Addis-Abeba, juillet 2001. La crise politique provoquée par les problèmes internes du parti tigréen (TPLF), par la tension au sein de lUniversité et par les émeutes davril, na pas épuisé ses effets avec la mise à lécart des opposants au Premier ministre, Mélès Zénawi. Une sorte dagitation a gagné les milieux politiques, ceux de la presse et certaines administrations. Des querelles ou des rumeurs de conflits ont alimenté la chronique jusquaux plus hautes sphères de lÉtat. Les autorités ont, semble-t-il, privilégié les mesures coercitives à légard des opposants et de la presse, tout en affirmant que la crise était résolue et que la coalition EPRDF allait repartir du bon pied. La succession des faits survenus de fin mai à début juillet montre quon est loin dun apaisement politique.
Arrestations dopposants. Des membres des partis dopposition (Ethiopian Democratic Party et le parti amhara, AAPO) ont été détenus pendant des périodes allant au-delà dune garde à vue légale. Les mauvaises conditions de détention auraient, selon lopposition, causé la mort de 4 personnes. Le comportement brutal de la police a été mis en cause. Accusés davoir incité à lémeute, certains opposants nont été présentés à un juge que 55 jours après leur arrestation. La plupart ont été libérés début juillet. Mais Lidetu Ayalew, dirigeant de lEDP, et trois autres responsables qui avaient été libérés en juin, ont été arrêtés à nouveau deux semaines plus tard.
Mesures concernant la presse. Dans le cadre dune enquête financière sur une privatisation, léditeur et le rédacteur en chef du Daily Monitor ont été retenus en garde à vue plusieurs jours ce qui a empêché la parution du quotidien pendant une semaine. Des journalistes ont été gardés à vue (Merid Zelleke de Satanaw, Mengistu Wolde, Moged) sans être autorisés à verser une caution. Dautres (Leyikun Engeda, Dagem Wonchif et Tsegaye Ayalew, Genanaw) ont payé une caution pour leur libération. Les rédacteurs en chef de Netsebrak, Netsanet, Woghata et Medina ont été convoqués à la suite darticles faisant état dune démission du TPLF de Seyoum Mesfin, ministre des Affaires étrangères, et de son départ à létranger. Tamrat Zuma, ancien éditeur et rédacteur en chef dAtkurot (qui ne paraît plus) est sous la menace de plusieurs chefs dinculpation pour des articles parfois vieux de deux ans, pour navoir pas payé la licence déditeur et pour dautres motifs. Le cumul des cautions demandées sélève à 11.000 birr quil nest pas en mesure de payer. Il faut signaler aussi la fuite de Girmay Berhe, du magazine Reporter, qui a demandé lasile en Suède.
Tensions justice-police. Les gardes à vue prolongées et souvent mal motivées sont parfois annulées par un magistrat. La police affirme que les procédures sont ralenties par le manque de juges. Un tribunal sen est pris au ministre de la Justice et la condamné parce quil navait pas déféré à une audience au sujet dune non-présentation dun gardé à vue par la police. Dans lÉtat dOromiya on parle de 600 suspects en détention sans inculpation en raison du mauvais fonctionnement de la justice. Cette situation est dailleurs officiellement reconnue puisque des dirigeants de lEPRDF comme Guennet Zewde, ministre de lÉducation, ont déclaré que les institutions de la justice nont pas réussi depuis 10 ans à garantir le respect des droits des individus. De son côté un responsable de la police a admis devant des parlementaires que les forces de lordre avaient utilisé une force excessive lors des émeutes davril.
Tanguage au sommet de lÉtat. Le président éthiopien Negasso Gidada a quitté une réunion du conseil de lEPRDF, ne voulant plus être sous la pression de la direction (en fait le Premier ministre). Depuis le début des problèmes du TPLF, il avait exprimé des réserves sur la manière de résoudre la crise. Le parti oromo gouvernemental (OPDO) dont il est membre la exclu de sa direction, laccusant de refuser les réformes politiques et économiques du gouvernement. Ce quil a démenti publiquement tout affirmant que lEPRDF nest plus révolutionnaire mais pas encore réformiste. Même sans pouvoir réel, le président Negasso pourrait vouloir se forger une stature reconnue par tous les Oromos, y compris les opposants. Une tension entre Mélès Zénawi et Seyoum Mesfin a été évoquée dans certains journaux. Elle a été réfutée par le pouvoir, accusant lopposition de répandre des rumeurs. Pour faire bonne mesure, signalons aussi le limogeage du chef détat-major de larmée, Tsadakan Gebre Tensay, qui ne voulait pas prendre parti dans la querelle entre Tigréens. RW