nos jours le FSP (Fonds de solidarité prioritaire) qui nous permettent de financer des projets dans des secteurs tels : la santé, l’éducation etc.
Nous apportons également un appui traditionnel aux finances publiques dans le cadre de l’ajustement structurel, en accompagnement du programme que la République de Djibouti a avec le FMI.
Éléments nouveaux de ces dernières années : nous mettons en œuvre l’aide exceptionnelle, issue des discussions qui ont eu lieu à la fin de l’année 98 et au début de l’année 99 et dont la formalisation a eu lieu bien sûr à l’occasion du voyage de M. Josselin en janvier 1999 à Djibouti. Cette aide exceptionnelle se monte à 65 MF et se décompose de la façon suivante : une aide budgétaire de 10 MF pour permettre au budget djiboutien de faire face à ses dépenses prioritaires et 55 MF, répartis dans les secteurs économiques et sociaux. Notamment la réhabilitation de la route Djibouti-Dikhil, l’appui au Port de Djibouti et à l’EDD.
Nous avons également mis un programme en faveur de l’Office national des eaux à travers la modernisation de la station de pompage d’Ambouli. Ailleurs, nous sommes intervenus dans les travaux d’assainissement des quartiers Arhiba et EingUela dont les travaux sont actuellement en cours.
Ensuite, nous avons un gros projet à l’Hôpital Peltier qui consistera dans un premier temps à remettre en état l’assainissement de cet établissement ; ensuite de construire un bâtiment de chirurgie et moderniser un bâtiment de médecine.


Assistance technique. – Baisse de l'enveloppe financière. – Retour au donateur. – Gêne de la partie djiboutienne.(2)

La Nation. – En revenant à la coopération dans son ensemble, vous avez parlé d’un montant global annuel destiné à couvrir vos activités de coopération. Quel est la part, en pourcentage, consommée par l’assistance technique ?
CO. – Ce pourcentage est assez important et de l’ordre des deux tiers à peu près. Pour vous donner un ordre de grandeur, il y a en ce moment, environ 125 coopérants français présents à Djibouti dont 80 dans les secteurs éducatifs et culturels, une vingtaine dans la santé et le reste répartis aux autres secteurs tels l’agriculture, les finances etc.

La Nation. – Depuis l’indépendance à nos jours, cette coopération est en déclin et l’enveloppe se dégonfle au fur et à mesure. Qu’est-ce qui se passe ?
CO. – Il est vrai que cette enveloppe est en diminution. C’est un phénomène général. L’aide des pays du Nord en direction, des pays du Sud, a tendance malheureusement à diminuer année après année. Vous savez, que cet objectif de consacrer 0,70% du PIB à l’aide au développement n’a jamais pu véritablement être atteint à l’exception de deux ou trois pays.
La France est quand même considérée comme un pays donateur important, sans doute plus important que bien des pays qui ont atteint sa dimension économique.
Je dirais que, surtout dans un pays comme Djibouti où la plus grosse part de notre coopération passe à travers l’assistance technique, il n’est pas anormal de considérer une certaine diminution qui est en quelque sorte le résultat du succès de cette coopération, puisque nous avons formé progressivement une relève. Nous formons des cadres djiboutiens, qui petit à petit assument leur responsabilité et bien évidemment remplacent ici ou là les coopérants français qui étaient en fonction.
Si je prends l’exemple de l’éducation, le nombre des bacheliers a été augmenté par 10, voire par 15 depuis l’indépendance. Nous venons tout juste de recevoir le résultat du baccalauréat 2001 où nous avons plus de 700 reçus. Une grande partie de ces étudiants va s’engager vers un cycle d’études supérieures, ils reviendront, ils seront formés et occuperont des postes de responsabilité.

