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11-Septembre / Attentats-ripostes
La guerre n'est plus militaire mais civile : les armes utilisées sont civiles, les victimes aussi. Djimukai Sadegh Khandjani, journaliste iranien, montre « le pourquoi du drame » et évoque d'autres conditions pour « l'endiguement du terrorisme ». De son point de vue, s'agissant de guerre asymétrique, « on voit mal comment la mobilisation américaine pourrait venir à bout à coups de bombes d'un ennemi qui se trouve partout, qui loge partout, qui nous encercle ».
La date du 11 septembre marquera sans doute le cours de l'histoire contemporaine. De fait, il est possible de dire que la période ouverte après la fin de la guerre froide vient de s'achever que le Nord réexpérimente les dures réalités d'une histoire dont Fukoyama avait annonce la fin. La période dite post-historique n'aura duré qu'une décennie ou presque. L'histoire, faite de conflits et de crises qui la ponctuent, ne s'est en fait jamais achevée, du moins si l'on en juge par l'attitude des États-Unis et, par ailleurs du monde entier, qui n'ont cessé de penser les relations internationales en termes bellicistes et archaïques. L'Amérique a été frappée comme jamais dans son histoire. Parler de nouveau Pearl Harbour afin de qualifier ce qui s'est passé le 11 septembre dernier est d'autant plus impertinent que les E-U ont été frappés, cette fois-ci, dans les attributs économiques et militaires de leur puissance d'une part et que s'agissant de guerre asymétrique de l'autre, on voit mal comment la mobilisation américaine pourrait venir à bout, à coups de bombes, d'un ennemi qui se trouve partout, qui loge partout, qui nous encercle. Comme le signalait justement un expert congolais, M. Bonaventure Silubwe, la guerre n'est plus militaire mais civile : les armes utilisées sont civiles, les victimes aussi. Or la conquête de Kaboul, ville qui a perdu ses caractéristiques de centre urbain, représenterait une victoire militaire sur un ennemi qui utilise une autre guerre et qui s'avère être délocalisé, pour ne pas dire invisible. Cette solution qui peut sans doute satisfaire les exigences d'une opinion publique qui réclame, sans doute à raison, vengeance, apparaît au regard de ce qui précède comme un échapatoire, même si elle sert les objectifs géopoliques des stratèges américains qui rêvent de prendre le contrôle de l'Eurasie, de prendre définitivement position dans les zones pétrolifères de la caspienne et finalement d'endiguer les "zones dures", objectifs qui n'ont aucun lien avec la "croisade" antiterroriste et le terrorisme lui-même. Ceci dit, la lutte contre les facteurs de la guerre permanente ou civile appelle à l'utilisation de méthodes civiles : il s'agit d'abord d'appréhender le phénomène dans toutes ses dimensions et de cerner ses origines.
A l'euphorie suscitée par la fin de la guerre [1939-1945] a succédé un désenchentement incommensurable. La promesse d'une démocratisation réelle, gage de développement ne s'est pas concrétisée dans la mesure ou rien ou presque n'a été fait pour soutenir les démocrates du Sud. Le Tiers-monde, champs de bataille des grandes puissances au cours d'une guerre qui n'a pas été si froide au Sud a été délaissé. Il s'agissait selon certains de laisser aux pays du Tiers-monde de s'assumer et ce, alors que les dirigeants du Nord pouvaient continuer leur commerce avec des dictateurs dans la mesure ou la démo-cratie « est un luxe » pour certains. L'absence de dialogue en termes francs et réalistes au Moyen-Orient, où tout se pose en termes religieux, a induit une impasse et un désenchantement consécutifs à l'échec d'un "processus de paix" sur le mode occidental. Les conséquences dramatiques des sanctions génocidaires imposées au peuple irakien (Saddam n'a pas de problême de nutrition) ont exacerbé les sentiments anti-occidentaux dans le monde arabe. Toute les conditions d'une explosions étaient pour ainsi dire réunies. Alors qu'on débattait au Nord des meilleurs moyens de satisfaire des désirs morbides, de "pacser", une autre partie de l'humanité se vautrait dans une misère provoquée par des siècles de domination occidentale et de déconstruction des tissus sociaux. Il ne s'agit pas de juger l'Occident dans la mesure ou les civilisations arabes, chinoises et d'autres que je ne saurais énumerer ici ont été tout aussi brutales et insolentes vis-à-vis des vaincus, de sorte que l'on peut dire que l'Occident n'a fait que prendre le relais.
A l'heure de la mondialisation, il était sans doute naïf de proclamer la fin de l'histoire dans une petite partie du monde. Il fallait et il faut penser à reconstruire ce monde que "nous" avons ensemble détruit, car le terrorisme se nourrit de ce chaos cosmique qui règne sur notre planète. Il s'agit donc, selon les termes éloquents de Daniel Durand (1) « d'assécher le marais dans lequel le terrorisme [se nourrit] de plantes vénéneuses ». Or la politique menée dans l'après-guerre froide à plutôt alimentée ce marais. Le monde actuel est au défi de payer pour la paix et de dépasser la pensée sous-tendue par le vieux dicton latin « qui veut la paix prépare la guerre », mais de dire « qui veut la paix prépare la paix et paye le prix de la paix ». L'isolationnisme négatif qui veut qu'on laisse faire les dictateurs ; qu'on fasse prévaloir les droits communautaires sur les droits de l'homme, dont se font les avocats certains milieux en Europe après le 11 septembre est tout simplement irresponsable et ressemble à une fuite en avant de l'humanité. Non on ne peut permettre à l'Arabie saoudite de persécuter des Chiites et des Chrétiens simplement parce qu'ils fournissent les E-U ou l'Europe en or noir. On ne peut permettre l'humiliation de millions de Congolais par les démons du FPR de Paul Kagamé sous prétexte que c'est « une guerre de nègres ». On ne peut permettre au régime algérien de torturer des personnes en alléguant qu'il s'agit d'Islamistes Les processus de paix au Congo et en Sierra-Leone risquent d'achopper parce que le monde libre n'est pas prêt à financer la paix, nous oublions que, dans un contexte de globalisation, la maison qui brûle au fond de l'Afrique ou dans le centrasiatique est celle de notre voisin, celle de "notre prochain", dans le village planétaire pour reprendre le langage néotestamentaire. DSK
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