Addis-Abeba, septembre 2001. La coalition gouvernementale qui groupe plusieurs partis régionaux en un Front démocratique révolutionnaire des peuples dÉthiopie (EPRDF) connaît depuis quelques mois une période de crise profonde. Après les désaccords politiques qui ont affecté le parti tigréen TPLF et qui ont abouti à la mise à lécart de plusieurs dirigeants et fondateurs de celui-ci, cest le partenaire oromo de la coalition, lOPDO qui est secoué par des démissions et des exclusions qui ont fait du bruit. Quon en juge : Negasso Gidada, président de la République, exclu de la direction de son parti dans un premier temps a décidé en août de quitter lOPDO et, au cours du même mois, Almaz Mako la présidente de lAssemblée de la Fédération, quatrième personnage de lÉtat dans lordre protocolaire, démissionne en demandant lasile politique aux États-Unis. Auparavant, en juillet, le président de létat régional de lOromia, Kuma Demeksa, avait démissionné de son poste avant dêtre suspendu pour corruption de ses fonctions de secrétaire général de lOPDO. Dautres dirigeants de la région oromo ont également été sanctionnés et lon se souvient quun des membres fondateurs du même parti gouvernemental, Yonathan Dibissa, était parti en Allemagne en accusant les Tigréens de manipuler la direction de lOromia.
Le TPLF, noyau dur du pouvoir qui a éclaté, est affaibli dans sa propre région où les dissidents conservent une influence dans la population. Un deuxième parti, lOPDO, qui est censé représenter la région la plus peuplée dÉthiopie, perd des leaders et ne gagne pas en crédibilité. Cela fait déjà beaucoup. Et pendant ce temps, le parti gouvernemental amhara (ANDM) ne brille pas par une vie politique autonome alors que lautre parti amhara (AAPO, opposition) reprend espoir en constatant que ladministration du président Bush se pose des questions sur lévolution du régime au pouvoir à Addis-Abeba. On a entendu parler ces derniers temps de discrètes pressions américaines sur Mélès Zénawi afin quil ouvre un dialogue avec les opposants modérés. Louverture du système politique en place aurait pu se faire en profitant du sentiment dunité nationale provoqué par le conflit avec lÉrythrée. Mais la rigidité doctrinale, les réactions autoritaires et la peur de perdre des places ont paralysé le pouvoir tandis que limmaturité politique, labsence de vision commune et le désir de revanche ne plaidaient pas en faveur des oppositions. RW