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Analyse politique
Asmara

En attendant des jours meilleurs

À trop vouloir jouer le rôle du petit David contre un Goliath à géométrie variable, Issayas Afeworki plonge son peuple et son pays dans des difficultés économiques et sociales chroniques. ["les Nouvelles d'Addis", Repères, 15 novembre 2001]


COLETTE DELSOL

Asmara, novembre 2001. Mais qu’a donc fait le peuple érythréen pour mériter cela ? On pourrait croire que la longue lutte pour l’indépendance, les deux dernières années de guerre contre l’Éthiopie et toutes les privations suffisaient amplement pour ce petit pays, si fier de sa jeune indépendance et de sa souveraineté. Il n’en est rien.

Son président, jamais à court d’idées en matière de sacrifices et d’étouffement (pour son peuple) vient de faire, une nouvelle fois, la preuve qu’il ne conçoit pas son pays autrement que dans la guerre, la lutte et l’isolement. Alors que le réglement du conflit éthio-érythréen n’est toujours pas terminé, il s’est empressé d’emprisonner ses principaux opposants, de suspendre les journaux indépendants, d’incarcérer quelques journalistes et de renvoyer un ambassadeur d’Italie, trop empressé de transmettre le mécontentement de l’Union européenne à l’égard de mesures, jugées un peu contraires aux droits de l’Homme.

À trop vouloir jouer le rôle du petit David contre un Goliath à géométrie variable, Issayas Afeworki plonge son peuple et son pays dans des difficultés économiques et sociales chroniques. À trop mobiliser (au sens militaire du terme), il prive l’économie érythréenne de ses forces vives. Et maintenant, il va jusqu’à hypothéquer des aides extérieures qui avaient été décidées après la signature de l’accord de paix d’Alger. On ne peut croire qu’il n’y a qu’un hasard à ce nouveau sursaut pseudoment nationaliste du président érythréen. Certains de ses plus anciens compagnons de lutte font partie du flot des interpellés. Ils sont officiellement accusés d’avoir mis en péril la souveraineté et l’indépendance de l’État érythréen. C’est une accusation un peu trop galvaudée, surtout à la veille d’élections. Reportées pour cause de (ou grâce au) conflit, elles devraient se tenir en décembre prochain (2001). Or que veulent ces dangereux hommes politiques ? Que la constitution soit respectée, que des élections se tiennent et que le multipartisme s’installe sur la belle terre d’Érythrée. En effet, ils mettent le pays en danger !

Mais Issayas Afeworki a le goût du bras-de-fer. La communauté internationale peut bien s’émouvoir, menacer du bout des lèvres de suspendre les prêts, les dons, les aides… Il n’en tient pas moins le cap. Et qui sait s’il n’a pas raison ? D’autres ont fait la preuve que cette attitude pouvait payer politiquement et économiquement. D’ailleurs, après avoir rappelé leurs ambassadeurs pour consultation, les pays européens (Allemagne, Danemark, France et Pays-Bas) les ont déjà renvoyés à Asmara. L’Italie hésite encore un peu, mais sans doute plus pour très longtemps.

Seul espoir donc, le peuple érythréen qui a une conscience politique ; ses leaders, emprisonnés ou pas encore, qui ont des exigences et la nombreuse diaspora, grande pourvoyeuse de devises, qui commence à se lasser de ces reports à répétition de la vie démocratique. Mais curieusement, nul ne semble pressé de rechercher le clash avec le « leader maximo ». D’aucuns se proposent même de servir de médiateurs pour ne pas voir leur pays plonger dans un nouveau chaos. Issayas Afeworki saisira-t-il cette chance pour son peuple ou choisira-t-il une voie plus « perso » ? – CD

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