Résolution du conflit érythréo-éthiopien, janvier 2002. Pendant ces dernières semaines qui ont précédé la décision de la Commission de démarcation de la frontière entre lÉthiopie et lÉrythrée, de nombreux incidents ont émaillé les abords de la Zone temporaire de sécurité (ZTS), péniblement mise en place par la MINUEE (Mission des nations-unies en Érythrée et en Éthiopie). La mission a dû être prolongée à plusieurs reprises, depuis sa création, le 15 décembre 2000, juste après la signature, par les deux pays, de laccord de paix dAlger.
Les premières difficultés ont porté sur le redéploiement des troupes éthiopiennes et érythréennes, qui devaient reprendre les positions quelles occupaient avant le début du conflit (6 mai 1998) et permettre ainsi linstallation dune zone tampon. Les opérations de redéploiement ont été fastidieuses, chacun contestant les positions militaires de lautre. Il a fallu de nombreuses réunions de la Commission de coordination militaire (MCC) pour arrondir les angles. Même si les deux pays ont scrupuleusement respecté le cessez-le-feu, pendant tout le processus.
Reste que la ZTS est encore sujette à caution, épisodiquement. Le commandant de la MINUEE ne salarme pas outre mesure de cette situation, même sil reconnaît que quelques problèmes se posent. Il note ainsi que la mission a des difficultés à accéder à certaines zones au nord de la ZTS. LÉrythrée estime que ces zones ne sont pas comprises dans les 25 km de la zone tampon et que, par conséquent, la MINUEE na aucun droit dy opérer. Mais elle se déclare prête à faciliter des enquêtes de la mission si cela peut permettre de lever les accusations éthiopiennes.
En effet, lÉthiopie a récemment accusé lÉrythrée de repositionner ses troupes à lintérieur de la ZTS et, accessoirement, de soutenir Al-Ittihad. Ce qua, bien sûr, démenti lÉrythrée qui accuse lÉthiopie de vouloir retarder le processus.
Ces amabilités séchangaient alors que les deux pays étaient en train de présenter leurs exigences frontalières respectives auprès de la commission ad hoc réunie à La Haye. Cette commission doit prendre sa décision en février, après avoir entendu les deux parties, elle « a le mandat de délimiter et de démarquer la frontière du traité colonial basée sur les traités coloniaux pertinents (1900, 1902 et 1908) et la loi internationale applicable. » (Art. 4, §2 de laccord de paix dAlger, cf. les Nouvelles d'Addis n°22).
Le ministre éthiopien des Affaires étrangères a déclaré récemment que lÉthiopie naccepte pas les cartes préparées par lItalie quand lÉrythrée était une colonie italienne, car cela ne reflète que « lintérêt unilatéral du pouvoir colonial ». Il estime que lÉrythrée brandit ces cartes et des cartes internes, créées par ladministration éthiopienne, quand lÉrythrée faisait partie de lÉthiopie. Les deux ministres des Affaires étrangères ont été entendus par la commission de La Haye.
En signant laccord de paix dAlger, les deux pays se sont engagés à respecter les décisions de la commission de délimitation démarcation, comme « définitives et obligatoires » (Art. 4, §15, cf. les Nouvelles d'Addis n°22). Pas dappel donc, ce qui pourrait expliquer les tensions de ces dernières semaines aux abords de leur frontière néanmoins commune.
Le secrétaire général de lONU, Kofi Annan demande à lÉthiopie et à lÉrythrée de joindre leurs efforts pour créer « un bon climat pour la prochaine décision de délimitation de la frontière. » Il reconnaît, par ailleurs, que le processus de démarcation sera « une grande entreprise, coûteuse et plutôt complexe. » Car, après avoir délimité si tant est que cette décision ne soit contestée par aucune des parties il faudra encore démarquer. La mission de la MINUEE nest probablement pas près de se terminer. CD