Résolution du conflit érythréo-éthiopien, mai 2002. La Commission internationale darbitrage qui a rendu son jugement à La Haye le 13 avril a défini une frontière qui simpose maintenant aux deux pays après leur confrontation militaire entre mai 1998 et juin 2000. Mais en même temps, la démarcation de la frontière sur le terrain nira pas sans tensions ni récriminations de part et dautre. On le voit déjà à propos de Badmé avec la vive réaction des Éthiopiens qui ont fermé la frontière fin avril pendant une semaine aux mouvements de la force de paix des Nations-Unies. La mission onusienne avait transporté des journalistes dAsmara à Badmé comme si cette bourgade était en Érythrée. Les casques bleus navaient pas consulté les Éthiopiens qui administrent depuis longtemps cette localité et la revendiquent.
Le travail des arbitres na pas été facile. Ils devaient identifier une ligne frontalière déterminée en principe par lÉthiopie et lItalie dans les traités de 1900, 1902 et 1908. À lépoque les zones en question étaient mal connues, en particulier le cours des rivières servant de limite était approximatif sur les cartes et souvent on ne distinguait pas le lit principal des lits secondaires qui se déplacent selon les crues. Dans certaines zones, la Commission a dû trancher en tenant compte de réalités constatées postérieurement à ces traités : activités administratives, courriers diplomatiques, cartes, etc., réalités citées par lune des parties ou par les deux à lappui dune revendication territoriale. Si la décision proprement dite tient en deux pages, le document darbitrage en comporte 135 au total, consacrées à lanalyse des traités et aux commentaires de cartes anciennes qui ne sont souvent que des croquis sommaires ou qui ne sont pas fiables. Ainsi la carte produite par lÉrythrée pour illustrer le traité de 1900 a en fait été réalisée par les Italiens en 1906 avec des modifications en leur faveur, modifications que les Éthiopiens nont malencontreusement pas dénoncées de suite. Les documents cartographiques actuels de la Commission sont à léchelle de 1.000.000ème, sauf pour le secteur central qui est au 360.000ème avec une carte au 50.000ème pour deux zones plus réduites. Une carte définitive au 25.000ème doit être établie secteur par secteur. Ce qui implique un travail minutieux sur le terrain une fois le déminage achevé.
Dans un premier temps, à Addis-Abeba comme à Asmara, on a crié victoire car il fallait bien justifier les vies humaines sacrifiées. En fait, prudemment la Commission na cité que quelques noms de localités avec le pays de rattachement et le jugement densemble paraît équilibré. La dispute concernait des zones très dissemblables et il est évidemment plus facile de trancher lorsquune zone est presque vide dhabitants. Un expert international des frontières, Martin Pratt (International Boundaries Research Unit) présente le dossier ainsi (nous résumons) :
Pour le secteur occidental [lire Le casse-tête de Badmé], les revendications maximalistes éthiopiennes, un grand triangle situé à louest de la ligne tracée par lÉrythrée, nont pas été reconnues. Au centre, les choses sont plus complexes. La densité de population, le mélange de villages, majoritairement de langue Tigrigna, mais sidentifiant parfois à un pays, parfois à lautre, ont justifié aux yeux de la Commission des ajustements par rapport aux textes de 1900. Ainsi la ville de Zala-Anbessa et les zones méridionales et orientales de lIrob sont reconnues éthiopiennes tandis que Tserona et Fort Cadorna sont en Érythrée. Dans la zone orientale où la frontière est censée être parallèle à 60 km de la côte, les arbitres ont défini une ligne qui partage à peu près également les zones revendiquées par lun ou lautre pays.
Naurait-on pas pu commencer par un arbitrage au lieu de faire la guerre ? Poser la question ainsi, cest croire que le conflit avait vraiment pour objectif quelques zones frontalières. En fait lÉrythrée dIssayas a voulu instaurer un rapport de force économique avec sa monnaie, le Nakfa, pour masquer la dépendance de léconomie érythréenne par rapport à lÉthiopie. Lutilisation du port dAssab comme moyen de pression sur lÉthiopie et les démonstrations de force érythréennes sur la frontière en mai 1998 ont amené la suite car la situation avait échappé à tout contrôle. RW