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Analyse politique
Repères

Une brève analyse stratégique, pour suivre l'évolution et les enjeux des politiques régionales.

Résolution du conflit érythréo-éthiopien

Arbitrage de La Haye : Les deux pays se soumettent au jugement. Des tensions sont à prévoir.

La « Commission de la frontière Érythrée-Éthiopie » a rendu sa décision le 13 avril. Des points restent à préciser. La démarcation de la frontière sur le terrain n’ira pas sans tensions ni récriminations de part et d’autre. ["les Nouvelles d'Addis", Repères, 15 mai 2002]

 


ROBERT WIREN
 

Résolution du conflit érythréo-éthiopien, mai 2002. – La Commission internationale d’arbitrage qui a rendu son jugement à La Haye le 13 avril a défini une frontière qui s’impose maintenant aux deux pays après leur confrontation militaire entre mai 1998 et juin 2000. Mais en même temps, la démarcation de la frontière sur le terrain n’ira pas sans tensions ni récriminations de part et d’autre. On le voit déjà à propos de Badmé avec la vive réaction des Éthiopiens qui ont fermé la frontière fin avril pendant une semaine aux mouvements de la force de paix des Nations-Unies. La mission onusienne avait transporté des journalistes d’Asmara à Badmé comme si cette bourgade était en Érythrée. Les casques bleus n’avaient pas consulté les Éthiopiens qui administrent depuis longtemps cette localité et la revendiquent.

Le travail des arbitres n’a pas été facile. Ils devaient identifier une ligne frontalière déterminée en principe par l’Éthiopie et l’Italie dans les traités de 1900, 1902 et 1908. À l’époque les zones en question étaient mal connues, en particulier le cours des rivières servant de limite était approximatif sur les cartes et souvent on ne distinguait pas le lit principal des lits secondaires qui se déplacent selon les crues. Dans certaines zones, la Commission a dû trancher en tenant compte de réalités constatées postérieurement à ces traités : activités administratives, courriers diplomatiques, cartes, etc., réalités citées par l’une des parties ou par les deux à l’appui d’une revendication territoriale. Si la décision proprement dite tient en deux pages, le document d’arbitrage en comporte 135 au total, consacrées à l’analyse des traités et aux commentaires de cartes anciennes qui ne sont souvent que des croquis sommaires ou qui ne sont pas fiables. Ainsi la carte produite par l’Érythrée pour illustrer le traité de 1900 a en fait été réalisée par les Italiens en 1906 avec des modifications en leur faveur, modifications que les Éthiopiens n’ont malencontreusement pas dénoncées de suite. Les documents cartographiques actuels de la Commission sont à l’échelle de 1.000.000ème, sauf pour le secteur central qui est au 360.000ème avec une carte au 50.000ème pour deux zones plus réduites. Une carte définitive au 25.000ème doit être établie secteur par secteur. Ce qui implique un travail minutieux sur le terrain une fois le déminage achevé.

Dans un premier temps, à Addis-Abeba comme à Asmara, on a crié victoire car il fallait bien justifier les vies humaines sacrifiées. En fait, prudemment la Commission n’a cité que quelques noms de localités avec le pays de rattachement et le jugement d’ensemble paraît équilibré. La dispute concernait des zones très dissemblables et il est évidemment plus facile de trancher lorsqu’une zone est presque vide d’habitants. Un expert international des frontières, Martin Pratt (International Boundaries Research Unit) présente le dossier ainsi (nous résumons) :

Pour le secteur occidental [lire Le casse-tête de Badmé], les revendications maximalistes éthiopiennes, un grand triangle situé à l’ouest de la ligne tracée par l’Érythrée, n’ont pas été reconnues. Au centre, les choses sont plus complexes. La densité de population, le mélange de villages, majoritairement de langue Tigrigna, mais s’identifiant parfois à un pays, parfois à l’autre, ont justifié aux yeux de la Commission des ajustements par rapport aux textes de 1900. Ainsi la ville de Zala-Anbessa et les zones méridionales et orientales de l’Irob sont reconnues éthiopiennes tandis que Tserona et Fort Cadorna sont en Érythrée. Dans la zone orientale où la frontière est censée être parallèle à 60 km de la côte, les arbitres ont défini une ligne qui partage à peu près également les zones revendiquées par l’un ou l’autre pays.

N’aurait-on pas pu commencer par un arbitrage au lieu de faire la guerre ? Poser la question ainsi, c’est croire que le conflit avait vraiment pour objectif quelques zones frontalières. En fait l’Érythrée d’Issayas a voulu instaurer un rapport de force économique avec sa monnaie, le Nakfa, pour masquer la dépendance de l’économie érythréenne par rapport à l’Éthiopie. L’utilisation du port d’Assab comme moyen de pression sur l’Éthiopie et les démonstrations de force érythréennes sur la frontière en mai 1998 ont amené la suite car la situation avait échappé à tout contrôle. – RW

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