La Nation. – Le Djiboutien moyen voit à travers la coopération un volume financier d’une certaine ampleur traduit par un montant où l’essentiel de cette enveloppe retourne au donateur. Comment lui faire comprendre ?
CO. – Les deux tiers de ce montant retournent au donateur. Je dirais, c’est rapide évidemment, ça permet de faire venir à Djibouti une expertise qui lui est utile pour son développement, dont Djibouti ne dispose pas pour le moment. Cela n’empêche pas que l’assistance technique génère des dépenses dans le pays : que ce soit pour des dépenses personnelles du coopérant et de sa famille, mais également pour des dépenses induites par son activité professionnelle.

La Nation. – Lorsque vous diminuez d’un côté l’aide à la coopération et que vous reprenez en bout de chaîne ce que vous avez donné à Djibouti, nous devenons gênés. Ne croyez-vous pas qu’il y a de quoi ?
CO. – Non ! Nous ne pouvons pas dire que, cela soit reprit. Tenez l’exemple d’un prof ou d’un médecin. Il vient à Djibouti parce qu’il n’y a pas, à un moment donné, l’expertise technique nécessaire pour remplir un certain nombre de tâches. Cette personne vient et contribue au développement socio-économique de la RDD par sa présence. Bien évidemment, elle vient parce qu’on lui offre un salaire ou une rémunération. Pendant qu’il est à Djibouti, il dépense pour lui et sa famille etc.

La Nation. – Mais cette personne avant de venir à Djibouti, travaillait déjà et touchait un salaire qui lui faisait parti d’un budget bien déterminé. Pourquoi nous comptabiliser les salaires de vos fonctionnaires, alors que vous parlez de don ?
CO. – Bien ! À partir du moment où vous êtes sur un poste, il faut que vous ayez un salaire. Que ce salaire soit versé par le ministère des Affaires étrangères français où qu’il le soit par l’administration d’origine du coopérant, ça ne change pas fondamentalement les choses mais il faut d’une manière ou d’une autre que cette personne ait un salaire et que nous comptabilisions ce salaire ou ces dépenses annexes à l’intérieur de notre enveloppe de coopération.


Infrastructures mises à disposition de la France. – La France s'intéresse-t-elle encore à Djibouti. – Comparaison avec les autres pays africains. – Djibouti, îlot francophone dans la région.

La Nation. – La France comme on le sait, jouit à fond des infrastructures mis à sa disposition et ces avantages, ou ces facilités, n’ont pas de prix. Croyez-vous que le don accordé à la RDD est à la mesure de ce que vous recevez ?
CO. – Je vous dirais d’abord que cela n’est pas mon domaine de compétence mais la base militaire induit des revenus sensibles et significatifs pour l’économie djiboutienne. Il y a des débats [???], des emplois. Quelque part donc, la base militaire contribue au fonctionnement de l’économie djiboutienne.

La Nation. – Il fut un temps où cette contribution était valable mais plus de nos jours. L’aide à la coopération a diminué, les dépenses militaires aussi alors que vous tenez toujours le même langage ?
CO. – [Silence !] Il est vrai que les chiffres indiquent une certaine réduction année après année mais je me permets de redire que, malgré tout, nous sommes, de loin, le premier partenaire et il y a une implication très forte de la France pour soutenir le développement économique et social de la RDD.

La Nation. – Nous, de notre côté, nous nous demandons si la France s’intéresse encore à ce pays. Là est notre problème. Que faire ?
CO. – Alors… Tout est une question comme souvent de comparaison. Mes collègues qui sont dans d’autres pays africains, notamment en Afrique de l’Ouest ou centrale me disent que l’enveloppe de la coopération pour Djibouti est beaucoup plus importante que la leur, alors que la population est beaucoup moins nombreuse. Donc, ils me disent : « Comment ce fait-il, qu’un pays, qui a une population limitée, de l’ordre de 700.000 habitants, continue à percevoir de la part de la Coopération française des montants beaucoup plus importants qu’un autre pays qui aurait par exemple 7,5 millions d’habitants. »
C’est un argument qui est souvent entendu et que je vois en fait comme une réplique. Parce qu’il montre bien que Djibouti est loin d’être abandonnée par la Coopération française. Je vous invite à vérifier ces chiffres qui sont publiés année après année par l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) qui montre que cet effort d’aide qui avait atteint une maturité dans les années 70 a tendance maintenant à baisser légèrement. Nous cherchons aussi à trouver d’autres sources et nous pensons que des pays comme Djibouti se doivent de favoriser directement les investissements privés.
Il y a d’autres formes de coopération. Je pense à la coopération dite décentralisée entre villes et entre régions. Il faut aussi tenir compte de la société civile que nous nous efforçons de faire émerger à Djibouti, de les consolider. Il y a quand même toute une série d’acteurs qui peuvent venir en accompagnement de l’effort public d’aide au développement.

