Addis-Abeba, juillet 2001. Alors que se discutent encore les limites de la zone temporaire de sécurité entre lÉrythrée et lÉthiopie, le pouvoir éthiopien vit des heures pour le moins délicates. Depuis plusieurs mois (au moins), les discussions au sein du principal parti au pouvoir, le TPLF du Premier ministre, nen finissent plus de finir. Certains de ses membres les plus influents « se sont mis hors du parti deux-mêmes », comme on disait sous dautres latitudes
Et les frictions entre ceux qui y sont encore créent un sentiment dincertitude auprès des Éthiopiens et de la communauté internationale.
Sans parler des luttes dinfluence dans la coalition gouvernementale, lEPRDF, où le limogeage du Président Negasso par les instances de son parti, lODF, fait un peu désordre.
Pour les partis dopposition (EDP et AAPO), cest lheure rêvée pour obliger le pouvoir à lalternance. Cest le rôle de lopposition que de sopposer. Il ne paraît donc pas très opportun demprisonner des opposants. Quand bien même ils auraient « incité » les étudiants à se révolter. Ce ne serait pas une grande nouveauté et, pour inciter, il faut quil existe déjà un ferment de mécontentement.
Quant aux dissidents du TPLF, leur éviction de tous les postes clé et la persécution des opposants historiques leur sert dalibi pour des alliances contre nature. On comprend mal en effet ce qui peut rassembler politiquement lAAPO et les durs du parti tigréen. À moins que le but du jeu vise uniquement la déstabilisation du pouvoir, symbolisé par le Premier ministre. On attend de cette opposition, comme dautres, quelle exprime de véritables propositions politiques qui serviraient de base à une alternance politique pacifique. Le processus de démocratisation et le développement dun véritable sentiment citoyen au sein de la population dépendent aussi de la qualité de laction de lopposition.
Autre pouvoir très malmené pendant cette période, la presse. Pour des raisons plus ou moins rationnelles, de nombreux journalistes ont été arrêtés, entendus (ou pas), emprisonnés, libérés sous caution (ou pas). Ce nest pas en cassant le thermomètre quon fait tomber la fièvre. Mieux vaut en déterminer les causes et essayer de trouver les remèdes. Bâillonner le droit dexpression (même si parfois lexpression tient plus du fantasme voire de la malveillance que de la réalité), cest ouvrir une autoroute à de nouveaux mécontentements. Les hommes politiques occidentaux le savent bien, eux qui doivent souvent laisser primer le droit de la presse sur le droit tout court.
LÉthiopie a les moyens humains et politiques dun véritable développement démocratique et économique. Il lui reste seulement à se penser en tant que pays et en tant que peuple. La fameuse devise diviser pour régner semble avoir été trop longtemps une constante dans ce pays. La seule question est de savoir sur quel pays on règne quand on a conquis le pouvoir par la division. AL