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Analyse politique

Repères
Une brève analyse des faits par un journaliste des "Nouvelles d'Addis".
Pour suivre l'évolution et les enjeux des politiques régionales.

Khartoum.

Quand le pétrole rend aveugle et sourd.

La guerre interminable entre le gouvernement et l’armée sudiste n’en finit plus d’anéantir des civils. Mais le Soudan, objet de toutes les convoitises, nargue le monde. Les compagnies pétrolières occidentales priment une fois de plus sur le politique. ["les Nouvelles d'Addis", Repères, 15 juillet 2001]


COLETTE DELSOL

Khartoum, juillet 2001. De ronds de jambes en bombardements, de semblants de négociations en déplacements de populations, de coopérations régionales en appels à la guerre sainte… Le Soudan, objet de toutes les convoitises, nargue le monde. La guerre interminable (dix-huit ans) entre le gouvernement et l’armée sudiste n’en finit plus d’anéantir des civils (femmes, enfants et vieillards), contraints d’abandonner leurs villages et leurs champs. Une des plus grandes catastrophes humanitaires se joue, sous les yeux, embués de larmes de crocodile de la communauté internationale. Il faut donner toujours plus, aider de pauvres gens qui pourraient très bien se passer du monde entier, pour peu qu’ils puissent retrouver leurs terres et recommencer une vie normale. Car le Soudan n’est pas un grand désert de cailloux et de sable, il y existe des terres agricoles.

Il y a aussi et, c’est là qu’est le problème, du pétrole… Les compagnies pétrolières occidentales, une fois de plus, priment sur le politique. Il n’est que de voir les contorsions de la compagnie canadienne Talisman qui exploite plusieurs gisements et qui affirme, sans rire, que cela n’a pas d’influence sur le déplacement des populations. Alors que chacun sait et constate que ces zones pétrolières sont un enjeu, non seulement pour le gouvernement, mais aussi pour l’armée sudiste qui rêve d’une sécession.

L’implication de l’administration américaine dans le processus soudanais laisse aussi perplexe. Sous Clinton, aucun mot n’était assez dur pour qualifier le gouvernement soudanais et son chef d’État. Qu’en eût-il été si l’exploitation du pétrole soudanais avait été dans les mains d’une compagnie américaine ? Récemment, le ministre des Affaires étrangères soudanais a appelé les USA à jouer un rôle plus important dans le règlement de la guerre civile. Toujours sans rire, il leur demande d’inciter l’armée sudiste à déposer les armes, tout en précisant que le gouvernement soudanais continue ses bombardements (malgré son engagement à cesser ces opérations bien plus meurtrières pour les civils que pour l’armée sudiste).

Qu’en est-il également des grandes envolées lyriques des donateurs lors de la réunion de l’Igad et de ses partenaires, en mars dernier à Rome, où l’on prônait la stabilité et la paix comme préalables à l’aide internationale ? Est-ce que l’appel à la guerre sainte, les bombardements et les déplacements de civils sont des preuves tangibles d’engagement vers la paix et la stabilité ? Non, alors les ONG essaient, comme toujours, de sauver qui peut l’être, d’amoindrir les souffrances, à leurs risques et périls.
Les obligations de bonne gouvernance seraient-elles à géométrie variable ? Suffirait-il parfois d’une goutte de pétrole pour que la diplomatie se fasse plus “compréhensive” ? On n’ose pas y croire. – CD


© Les Nouvelles d'Addis (LNA) 2001. -- http://www.lesnouvelles.org -- Les Nouvelles d'Addis,
le seul journal d'informations générales exclusivement dédié à l'Éthiopie et à la corne de l'Afrique.
Bimestriel. Publié en français. Politique, économie, culture, société, communauté.