La Nation. – Si je reviens à votre rapport de comparaison Djibouti, Afrique de l’Ouest, nous estimons, nous autres Djiboutiens que l’effort Français à l’aide au développement destiné à cette région de l’Afrique est sans commune mesure. Djibouti est un îlot francophone perdu dans un océan, nous ne cesserons jamais de le répéter et nous trouvons toujours que la France ne fait pas assez pour le développement de sa propre langue. Qu’en pensez-vous ?
CO. – Lorsque vous dites qu’elle ne fait pas assez, je prends la critique d’une manière positive qui traduit tout l’intérêt que Djibouti accorde à sa dimension francophone. J’admets que vous puissiez penser que nous devions faire plus.
Je vous répondrais que nous faisons déjà beaucoup et que nous nous battons pour essayer de maintenir cette tendance.
Nous sommes encore très présents au niveau de l’éducation, à travers notre assistance technique. C’est de loin, la composante, la plus nombreuse. Nous nous intéressons en particulier à la formation des enseignants, des instituteurs, des professeurs à ce que nous appelons leur encadrement pédagogique.
Vous savez que la nouveauté à Djibouti a été la création du Pôle universitaire et d’une certaine manière, nous accompagnons cette création puisqu’au total nous avons une vingtaine de coopérants qui interviennent soit au niveau des deugs organisés avec l’aide des universités françaises partenaires soit au niveau des BTS (Brevet de technicien supérieur).


Comparaison avec le Japon. – La France "camouflée" dans d'autres institutions ?

La Nation. – Tout à fait normal ! Mais imaginez que, cette enveloppe à la coopération qui nous est destinée, rétrécie finalement au fur et à mesure que votre assistance humaine diminue ?
CO. – Vous avez l’impression que le chiffre global de l’aide à la coopération diminue parce que le nombre de coopérant diminue également. Je vais vous donner un exemple qui me paraît un des éléments très positifs de ces deux dernières années : il s’agit du Pôle universitaire de Djibouti. À l’intérieur de ce Pôle, vous avez une vingtaine de coopérants français et autant que je sache, aucun autre pays n’y possède de coopérants. Et si les locaux du Pôle universitaire ont été modernisés grâce à l’argent injecté par le gouvernement de Djibouti, nous avons apporté notre appui, notamment à l’équipement de la bibliothèque et tout récemment, nous avons fourni un certain nombre d’équipements de climatisation qui ont permis, en passant, le bon déroulement des épreuves du baccalauréat ; mais qui, à l’avenir, pourront faciliter une plus grande utilisation de ces salles, même en période chaude, qui se traduit souvent à Djibouti par une baisse d’activité.

La Nation. – Pour un grand pays comme la France, ceci est tellement insignifiant qu’on ne peut même pas remarquer contrairement à l’aide japonaise. Comprenez un peu notre raisonnement ?
CO. – Écoutez, M. Mahé, il est toujours très difficile de comparer avec des coopérations en provenance de pays amis et dont nous sommes très heureux qu’ils interviennent à Djibouti. Je crois, et j’en profite pour le dire, que l’un des éléments qui prouve que la France s’intéresse à Djibouti, c’est qu’elle se fait régulièrement son avocate auprès de tous les partenaires de la communauté internationale et en particulier, des institutions multilatérales…

