Khartoum, juillet 2001. De ronds de jambes en bombardements, de semblants de négociations en déplacements de populations, de coopérations régionales en appels à la guerre sainte
Le Soudan, objet de toutes les convoitises, nargue le monde. La guerre interminable (dix-huit ans) entre le gouvernement et larmée sudiste nen finit plus danéantir des civils (femmes, enfants et vieillards), contraints dabandonner leurs villages et leurs champs. Une des plus grandes catastrophes humanitaires se joue, sous les yeux, embués de larmes de crocodile de la communauté internationale. Il faut donner toujours plus, aider de pauvres gens qui pourraient très bien se passer du monde entier, pour peu quils puissent retrouver leurs terres et recommencer une vie normale. Car le Soudan nest pas un grand désert de cailloux et de sable, il y existe des terres agricoles.
Il y a aussi et, cest là quest le problème, du pétrole
Les compagnies pétrolières occidentales, une fois de plus, priment sur le politique. Il nest que de voir les contorsions de la compagnie canadienne Talisman qui exploite plusieurs gisements et qui affirme, sans rire, que cela na pas dinfluence sur le déplacement des populations. Alors que chacun sait et constate que ces zones pétrolières sont un enjeu, non seulement pour le gouvernement, mais aussi pour larmée sudiste qui rêve dune sécession.
Limplication de ladministration américaine dans le processus soudanais laisse aussi perplexe. Sous Clinton, aucun mot nétait assez dur pour qualifier le gouvernement soudanais et son chef dÉtat. Quen eût-il été si lexploitation du pétrole soudanais avait été dans les mains dune compagnie américaine ? Récemment, le ministre des Affaires étrangères soudanais a appelé les USA à jouer un rôle plus important dans le règlement de la guerre civile. Toujours sans rire, il leur demande dinciter larmée sudiste à déposer les armes, tout en précisant que le gouvernement soudanais continue ses bombardements (malgré son engagement à cesser ces opérations bien plus meurtrières pour les civils que pour larmée sudiste).
Quen est-il également des grandes envolées lyriques des donateurs lors de la réunion de lIgad et de ses partenaires, en mars dernier à Rome, où lon prônait la stabilité et la paix comme préalables à laide internationale ? Est-ce que lappel à la guerre sainte, les bombardements et les déplacements de civils sont des preuves tangibles dengagement vers la paix et la stabilité ? Non, alors les ONG essaient, comme toujours, de sauver qui peut lêtre, damoindrir les souffrances, à leurs risques et périls.
Les obligations de bonne gouvernance seraient-elles à géométrie variable ? Suffirait-il parfois dune goutte de pétrole pour que la diplomatie se fasse plus compréhensive ? On nose pas y croire. CD