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Analyse politique

Repères
Une brève analyse des faits par un journaliste des "Nouvelles d'Addis".
Pour suivre l'évolution et les enjeux des politiques régionales.

Addis-Abeba.

Crise de la coalition gouvernementale : de mai à juillet, une période très très agitée.

Des querelles ou des rumeurs de conflits ont alimenté la chronique jusqu’aux plus hautes sphères de l’État. Les autorités ont, semble-t-il, privilégié les mesures coercitives à l’égard des opposants et de la presse. ["les Nouvelles d'Addis", Repères, 15 juillet 2001]


ROBERT WIREN

Addis-Abeba, juillet 2001. La crise politique provoquée par les problèmes internes du parti tigréen (TPLF), par la tension au sein de l’Université et par les émeutes d’avril, n’a pas épuisé ses effets avec la mise à l’écart des opposants au Premier ministre, Mélès Zénawi. Une sorte d’agitation a gagné les milieux politiques, ceux de la presse et certaines administrations. Des querelles ou des rumeurs de conflits ont alimenté la chronique jusqu’aux plus hautes sphères de l’État. Les autorités ont, semble-t-il, privilégié les mesures coercitives à l’égard des opposants et de la presse, tout en affirmant que la crise était résolue et que la coalition EPRDF allait repartir du bon pied. La succession des faits survenus de fin mai à début juillet montre qu’on est loin d’un apaisement politique.

Arrestations d’opposants. Des membres des partis d’opposition (Ethiopian Democratic Party et le parti amhara, AAPO) ont été détenus pendant des périodes allant au-delà d’une garde à vue légale. Les mauvaises conditions de détention auraient, selon l’opposition, causé la mort de 4 personnes. Le comportement brutal de la police a été mis en cause. Accusés d’avoir incité à l’émeute, certains opposants n’ont été présentés à un juge que 55 jours après leur arrestation. La plupart ont été libérés début juillet. Mais Lidetu Ayalew, dirigeant de l’EDP, et trois autres responsables qui avaient été libérés en juin, ont été arrêtés à nouveau deux semaines plus tard.

Mesures concernant la presse. Dans le cadre d’une enquête financière sur une privatisation, l’éditeur et le rédacteur en chef du Daily Monitor ont été retenus en garde à vue plusieurs jours ce qui a empêché la parution du quotidien pendant une semaine. Des journalistes ont été gardés à vue (Merid Zelleke de Satanaw, Mengistu Wolde, Moged) sans être autorisés à verser une caution. D’autres (Leyikun Engeda, Dagem Wonchif et Tsegaye Ayalew, Genanaw) ont payé une caution pour leur libération. Les rédacteurs en chef de Netsebrak, Netsanet, Woghata et Medina ont été convoqués à la suite d’articles faisant état d’une démission du TPLF de Seyoum Mesfin, ministre des Affaires étrangères, et de son départ à l’étranger. Tamrat Zuma, ancien éditeur et rédacteur en chef d’Atkurot (qui ne paraît plus) est sous la menace de plusieurs chefs d’inculpation pour des articles parfois vieux de deux ans, pour n’avoir pas payé la licence d’éditeur et pour d’autres motifs. Le cumul des cautions demandées s’élève à 11.000 birr qu’il n’est pas en mesure de payer. Il faut signaler aussi la fuite de Girmay Berhe, du magazine Reporter, qui a demandé l’asile en Suède.

Tensions justice-police. Les gardes à vue prolongées et souvent mal motivées sont parfois annulées par un magistrat. La police affirme que les procédures sont ralenties par le manque de juges. Un tribunal s’en est pris au ministre de la Justice et l’a condamné parce qu’il n’avait pas déféré à une audience au sujet d’une non-présentation d’un gardé à vue par la police. Dans l’État d’Oromiya on parle de 600 suspects en détention sans inculpation en raison du mauvais fonctionnement de la justice. Cette situation est d’ailleurs officiellement reconnue puisque des dirigeants de l’EPRDF comme Guennet Zewde, ministre de l’Éducation, ont déclaré que les institutions de la justice n’ont pas réussi depuis 10 ans à garantir le respect des droits des individus. De son côté un responsable de la police a admis devant des parlementaires que les forces de l’ordre avaient utilisé une force excessive lors des émeutes d’avril.

Tanguage au sommet de l’État. Le président éthiopien Negasso Gidada a quitté une réunion du conseil de l’EPRDF, ne voulant plus être sous la pression de la direction (en fait le Premier ministre). Depuis le début des problèmes du TPLF, il avait exprimé des réserves sur la manière de résoudre la crise. Le parti oromo gouvernemental (OPDO) dont il est membre l’a exclu de sa direction, l’accusant de refuser les réformes politiques et économiques du gouvernement. Ce qu’il a démenti publiquement tout affirmant que l’EPRDF n’est plus révolutionnaire mais pas encore réformiste. Même sans pouvoir réel, le président Negasso pourrait vouloir se forger une stature reconnue par tous les Oromos, y compris les opposants. Une tension entre Mélès Zénawi et Seyoum Mesfin a été évoquée dans certains journaux. Elle a été réfutée par le pouvoir, accusant l’opposition de répandre des rumeurs. Pour faire bonne mesure, signalons aussi le limogeage du chef d’état-major de l’armée, Tsadakan Gebre Tensay, qui ne voulait pas prendre parti dans la querelle entre Tigréens. – RW


© Les Nouvelles d'Addis (LNA) 2001. -- http://www.lesnouvelles.org -- Les Nouvelles d'Addis,
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