La Nation. – Justement, en coulisse, nous vous soupçonnons de vous camoufler dans ces institutions. Qu’elles soient européennes ou internationales comme la Banque mondiale ou le FMI. Êtes-vous du même avis ?
CO. – La France ne se camoufle pas derrière d’autres institutions. Si vous prenez l’Union européenne, la France est de loin le premier contributeur budgétaire avec pratiquement 25% du montant total. Vous pouvez considérer que, lorsque l’UE accorde à Djibouti une somme donnée, un quart de cette somme provient du budget français. De la même façon, lorsque la Banque mondial intervient à Djibouti, elle le fait très souvent à des conditions de faveur à travers l’AID (Association internationale de développement) qui est son outil et dont la France plaide régulièrement pour sa reconstitution et apporte une contribution importante ; d’ailleurs plus importante que le pourcentage des voix qu’elle détient au niveau du conseil d’administration.
La France intervient non seulement par sa coopération bilatérale mais elle est régulièrement l’avocate de Djibouti auprès d’autres bailleurs de fonds qui, peut-être, ne seraient pas venus d’une manière aussi significative…

La Nation. – Pourtant, de ces bailleurs de fonds… on n’en voit pas des masses ?
CO. – Écoutez… vous avez tout d’abord l’Union européenne ! Ensuite, je crois comprendre que la Banque mondiale est prête à s’engager sur des montants très significatifs ! Elle l’a fait dans le secteur de l’éducation ; elle s’apprête à le faire dans le secteur de la santé. Elle prépare également un projet d’appui à l’aide contre la pauvreté et tout ceci est une multitude d’éléments très significatifs.
Je suis convaincu qu’il n’est pas de l’intérêt de Djibouti de s’enfermer dans un dialogue exclusif avec la France mais au contraire, de s’ouvrir vers l’extérieur car, nous n’avons aucune vocation à l’exclusivité.

La Nation. – Nous savons aussi que ce monde est un labyrinthe de chasses gardées. Êtes-vous vraiment sûr, que certains "égarements", ne déplaisent pas la France ?
CO. – Pourquoi cela nous déplairait-il ? Je ne le vois pas ! Pour l’aide au développement, les besoins sont immenses, dans le continent africain en particulier où la France est très présente. La France n’a pas l’ambition de vouloir résoudre tous ces problèmes à elle seule. Que d’autres partenaires viennent est donc très positif ! Je voudrais donner un exemple qui, malheureusement, se pose également à Djibouti.
L’Afrique est particulièrement touchée par la pandémie du sida. Des annonces sont faites aux niveaux français, européen ou américain pour mettre en place des moyens financiers qui permettraient de faire face à cette épidémie redoutable. Cela montre bien que, si l’on veuille lutter d’une manière efficace contre le sida, ce n’est pas à un seul pays de le faire mais à l’ensemble de la communauté internationale et puisque nous en sommes venus à évoquer le problème du sida, à Djibouti le problème se pose et nous avons déjà eu un projet d’appui à la lutte contre le sida.
Nous sommes également très présents au centre Paul-Faure qui lutte contre la tuberculose et vous savez que la tuberculose est une maladie opportuniste du sida et que les deux sont très liées.
Nous sommes entrain de réfléchir à la mise en place d’un nouveau projet de lutte contre le sida d’ici à la fin de l’année ou au début de l’année prochaine. Mais nous serions les premiers heureux, si l’on nous annonçait qu’en plus des efforts faits par la France, d’autres contributions viendraient à Djibouti pour participer à ce combat très important.


Hôpital Pelletier. – Ressources humaines, médicaments, santé. – Mission parlementaire française et base militaire.

