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11-Septembre / Attentats-ripostes

Avec la chute de Kaboul, une nouvelle ère commence pour l’Afghanistan

Selon Djimukai Sadegh Khandjani, journaliste iranien, l’un des objectifs non avoué de cette guerre était « la sécurisation de l’Afghanistan en vue du contrôle des ressources énergétiques de l’Asie centrale » qui transitent actuellement par la Russie et l’Iran. Le rapprochement USA-Russie serait donc une clé de la politique régionale.


DJIMUKAI SADEGH KHANDJANI (*)

[16 novembre 2001.] – Avec la chute de Kaboul, c’est une nouvelle ère qui commence pour l’Afghanistan. L’Alliance du nord qui marquait le pas depuis un mois a en effet réussi à débarrasser ce pays du sinistre régime de Mollah Omar. La victoire des hommes du nord n’est pas sans causer des soucis aux stratèges américains et pakistanais, qui redoutaient une prise de Kaboul par les forces de l’opposition. Bien armés, les hommes de la coalition du nord se sont décidés à prendre la capitale seulement après un feu vert de Téhéran et de Moscou.
Pour les États-Unis, cette victoire est un moindre mal. En fait le soutien à la coalition antitaliban répondait à des impératifs médiatiques plutôt que stratégiques.


 


Une victoire militaire des États-Unis aurait été impossible

Il va de soi que des opérations militaires de type classique n’aurait pas suffi pour assurer aux États-Unis une victoire militaire en Afghanistan, comme le démontre l’expérience soviétique. Les opérations spéciales et les raids de commandos restaient la seule issue, mais là encore le relief afghan posait un problème délicat : l’altitude. On sait que les hélicoptères des opérations spéciales ne volent pas très haut, tout au plus à 5.000 m. On voyait dès lors assez mal comment les États-Unis auraient été à même de mener une guerre de commando contre les hommes très aguerris du Mollah Omar et d’Oussama ben Laden. Conscients des difficultés qu’allait rencontrer l’US Army sur le terrain, les experts militaires évoquaient de plus en plus les risques d’enlisement. Les plus optimistes parlaient de la poursuite des opérations jusqu’à l’été prochain…

À ceci, il faut ajouter la sensibilisation croissante de l’opinion publique internationale face aux images de victimes civiles diffusées par la chaîne Al-Jazira, la CNN du monde arabe. Au niveau intérieur, le sentiment d’humiliation vécu par de nombreux Américains aurait été exacerbé en l’absence de victoire militaire de la coalition militaire créée par Washington.

Pour finir, la poursuite des opérations militaires américaines contre des musulmans, ce après l’avènement du mois de ramadan (période de trêve selon la charia), aurait exaspéré les pays arabo-musulmans.
Il aurait été difficile pour le gouvernement américain d’assumer les conséquences d’une perduration du conflit, d’où la décision d’aider la coalition du nord à prendre Mazar-e-Charif, ville proche de l’Ouzbekistan qui possède les meilleures infrastructures militaires de l’Afghanistan.


 


C’est allé brusquement trop vite

En finançant les opérations menées sur le terrain par la coalition du nord qui allaient se doter d’armes modernes de fabrication russe et iranienne, les États-Unis croyaient pouvoir se donner du temps pour gérer la suite, voire amener des « taliban modérés » à se soulever contre le mollah Omar.

C’était sans compter sur la volonté de Téhéran et de Moscou de mettre fin à la présence pakistanaise en Afghanistan. Ainsi poussés par leurs alliés iraniens et russes, les hommes de la coalition du nord feront fi des appels de Washington, investissant la ville stratégique de Harat, puis la capitale Kaboul. Compte tenu du fait que le gouvernement Rabbani constitue l’autorité légitime de l’Afghanistan aux yeux des Nations-unies, la prise de Kaboul constitue une victoire précieuse pour la coalition du nord qui se trouve désormais en position de force face à l’ethnie pachtoune du sud.


 


Harat, une ville-clé

L’un des objectifs non avoué de cette guerre et du conflit afghan était la sécurisation de l’Afghanistan en vue du contrôle des ressources énergétiques de l’Asie centrale qui transitent actuellement par la Russie et l’Iran. Il s’agit d’un objectif d’autant plus important que le Texas de la dynastie Bush produit de moins en moins de brut. À ceci il faudrait ajouter la dépendance croissante des États-Unis, sur le plan énergétique par rapport aux pays du golfe persique qui tentent de se distancer d’une Amérique alliée d’Israël. Compte tenu de ces facteurs, il devient impératif pour Washington de s’assurer le contrôle des ressources d’hydrocarbures de la Caspienne, ce en contournant d’une part l’Iran (pays ennemi) et de l’autre la Russie. Deux voies s’offrent pour les États-Unis, à savoir soit faire transiter les ressources énergétiques par l’axe est-ouest (Bakou-Ceyhan) soit opter pour l’axe nord-sud, en faisant transiter un pipeline par le Pakistan, via l’Afghanistan. Compte des fréquents séismes dans la mer Caspienne, il serait risqué d’opter pour l’axe est-ouest. Pour ce qui est de l’axe nord-sud, seul l’ouest afghan, dont Harat est le centre, se trouve être propice pour le transit d’un pipeline, compte tenu de sa basse altitude. Celui qui connaît l’Afghanistan sait que les Haratis sont des Iraniens qui se sont retrouvés sous le joug pachtounes. En d’autres termes, la prise de Harat peut-être considérée comme le retour de l’Iran dans cette région stratégique de l’Afghanistan.


 


Le Pakistan s’avère être le grand perdant ou presque

Pour le gouvernement pakistanais, l’élimination des taliban est une grande perte. Sur le plan géopolitique, Islamabad se trouve prive de sa « profondeur stratégique » face à l’ennemi indien. À ceci s’ajoute que les rêves des stratèges pakistanais de créer un grand Pakistan qui comprendrait à terme l’Asie Central se trouvent anéantis, du moins pour le moment. Un rapprochement Moscou-Washington se traduira sans doute par une dévalorisation stratégique d’un Pakistan qui se confronte au risque d’implosion. Le Pakistan, puissance nucléaire de la région, est aussi une vaste zone grise où la loi du plus fort est toujours la meilleure, comme dans l’ancien far-west. Les autorités pakistanaises peuvent tout de même se réjouir de la réintégration de leur pays au sein de la communauté internationale.


 


Tout dépend du rapprochement USA-Russie

Tout va sans doute dépendre du rapprochement amorcé entre les États-Unis et la Russie. L’objectif des deux superpuissances militaires serait alors d’une part de sécuriser ensemble l’Asie Centrale, immense espace anarchique, et de l’autre d’endiguer l’Iran et la Chine, les deux principales puissances susceptibles de prendre les rênes du centre-asiatique. – DSK


(*) Djimukai Sadegh Khandjani est journaliste iranien.
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