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Analyse politique
Repères
Résolution du conflit érythréo-éthiopien.

Délimitation sous tension

Treize mois après le début de la mission des Nations-unies, le point sur les chantiers initiés par la signature de l’Accord d’Alger. ["les Nouvelles d'Addis", Repères, 15 janvier 2002]

 


COLETTE DELSOL
 

Résolution du conflit érythréo-éthiopien, janvier 2002. – Pendant ces dernières semaines qui ont précédé la décision de la Commission de démarcation de la frontière entre l’Éthiopie et l’Érythrée, de nombreux incidents ont émaillé les abords de la Zone temporaire de sécurité (ZTS), péniblement mise en place par la MINUEE (Mission des nations-unies en Érythrée et en Éthiopie). La mission a dû être prolongée à plusieurs reprises, depuis sa création, le 15 décembre 2000, juste après la signature, par les deux pays, de l’accord de paix d’Alger.

Les premières difficultés ont porté sur le redéploiement des troupes éthiopiennes et érythréennes, qui devaient reprendre les positions qu’elles occupaient avant le début du conflit (6 mai 1998) et permettre ainsi l’installation d’une zone tampon. Les opérations de redéploiement ont été fastidieuses, chacun contestant les positions militaires de l’autre. Il a fallu de nombreuses réunions de la Commission de coordination militaire (MCC) pour arrondir les angles. Même si les deux pays ont scrupuleusement respecté le cessez-le-feu, pendant tout le processus.

Reste que la ZTS est encore sujette à caution, épisodiquement. Le commandant de la MINUEE ne s’alarme pas outre mesure de cette situation, même s’il reconnaît que quelques problèmes se posent. Il note ainsi que la mission a des difficultés à accéder à certaines zones au nord de la ZTS. L’Érythrée estime que ces zones ne sont pas comprises dans les 25 km de la zone tampon et que, par conséquent, la MINUEE n’a aucun droit d’y opérer. Mais elle se déclare prête à faciliter des enquêtes de la mission si cela peut permettre de lever les accusations éthiopiennes.

En effet, l’Éthiopie a récemment accusé l’Érythrée de repositionner ses troupes à l’intérieur de la ZTS et, accessoirement, de soutenir Al-Ittihad. Ce qu’a, bien sûr, démenti l’Érythrée qui accuse l’Éthiopie de vouloir retarder le processus.

Ces “amabilités” s’échangaient alors que les deux pays étaient en train de présenter leurs exigences frontalières respectives auprès de la commission ad hoc réunie à La Haye. Cette commission doit prendre sa décision en février, après avoir entendu les deux parties, elle « a le mandat de délimiter et de démarquer la frontière du traité colonial basée sur les traités coloniaux pertinents (1900, 1902 et 1908) et la loi internationale applicable. » (Art. 4, §2 de l’accord de paix d’Alger, cf. les Nouvelles d'Addis n°22).

Le ministre éthiopien des Affaires étrangères a déclaré récemment que l’Éthiopie n’accepte pas les cartes préparées par l’Italie quand l’Érythrée était une colonie italienne, car cela ne reflète que « l’intérêt unilatéral du pouvoir colonial ». Il estime que l’Érythrée brandit ces cartes et des cartes internes, créées par l’administration éthiopienne, quand l’Érythrée faisait partie de l’Éthiopie. Les deux ministres des Affaires étrangères ont été entendus par la commission de La Haye.

En signant l’accord de paix d’Alger, les deux pays se sont engagés à respecter les décisions de la commission de délimitation démarcation, comme « définitives et obligatoires » (Art. 4, §15, cf. les Nouvelles d'Addis n°22). Pas d’appel donc, ce qui pourrait expliquer les tensions de ces dernières semaines aux abords de leur frontière – néanmoins – commune.

Le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan demande à l’Éthiopie et à l’Érythrée de joindre leurs efforts pour créer « un bon climat pour la prochaine décision de délimitation de la frontière. » Il reconnaît, par ailleurs, que le processus de démarcation sera « une grande entreprise, coûteuse et plutôt complexe. » Car, après avoir délimité – si tant est que cette décision ne soit contestée par aucune des parties – il faudra encore démarquer. La mission de la MINUEE n’est probablement pas près de se terminer. – CD

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