La Nation. – En visitant l’Hôpital Peltier, celui-ci ne donne pas le reflet d’une excellente coopération française. Sauf, peut-être, l’ombre de quelques vestiges anciens qui restent, ça et là, comme seuls témoins de vos traces passées. Pourquoi votre assistance n’est-elle pas bien visible à l’Hôpital général-Peltier ?
CO. – Je vous disais tout à l’heure, M. Mahé, que dans le cadre de l’aide exceptionnelle, nous allions apporter un montant significatif de presque 20 MFF, destiné à l’Hôpital Peltier, pour refaire son assainissement, en particulier, au niveau des eaux usées, pour améliorer d’une manière générale, l’hygiène de l’hôpital ; construire un bâtiment de Chirurgie et rénover un bâtiment de médecine.
D’ici un an ou deux, il y aura donc une amélioration significative de l’équipement immobilier et mobilier de l’hôpital.
Mais, encore une fois, la coopération française s’investit beaucoup à travers ses ressources humaines. C’est en quelques sortes un héritage historique. Vous avez dans le secteur de la santé à Djibouti, et notamment à l’Hôpital Peltier où ils sont très présents dans des services clés de cet établissement, pas loin d’une vingtaine de coopérants.
Dans notre dispositif, nous avons également des personnes qui sont là pour aider à mettre en place de nouvelles politiques de santé, de médicaments et de gestion des établissements hospitaliers.
Ce ne sont pas des personnes que les malades voient directement mais si nous arrivons à mettre en place ces nouvelles politiques, c’est l’ensemble de la santé publique à Djibouti qui sera améliorée.

La Nation. – Mis à part cet effort en ressources humaines, est-ce que vous aider la santé djiboutienne dans le domaine des médicaments ?
CO. – Nous nous efforçons d’accompagner l’action de nos médecins, et là aussi, vous souhaiteriez que cet appui puisse être plus significatif, mais d’autres partenaires peuvent également le faire. Pour vous donner un exemple, nous avons sécurisé les approvisionnements pour la lutte contre la tuberculose jusqu’à la fin de l’année 2002. C’est un élément important.
Cependant, est-ce qu’il revient à la France de sécuriser pour l’éternité la fourniture de médicaments pour telle ou telle spécialité ? Je ne le pense pas. À un moment ou un autre, il faudra que le relais soit pris par quelqu’un d’autre. Il y a des mécanismes, notamment d’aide budgétaire, qui permettent à un certain nombre de nos partenaires et parfois même à la coopération française elle-même, de venir en appui à certaines lignes budgétaires au niveau des finances publiques.
Je suis certain, par exemple, que les lignes "médicaments" ne trouveront aucune difficulté pour trouver des financements extérieurs.

La Nation. – Vous savez, Djibouti a eu dix-sept années de retard par rapport à tous les pays africains qui eurent leur indépendance à la grande époque des décolonisations. Aujourd’hui, tout le monde est mis sur le même pied d’égalité. Et dix-sept ans sur le train de l’évolution actuelle c’est beaucoup. C’est la raison pour laquelle, nous avons toujours tendance à pointer le doigt vers la France. Est-ce vous comprenez ?
CO. – Je comprends parfaitement votre intervention et soyez certain, la France restera aux côtés de Djibouti pour l’accompagner dans ses efforts de développement économique et social. Nous aimerions tous avoir des budgets encore plus importants mais il existe des contraintes budgétaires très fortes, vérifiables à travers des critères qui ont été arrêtés au niveau européen.
Mais encore une fois, M. Mahé, ce que nous apportons est très significatif et, petit à petit, avec notre aide et celle d’autres partenaires aussi, Djibouti aura les moyens de se prendre progressivement en charge. C’est le véritable objectif de la coopération car, celle-ci ne doit pas exister éternellement et doit permettre aux pays qui en bénéficient d’atteindre leur autonomie.

La Nation. – Une mission de parlementaires français est venue l’année dernière pour évaluer l’intérêt pour la France de maintenir cette base militaire que certains détracteurs trouvaient simplement inutile. Quel a été leur conclusion ?
CO. – Ceci sort de mon domaine de compétence et, il faudrait probablement que vous posiez cette question à des autorités, mieux à même d’y répondre. Pour ma part, tout ce que je peux vous dire, c’est que la coopération est une composante de notre politique extérieure, et qu’à Djibouti, elle est bien en place et le sera encore pour bien des années.


