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11-Septembre / Attentats-ripostes

Impact et pérennité de la stratégie américaine

Malgré les « résultats mitigés de l’option militaire » et son impact désastreux sur les polulations civiles, Djimukai Sadegh Khandjani, journaliste iranien, note des points positifs dans la stratégie américaine : avancée régionale dans la lutte anti-drogue, évolution positive de la politique des États-Unis contre « la libre circulation de l’argent de la terreur », détente relative au plan diplomatique… Mais « la complexité des enjeux régionaux empêche d’être très optimiste ».


DJIMUKAI SADEGH KHANDJANI (*)

[25 octobre 2001.] – On parlait de l’inauguration de « nouvelles formes de guerre » après les événements du 11 septembre. D’aucuns s’attendaient à être les témoins d’une réponse inédite des stratèges américains aux défis que posent l’hyperterrorisme ou le déclenchement de la guerre civile. Compte tenu du caractère asymétrique de la menace, on était à envisager une révolution dans les doctrines militaires. Or les opérations de représailles menées par les États-Unis contre les Talibans ont tous les caractères de la guerre classique, de sorte qu’un analyste, désabusé, était récemment à se demander si la stratégie américaine était encore « capable de se réformer ? ».


 


Résultats mitigés de l’option militaire

La stratégie adoptée jusqu’à présent par Washington n’a pour ainsi dire rien d’original. En fait ils sont, comme le fait remarquer Jean Marguin du FRS « dans la stricte continuité des errements antérieurs » : frappes pas très chirurgicales, déploiement d’unités spéciales afin de faire face aux combattants très aguerris du mollah Omar, commandeur des Croyants de l’émirat d’Afghanistan et de son beau-père et, peut-être gendre Oussama ben Laden, etc. On assistera sans doute à l’utilisation des derniers gagdets de l’industrie militaire américaine, (comme ce système qui permet aux commandants de superviser les opérations à distance en utilisant des images fournies par les satellites et les engins de reconnaissance), mais sera-ce suffisant ? On peut se permettre de douter, comme d’ailleurs Donald Rumsfeld qui se montre désormais dubitatif quant aux chances de succès des opérations.

Sur le plan humanitaire, l’intervention américaine risque de faire plus de victimes que les attentats du 11 septembre. L’approche du terrible hiver afghan risque de précariser le sort des centaines de milliers d’Afghans jetés sur les routes compte tenu de la montée de la crise. Le largage humanitaire, méthode médiatique très critiqué par les spécialistes de l’humanitaire, servirait à nourrir les Talibans dans ce pays où règne un système de sélection naturel darwinien. L’utilisation de bombes à fragmentation qui représentent, selon le directeur du Diana Memorial Fund Andrew Purkis, « une menace sérieuse à long terme pour les civils au même titre que les mines antipersonnel » nous rappelle que la guerre ne saurait être propre.


 


Optimisme au niveau sécuritaire

Si l’option militaire semble montrer ses limites, il n’en est pas de même pour la riposte civile et sécuritaire. Ainsi le déploiement d’un arsenal sécuritaire renforcé – tant au niveau des États post-soviétiques que de la République islamique d’Iran et du Pakistan – aura eu, peut-être seulement sur le court terme, un impact positif sur la lutte anti-drogue qui se mène à l’échelle régionale. Résultat : des milliers de toxicomanes roumains, confrontés à la hausse des prix des drogues ont dû se présenter à des centres de désintoxication, à Bucarest. Ce succès contient, peut-être, des éléments d’une nouvelle approche de la guerre contre l’hyperterrorisme, dans la mesure où elle pourrait permettre, à terme, d’asphyxier, économiquement parlant, ceux qui profitent de l’« économie de la mort » qui caractérise les zones grises de la planète.

De même au niveau de la lutte contre l’argent terroriste, la tragédie du 11 septembre a permis des évolutions positives : les États-Unis qui défendaient, jusqu’à présent, les paradis fiscaux et ce au nom de la liberté de circulation des capitaux, ne s’opposent plus à un plan d’action contre l’argent de la terreur. Ceci étant, il est toujours difficile de traquer l’argent sale. Mais on peut concevoir des résultats positifs en mettant sur pied une coalition sécuritaire internationale. Le travail sera sans doute difficile au niveau des pays du Tiers-monde où les systèmes policiers et sécuritaires sont infiltrés, pour ne pas dire noyautés par des groupes mafieux influents compte tenu de la déliquescence de l’État. Il faut toutefois reconnaître que les résultats des premières initiatives prises par Washington afin de geler les comptes suspects invitent à espérer.


 


Détente au niveau diplomatique ou presque

Après les gestes posés par la Russie, Washington vient de réagir en renonçant, du moins pour le moment, à des essais dans le cadre de son bouclier antimissile. Pour Edward Luttwak, ancien conseiller de Bush père et actuellement conseiller auprès du département de la Défense « le programme unilatéral américain est mort. S’il y a un nouveau programme (de bouclier antimissile) il sera développé avec les Russes ». La République islamique d'Iran s’est pour sa part déclarée prête à prêter secours aux soldats américains en détresse. Ceci étant, la complexité des enjeux régionaux empêche d’être très optimiste, quant à la pérennité de cette détente qui risque d’être « une détente de circonstances », dans la mesure où nous n’avons encore cette culture de la paix qui doit sous-tendre un nouvel ordre planétaire où régnerait l’harmonie universelle. – DSK


(*) Djimukai Sadegh Khandjani est journaliste iranien.
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