Somalies, septembre 2001. Ces dernières semaines ont été fertiles en événements politiques, que ce soit dans la Somalie de Mogadiscio, au Puntland ou au Somaliland. Le gouvernement de transition de Mogadiscio est encore confronté aux nombreux heurts violents entre des chefs de clans ou entre ses propres forces et celles dopposants au processus dArta. En quelques jours, à la mi-juillet, plus de 70 personnes ont trouvé la mort, dans plusieurs affrontements dans la capitale somalienne entre la police et des troupes des chefs de guerre, Hussein Mohamed Aïdid et Osman Hassan Ali. Les armes utilisées vont de mitrailleuses lourdes à des obus et canons antiaériens recyclés pour un usage terrestre. Les médiations des pays de lIgad (Kénya et Éthiopie, en charge du dossier) semblent bien précaires. Ils ont beau tenter dorganiser une rencontre entre le gouvernement transitoire et les membres du Somali Reconciliation and Restoration Council (SRRC), opposés au gouvernement, chaque affrontement sanglant ne fait que retarder le processus de réconciliation nationale et monter les enchères.
Limportance des clans somalis. Pendant ce temps-là, au Puntland, le colonel Abdullahi Yusuf a été remplacé à la présidence par lancien ministre de la Justice, Yusuf Haji Nuur. Ce dernier a été chargé de gérer les affaires courantes de lÉtat, mais également de convoquer un congrès des représentants des régions en vue de lélection du futur président, du vice-président et du parlement.
Lancien président ne se résout pas à son éviction et conteste lautorité de son remplaçant. Les chefs traditionnels des clans affirment, au contraire, la totale légitimité de Yusuf Haji Nuur et lui ont confié lorganisation du congrès. Cette réunion au sommet a été reportée à plusieurs reprises et le retard dun des chefs de clans les plus importants, Garad Sulayman Garad Muhammad, est apparu comme très problématique. La résidence de Yusuf Haji Nuur a été la cible de tirs qui émaneraient danciens membres licenciés de la garde présidentielle. La conférence des représentants continue cependant ses travaux sous la direction de Islan Muhammad Islan Muse. Il avait présidé la conférence de 1998 qui avait débouché sur létablissement de la région autonome du Puntland.
Au Somaliland, on a également assisté à une suite dévénements très curieux. Le président Egal a fait emprisonner plusieurs chefs de clans traditionnels qui avaient créé un Conseil des sultans. Le président estimait que ce conseil était anticonstitutionnel. Les prisonniers ont finalement été libérés, après la médiation de chefs religieux conduits par un important homme daffaires, Adan Muhammad Bradho. Lorganisation Amnesty international avait, de son côté, adressé une lettre au président Egal pour lui faire part de son inquiétude au sujet des prisonniers et pour demander une enquête neutre sur les raisons de leur incarcération. Les sultans somalilandais ont accepté de respecter la constitution, mais ils refusent de démanteler leur conseil, ne le considérant pas anticonstitutionnel. On ignore quelle peut être linfluence réelle de cette organisation supra-clanique sur la vie politique du Somaliland, mais quand on sait limportance des clans dans la vie des Somalis de toutes les régions, on peut lui imaginer un rôle non négligeable. Cest peut-être cette perspective qui inquiète le président Egal, plus que le respect pointilleux de la constitution somalilandaise.
À lexamen de ces derniers événements, on ne peut que sinterroger sur le mode dorganisation politique applicable en Somalie et acceptable pour les peuples somalis, de quelque région quils soient. La prépondérance de lorganisation clanique traditionnelle ne peut être écartée des projets dorganisation et de réconciliation. Il sagit dun même peuple structuré par des interférences familiales, territoriales ancestrales qui nont rien à faire des frontières post-coloniales ou autres, ni de modèles étatiques copiés sur loccident. Les Somalis ne mènent pas des guerres ethniques, comme on en voit en Europe, en Afrique ou ailleurs. Une intervention extérieure qui vise à imposer (ou faire semblant de le faire) un modèle étranger à une organisation traditionnelle très structurée peut apparaître comme de lentêtement ou de lopportunisme. Beaucoup sy sont cassé les dents. Alors que faut-il faire en Somalie ? Laisser le champ libre aux chefs de guerre (à ne pas confondre avec les chefs de clans) et continuer à les approvisionner en armes de toutes sortes ? Appuyer les actions politiques des chefs des clans ? Soutenir les chefs dÉtat, intérimaires ou non ? Les pays voisins de la Somalie (des Somalies) ne semblent pas sur la même longueur donde.
Le processus dArta, initié par le président djiboutien, a reçu un accueil pour le moins mitigé dans la région et parmi les Somalis eux-mêmes. Quant aux puissances occidentales, depuis le fiasco américain dans la région, elles restent très timides sur ce dossier, se contentant de régler au coup par coup les problèmes humanitaires. Leur interférence dans les dossiers somalis ne serait peut-être dailleurs pas la bienvenue.
La position stratégique. La Somalie nest pas quun immense supermarché darmes maniées par des guerriers incontrôlables. La position géostratégique de ses trois régions (États), Puntland, Somaliland et Somalie, en fait un enjeu pour beaucoup de puissances financières et commerciales, dont certains pays du Golfe, mais aussi pour ses voisins immédiats. Il reste aux principaux intéressés à mettre en uvre les dispositifs politiques et financiers qui sortiront les peuples de cette région de labandon où ils se trouvent. CD