Europe-Corne, février 2002. Si lÉthiopie se réjouit après la tournée européenne de son Premier ministre, il nen est pas de même côté érythréen.
Mélès Zénawi a effectué en février une visite qui la mené en Allemagne, en Irlande et en France. Cest la première fois depuis 34 ans, quun Premier ministre éthiopien se rend en visite officielle en Allemagne. Le Chancelier Gerhard Schroeder a déclaré que les hommes daffaires allemands ont un désir très fort dinvestir en Éthiopie. Il semblerait que les discussions entre les deux leaders aient aussi porté sur le terrorisme international. Ce nest certainement pas un hasard quand on sait que des troupes allemandes, participant à lopération de lutte contre le terrorisme, sont stationnées à Djibouti.
Mélès Zénawi sest également rendu en Irlande, où il a reçu un accueil chaleureux. Là, il sagissait dune première, puisquaucun leader éthiopien ne sétait encore rendu en Irlande depuis lindépendance de celle-ci. Les entretiens ont porté sur laide au développement que lIrlande entend accroître auprès des pays les plus endettés.
Le voyage du Premier ministre éthiopien a pris fin à Paris, où il prit part à la réunion du Nepad (Nouveau partenariat pour le développement en Afrique). À cette occasion, il a pu rencontrer le président français et il a eu plusieurs entretiens bilatéraux.
En Érythrée, le son de cloche européen est nettement moins agréable. Le Parlement européen a adopté une résolution le 7 février accusant le pouvoir érythréen de violations des droits humains et son président de « mener son pays dune main de fer ». Sont passés en revue par les parlementaires européens : les arrestations dopposants, la suspension de la presse privée, le report de la mise en place du multipartisme, le report des élections générales, léviction de lambassadeur dItalie
La réaction dAsmara ne sest pas fait attendre. Dans un communiqué, le ministère érythréen des Affaires étrangères demande à lEurope de réparer les dommages causés par cette résolution. Reprenant les points incriminés, le ministère affirme que les opposants nont pas été arrêtés parce quils étaient les « défenseurs de réformes démocratiques » mais parce quils avaient commis « des crimes graves [incluant] la conspiration pour évincer le Président illégalement ». Concernant le multipartisme, le communiqué indique que cest lassemblée qui a décidé de reporter sa mise en uvre. « Le Parlement européen a la liberté de désapprouver la décision de lAssemblée nationale, mais il ne peut pas sinterroger sur la constitutionnalité de lacte. » Le bras de fer entre Issayas Afeworki et lEurope continue. Le Danemark a déjà déclaré quil ne reconduirait pas son aide bilatérale à lÉrythrée à la fin des programmes en cours. Côté érythréen, on estime que lEurope doit reconnaître ses erreurs dappréciation et réparer les dommages. Il ne resterait donc plus à lEurope quà fermer les yeux, se boucher les oreilles
et ouvrir plus largement encore son portefeuille. CD