Alors que le marché mondial du café est en crise, l'Organisation internationale du café se réunissait à Londres du 24 au 27 septembre. A Addis-Abeba, devant une conférence internationale sur le café organisée par Oxfam (une ONG britannique), le Premier ministre éthiopien, Mélès Zénawi, a dénoncé le fait que les producteurs éthiopiens soient poussés à arracher leurs caféiers pour produire du khat à la place.
L'Éthiopie voit les revenus du café amputés de 62%
Rien n'illustre mieux la notion de commerce inéquitable que les cours du café sur le marché mondial. Les prix accordés aux producteurs des pays pauvres sont en baisse constante alors qu'ils restent stables pour les consommateurs des pays riches. Pour l'Éthiopie, troisième producteur et exportateur africain (après la Côte d'Ivoire et l'Ouganda), les chiffres sont implacables : en 1997/98 120.000 tonnes de café exportés rapportaient 420 millions $US, en 2001/02 139.000 tonnes ne rapportent plus que 158,6 millions $US, soit une perte de plus de 261 millions $US pour un volume supérieur, selon les chiffres cités par l'hebdomadaire éthiopien Reporter.
L'agriculteur éthiopien reçoit actuellement en moyenne 24 cents pour une livre de café que le consommateur américain ou européen paie 3,60 $US. Les prix n'ont jamais été si faibles depuis 30 ans. Depuis 4 ans les cours ont baissé de 70%. Afin d'aider les exportations, les autorités éthiopiennes ont dû renoncer à des recettes fiscales. Un droit de 5% à l'exportation et une taxe de vente de 5% due par les intermédiaires qui achètent au planteur ont été annulés.
Quatre multinationales pèsent sur le marché du café
L'organisation non-gouvernementale britannique Oxfam accuse les multinationales de l'industrie agroalimentaire de faire d'énormes profits sur le dos d'au moins 25 millions de paysans du sud qui ne peuvent plus vivre de leur travail. Parmi les accusés, les groupes Kraft, Sara Lee, Procter & Gamble et Nestlé, qui font des marges de 17 à 24% sur leurs ventes de café. A eux seuls ces "quatre grands" achètent près de la moitié de la récolte mondiale et sont donc en mesure de peser sur des cours déjà déprimés par la surproduction depuis quelques années. Oxfam estime qu'il y a 8% de production annuelle en trop par rapport à la demande mondiale et l'ONG a lancé une campagne surnommée "Plan de secours pour le café" qui demande aux dirigeants politiques et économiques de prendre des mesures immédiates comme la destruction des stocks et de garantir des prix équitables aux producteurs.
Des prix de vente inférieurs aux coûts de production
Cette campagne survient alors que l'Organisation internationale du café (OIC) devait examiner les moyens de faire face à la crise actuelle. Celle-ci est grave et elle a provoqué l'appauvrissement des paysans qui constatent que les coûts de production sont supérieurs au prix de vente. Pas étonnant dans ces conditions que des producteurs de café arrachent leurs caféiers pour produire de la coca en Amérique latine ou du khat en Éthiopie.
La crise est profonde, elle n'est pas récente et elle n'est d'ailleurs pas limitée à la production caféière. Dès 1962, René Dumont dénonçait entre autres les ravages de l'échange inégal dans son livre L'Afrique est mal partie. Mais en ce qui concerne plus spécifiquement le marché du café, une crise de surproduction survenue il y a une trentaine d'année aurait déjà dû provoquer des mesures d'assainissement et de sauvegarde du marché. Il était notamment conseillé aux pays producteurs de café de diversifier leurs sources de revenus. Mais des gelées destructrices au Brésil avaient réduit l'offre. Du coup aucune mesure ne fut prise, la remontée rapide des cours ayant provoqué une reprise de la production. En outre dans les années 90, de nouveaux pays se sont lancés dans le production de café comme le Vietnam qui en quelques années est devenu le second exportateur mondial en produisant des cafés de qualité très moyenne vendus à prix cassés.
Diminuer les productions médiocres et promouvoir la qualité
Les mesures préconisées par Oxfam pourraient certes aboutir à une remontée des cours si les pays producteurs décident de ne plus se faire une concurrence sauvage. Mais l'avenir réside aussi dans une autre approche du marché en privilégiant le café de qualité car le goût des consommateurs dans les pays du nord a évolué. En témoigne le développement de chaînes de dégustation de cafés haut de gamme comme la société Starbucks. Et là, le café éthiopien peut trouver un créneau qui jusqu'à présent a été trop peu exploîté. S'il est reconnu des connaisseurs exigeants, l'arabica produit dans les différentes régions d'Éthiopie n'a pas acquis une notoriété suffisante dans le grand public à l'égal de certains crus d'Amérique centrale. Il y a donc un gros effort de promotion à faire. Par exemple le Kenya dépense de 3 à 5 millions $US annuellement pour promouvoir son café alors que le budget alloué à l'Office gouvernemental éthiopien (Coffee and Tea Development Authority) n'est que de 1 million $US. Il faudrait aussi que la part du café lavé dans les exportations éthiopiennes soit plus importante. Elle ne dépasse guère 25% du total actuellement. Le Kenya parvient à un taux de 90%. Or la tonne de café lavé reçoit un bonus qui varie de 300 à 800 $US.
Autre atout que le café éthiopien peut valoriser : la plupart des planteurs n'utilisent pas d'engrais chimiques, ni d'herbicides. Il pourrait donc être payé plus cher sur le marché du café biologique. Un programme de certification a été lancé. On espère disposer de 5.000 tonnes de café bio éthiopien en juin 2003 alors que la production mondiale ne dépasse pas 20.000 tonnes actuellement. Mais pour certifier quelques centaines de fermiers il faut dépenser plus de 2 millions $US sur trois ans.
Dans le domaine de la valorisation des cafés de qualité, une initiative intéressante regroupe des producteurs de six pays (Kenya, Ouganda, Tanzanie, Éthiopie, Rwanda et Burundi). L'Association des cafés de qualité est-africaine (Eastern Africa Fine Coffe Association) compte encourager la production de grands cafés et promouvoir la création d'appellations d'origine contrôlées, un peu sur le modèle des vins français. RW