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Analyse politique

Repères
Une brève analyse des faits par un journaliste des "Nouvelles d'Addis".
Pour suivre l'évolution et les enjeux des politiques régionales.

Somalie, Somalies.

Confusion ou nouvelles formes d’organisation ?

La prépondérance de l’organisation clanique traditionnelle ne peut être écartée des projets d’organisation et de réconciliation. Il s’agit d’un même peuple structuré par des interférences familiales, territoriales ancestrales qui n’ont rien à faire des frontières post-coloniales ou autres, ni de modèles étatiques copiés sur l’occident. ["les Nouvelles d'Addis", Repères, 15 septembre 2001]


COLETTE DELSOL

Somalies, septembre 2001. Ces dernières semaines ont été fertiles en événements politiques, que ce soit dans la Somalie de Mogadiscio, au Puntland ou au Somaliland. Le gouvernement de transition de Mogadiscio est encore confronté aux nombreux heurts violents entre des chefs de clans ou entre ses propres forces et celles d’opposants au processus d’Arta. En quelques jours, à la mi-juillet, plus de 70 personnes ont trouvé la mort, dans plusieurs affrontements dans la capitale somalienne entre la police et des troupes des chefs de guerre, Hussein Mohamed Aïdid et Osman Hassan Ali. Les armes utilisées vont de mitrailleuses lourdes à des obus et canons antiaériens “recyclés” pour un usage terrestre. Les médiations des pays de l’Igad (Kénya et Éthiopie, en charge du dossier) semblent bien précaires. Ils ont beau tenter d’organiser une rencontre entre le gouvernement transitoire et les membres du Somali Reconciliation and Restoration Council (SRRC), opposés au gouvernement, chaque affrontement sanglant ne fait que retarder le processus de réconciliation nationale et monter les enchères.

L’importance des clans somalis. Pendant ce temps-là, au Puntland, le colonel Abdullahi Yusuf a été remplacé à la présidence par l’ancien ministre de la Justice, Yusuf Haji Nuur. Ce dernier a été chargé de gérer les affaires courantes de l’État, mais également de convoquer un congrès des représentants des régions en vue de l’élection du futur président, du vice-président et du parlement.

L’ancien président ne se résout pas à son éviction et conteste l’autorité de son remplaçant. Les chefs traditionnels des clans affirment, au contraire, la totale légitimité de Yusuf Haji Nuur et lui ont confié l’organisation du congrès. Cette réunion au sommet a été reportée à plusieurs reprises et le retard d’un des chefs de clans les plus importants, Garad Sulayman Garad Muhammad, est apparu comme très problématique. La résidence de Yusuf Haji Nuur a été la cible de tirs qui émaneraient d’anciens membres licenciés de la garde présidentielle. La conférence des représentants continue cependant ses travaux sous la direction de Islan Muhammad Islan Muse. Il avait présidé la conférence de 1998 qui avait débouché sur l’établissement de la région autonome du Puntland.

Au Somaliland, on a également assisté à une suite d’événements très curieux. Le président Egal a fait emprisonner plusieurs chefs de clans traditionnels qui avaient créé un Conseil des sultans. Le président estimait que ce conseil était anticonstitutionnel. Les prisonniers ont finalement été libérés, après la médiation de chefs religieux conduits par un important homme d’affaires, Adan Muhammad Bradho. L’organisation Amnesty international avait, de son côté, adressé une lettre au président Egal pour lui faire part de son inquiétude au sujet des prisonniers et pour demander une enquête neutre sur les raisons de leur incarcération. Les sultans somalilandais ont accepté de respecter la constitution, mais ils refusent de démanteler leur conseil, ne le considérant pas anticonstitutionnel. On ignore quelle peut être l’influence réelle de cette organisation supra-clanique sur la vie politique du Somaliland, mais quand on sait l’importance des clans dans la vie des Somalis de toutes les régions, on peut lui imaginer un rôle non négligeable. C’est peut-être cette perspective qui inquiète le président Egal, plus que le respect pointilleux de la constitution somalilandaise.

À l’examen de ces derniers événements, on ne peut que s’interroger sur le mode d’organisation politique applicable en Somalie et acceptable pour les peuples somalis, de quelque région qu’ils soient. La prépondérance de l’organisation clanique traditionnelle ne peut être écartée des projets d’organisation et de réconciliation. Il s’agit d’un même peuple structuré par des interférences familiales, territoriales ancestrales qui n’ont rien à faire des frontières post-coloniales ou autres, ni de modèles étatiques copiés sur l’occident. Les Somalis ne mènent pas des guerres ethniques, comme on en voit en Europe, en Afrique ou ailleurs. Une intervention extérieure qui vise à imposer (ou faire semblant de le faire) un modèle étranger à une organisation traditionnelle très structurée peut apparaître comme de l’entêtement ou de l’opportunisme. Beaucoup s’y sont cassé les dents. Alors que faut-il faire en Somalie ? Laisser le champ libre aux chefs de guerre (à ne pas confondre avec les chefs de clans) et continuer à les approvisionner en armes de toutes sortes ? Appuyer les actions politiques des chefs des clans ? Soutenir les chefs d’État, intérimaires ou non ? Les pays voisins de la Somalie (des Somalies) ne semblent pas sur la même longueur d’onde.

Le processus d’Arta, initié par le président djiboutien, a reçu un accueil pour le moins mitigé dans la région et parmi les Somalis eux-mêmes. Quant aux puissances occidentales, depuis le fiasco américain dans la région, elles restent très timides sur ce dossier, se contentant de régler au coup par coup les problèmes humanitaires. Leur interférence dans les dossiers somalis ne serait peut-être d’ailleurs pas la bienvenue.

La position stratégique. La Somalie n’est pas qu’un immense supermarché d’armes maniées par des guerriers incontrôlables. La position géostratégique de ses trois régions (États), Puntland, Somaliland et Somalie, en fait un enjeu pour beaucoup de puissances financières et commerciales, dont certains pays du Golfe, mais aussi pour ses voisins immédiats. Il reste aux principaux intéressés à mettre en œuvre les dispositifs politiques et financiers qui sortiront les peuples de cette région de l’abandon où ils se trouvent. – CD


© Les Nouvelles d'Addis (LNA) 2001. -- http://www.lesnouvelles.org -- Les Nouvelles d'Addis,
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