M a g a z i n e
G r a n d e p o r t e
N é g o c e
 | 
Page d'accueil
 | 
Actualité
 | 
Qui sommes-nous
 | 
Nous écrire
 |

Analyse politique

Repères
Une brève analyse des faits par un journaliste des "Nouvelles d'Addis".
Pour suivre l'évolution et les enjeux des politiques régionales.

Addis-Abeba.

Renouveau éthiopien : ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on fait tomber la fièvre.

Le pouvoir éthiopien vit des heures pour le moins délicates. Depuis plusieurs mois les discussions au sein du principal parti au pouvoir, le TPLF du Premier ministre, n’en finissent plus de finir. ["les Nouvelles d'Addis", Repères, 15 juillet 2001]


ALAIN LETERRIER

Addis-Abeba, juillet 2001. Alors que se discutent encore les limites de la zone temporaire de sécurité entre l’Érythrée et l’Éthiopie, le pouvoir éthiopien vit des heures pour le moins délicates. Depuis plusieurs mois (au moins), les discussions au sein du principal parti au pouvoir, le TPLF du Premier ministre, n’en finissent plus de finir. Certains de ses membres les plus influents « se sont mis hors du parti d’eux-mêmes », comme on disait sous d’autres latitudes… Et les frictions entre ceux qui y sont encore créent un sentiment d’incertitude auprès des Éthiopiens et de la communauté internationale.

Sans parler des luttes d’influence dans la coalition gouvernementale, l’EPRDF, où le limogeage du Président Negasso par les instances de son parti, l’ODF, fait un peu désordre.

Pour les partis d’opposition (EDP et AAPO), c’est l’heure rêvée pour obliger le pouvoir à l’alternance. C’est le rôle de l’opposition que de s’opposer. Il ne paraît donc pas très opportun d’emprisonner des opposants. Quand bien même ils auraient « incité » les étudiants à se révolter. Ce ne serait pas une grande nouveauté et, pour inciter, il faut qu’il existe déjà un ferment de mécontentement.

Quant aux dissidents du TPLF, leur éviction de tous les postes clé et la persécution des opposants historiques leur sert d’alibi pour des alliances contre nature. On comprend mal en effet ce qui peut rassembler politiquement l’AAPO et les “durs” du parti tigréen. À moins que le but du jeu vise uniquement la déstabilisation du pouvoir, symbolisé par le Premier ministre. On attend de cette opposition, comme d’autres, qu’elle exprime de véritables propositions politiques qui serviraient de base à une alternance politique pacifique. Le processus de démocratisation et le développement d’un véritable sentiment citoyen au sein de la population dépendent aussi de la qualité de l’action de l’opposition.

Autre pouvoir très malmené pendant cette période, la presse. Pour des raisons plus ou moins rationnelles, de nombreux journalistes ont été arrêtés, entendus (ou pas), emprisonnés, libérés sous caution (ou pas). Ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on fait tomber la fièvre. Mieux vaut en déterminer les causes et essayer de trouver les remèdes. Bâillonner le droit d’expression (même si parfois l’expression tient plus du fantasme voire de la malveillance que de la réalité), c’est ouvrir une autoroute à de nouveaux mécontentements. Les hommes politiques occidentaux le savent bien, eux qui doivent souvent laisser primer le droit de la presse sur le droit tout court.

L’Éthiopie a les moyens humains et politiques d’un véritable développement démocratique et économique. Il lui reste seulement à se penser en tant que pays et en tant que peuple. La fameuse devise “diviser pour régner” semble avoir été trop longtemps une constante dans ce pays. La seule question est de savoir sur quel pays on règne quand on a conquis le pouvoir par la division. – AL


© Les Nouvelles d'Addis (LNA) 2001. -- http://www.lesnouvelles.org -- Les Nouvelles d'Addis,
le seul journal d'informations générales exclusivement dédié à l'Éthiopie et à la corne de l'Afrique.
Bimestriel. Publié en français. Politique, économie, culture, société, communauté.