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Analyse politique

Repères
Une brève analyse des faits par un journaliste des "Nouvelles d'Addis".
Pour suivre l'évolution et les enjeux des politiques régionales.

Un conflit interne mine le pays depuis 1983.

Au Soudan la guerre ne veut pas mourir. Pourtant la paix a peut-être ses chances

Moins d'une semaine après la signature du protocole de Machakos (Kenya), des combats très violents auraient eu lieu dans la province du Haut-Nil. ["Les nouvelles d'Addis", Repères, 5 août 2002]


ROBERT WIREN

Khartoum, début août 2002. – Une hirondelle ne fait pas le printemps, ce dicton français peut se traduire au Soudan par : un accord ne fait pas la paix. Moins d'une semaine après la signature du protocole de Machakos (Kenya), des combats très violents auraient eu lieu près de la ville de Tam, dans la province du Haut-Nil. Un porte-parole des forces rebelles, Samson Kwaje, a accusé les forces gouvernementales d'avoir lancé une attaque le vendredi 26 juillet contre les positions de la SPLA en utilisant des bombardiers Antonov et des hélicoptères. Le chargé d'affaires soudanais à Nairobi, Ahmed Dirdeiry, a réfuté cette déclaration. Pour lui, de telles informations sont le produit de l'imagination d'un individu. Une façon comme une autre de répondre sans mettre en cause le dirigeant rebelle John Garang qui serrait la main du président Omar al-Béchir quelques jours auparavant à Kampala (Ouganda).

Doit-on s'étonner de voir des négociations dont l'objectif est la paix, se dérouler alors que les combats continuent ? Il ne faut pas être naïf. Les dirigeants de chaque camp désirent certainement ouvrir un nouveau chapitre de l'histoire mouvementé du Soudan indépendant mais les contacts politiques passés et à venir ainsi que les accords intérimaires n'empêchent pas les responsables militaires de poursuivre leurs actions pour tenir les meilleures positions possibles le jour où il faudra faire taire les armes. Évidemment pendant qu'on parle d'espoir de paix dans les chancelleries et dans les salles de conférence climatisées, les populations civiles du sud continuent à souffrir et souvent à mourir à cause de la guerre et des pénuries alimentaires, ces dernières entraînant en plus des problèmes sanitaires. Selon Norwegian Peoples's Aid, un organisme humanitaire, les récents combats ont été très violents et des milliers de civils ont fui vers des régions voisines.

Le représentant soudanais au Kénya a quand même admis qu'il se passait quelque chose dans le Haut-Nil en parlant de « quelques combats interclaniques ». Du côté sudiste, M. Kwaje, tout en évoquant un millier de tués à cause de l'offensive gouvernementale, n'a pourtant pas été pessimiste pour l'avenir des négociations. Selon lui, le protocole du 20 juillet est un accord-cadre et le cessez-le-feu sera le dernier point à être discuté lorsque tous les sujets politiques auront trouvé une solution.

Les observateurs extérieurs ne semblent pas non plus inquiets pour le processus de paix au Soudan. Pour certains d'entre eux, le fait que les États-Unis s'impliquent fortement semble être une garantie pour la réussite des négociations. Cette pression américaine sur les parties en présence est le fait nouveau dans l'interminable guerre intersoudanaise. Et peut-être vaut-il mieux un cessez-le-feu tardif mais solide parce que des réponses ont été apportées à tous les points litigieux, plutôt qu'une suspension hypocrite des combats suivie de négociations sous la menace permanente d'un chantage des extrêmistes de chaque camp. – RW


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