Structures éducatives françaises. – Problêmes d'écolage.

La Nation. – Les Français ont créé depuis quelques années, leurs propres structures éducatives et depuis, nous assistons à une dégradation notoire de l’aide française à l’Éducation nationale. Croyez-vous que ce repli est la meilleure manière de protéger et de développer la francophonie ?
CO. – Est-ce que la France s’est retranchée en ouvrant des écoles qui sont, en priorité, destinées à ses nationaux ? Non… je crois que c’est une tendance naturelle qui se fait dans tous les autres pays où nous avons au moins une école et un lycée. Seul, Djibouti échappait à cette règle puisque ce n’est que très récemment que le lycée Kessel a ouvert ses portes. Ce n’est pour autant, que nous avons abandonné le système éducatif djiboutien ! Nous y sommes encore très présents à travers nos appuis techniques et financiers, à travers notre assistance etc.
Tenez ! Je vais vous donner le baccalauréat un exemple. Depuis l’indépendance, le nombre de bacheliers a été multiplié par quinze et c’est un très grand succès. Vous savez aussi, que ce baccalauréat est administré, si l’on ose dire, par l’Académie de Bordeaux. Ce qui veut dire, qu’il est validé de plein droit par la France, obtenant ainsi ses lettres d’équivalence au baccalauréat français.
Le système éducatif djiboutien continue donc de croître quantitativement et se maintient en qualité. C’est bien-là, l’essentiel ! Nous sommes responsables, pour une part, de ce succès. Cependant, je crois que le mérite revient, pour la plus grosse partie, aux autorités djiboutiennes et au ministère djiboutien de l’Éducation nationale.

La Nation. – Les parents djiboutiens qui ont des enfants dans vos différentes écoles, se plaignent d’une certaine ségrégation et disent payer beaucoup plus cher que les Français et les étrangers. Êtes-vous au courant des tarifications ?
CO. – Effectivement, ils payent légèrement plus. De là à dire, qu’ils payent beaucoup plus… je ne le crois pas sincèrement.

La Nation. – Mais, ils disent payer deux fois plus ?
CO. – Non ! Non… c’est beaucoup. Ces proportions sont très exagérées. Il faudra vérifier, mais je crois que la différence est de l’ordre de 15%. De toute façon, même avec des écolages légèrement supérieurs à ceux des parents français, les parents djiboutiens payent beaucoup moins par rapport aux frais réels de scolarité.
Comme vous le savez certainement, les écoles ont deux sources de financement : les écolages payés par les parents d’élèves mais aussi, les subventions et les appuis apportés par le gouvernement français qui représentent 50% du budget global.

La Nation. – Je n’ai pas parlé de gouvernement mais de parents d’élèves et ces derniers disent qu’ils sont même défavorisés par rapport aux étrangers ?
CO. – Je ne pense pas que ce soit aussi clair que vous l’affirmez. De toute façon, je vérifierais les données. Mais, je voudrais que l’on sache que les écolages payés par les parents ne sont en réalité, que 50% des frais de scolarité de leurs enfants.

La Nation. – Vous avez d’un côté les parents français et de l’autre, les étrangers et les djiboutiens. Si on vous dit que les parents djiboutiens payent plus que tout le monde ; n’y a-t-il pas là une ségrégation ?
CO. – Je ne pense pas que l’on puisse parler de ségrégation. Les règles de fonctionnement de l’Agence pour l’enseignement du français à l’étranger font que, traditionnellement, les enfants français bénéficient d’un tarif légèrement plus avantageux que les enfants de nationalité tiers. Les étrangers et les djiboutiens s’acquittent du même montant et vérification faite auprès de "Dolto" et "Kessel" [deux écoles françaises, ndlr], le surcoût subit par les parents non français serait de l’ordre de 30% sans aucune discrimination entre enfants djiboutiens et enfants étrangers.


(1) Christian Ocquet. Titre de l'article.
(2) Les intertitres suivants sont de notre rédaction.


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