Commentaire autour de l'article d'Isabel Intelligence
16 décembre 2002. Je voudrais réagir à larticle de Isabel Intelligence concernant laffaire Borel. Djibouti, comme elle le dit, est un endroit extrêmement stratégique pour quelquun qui veut contrôler la mer Rouge, le Proche-Orient et les routes entre loccident et lorient lointain. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, cest la raison principale pour laquelle le territoire de Djibouti a été créé à lépoque par les Français et quils y sont restés depuis lindépendance.
Israël, par lentremise de lAmérique, a intérêt ce que ce contrôle si vital pour sa survie reste entre ses mains. Or, la présence française et son influence sur le vieux Gouled empêchaient cette main-mise et favorisaient lapproche de Djibouti vers les pays arabes, avec en tête les Saoudiens, qui ne se privaient pas dans leur effort de disséminer le wahhabisme, qui par ailleurs avait du mal à prendre. Dans cet effort, les Saoudiens et la France versaient des tonnes dargent afin de maintenir les régimes successifs de Djibouti, de les garder bien dépendants de leur bienveillance et de rester dans leur sillage.
Malheureusement (ou heureusement, dépendamment de votre bord), les choses ont changé et pas nécessairement au bénéfice de la France et des pays arabes. La France et ses amis ont failli à saisir et interpréter un certain nombre de signaux avant-coureurs, qui indiquaient lair du temps.
1) Ismaël Omar Guelleh, contrairement à Gouled, est plus cosmopolite. Il a une éducation de base plus formelle, une connaissance de la région plus complète et un brin de nationalisme somali incompatible avec une main-mise arabe et française. Là où lignorance et son époque limitaient Gouled à voir la France comme la réponse à tous ses défis, Ismaël Omar, lui, est de cette nouvelle génération ouverte au monde. De son côté éthiopien, Ismaël Omar a retenu une ouverture au monde anglo-saxon (dont il parle dailleurs la langue avec aise) et il a hâte daligner Djibouti sur le monde, sur ce monde anglo-saxon qui domine la région.
2) Le deuxième fait qui aurait dû mettre la puce à loreille des Français, est la nature même de leur présence à Djibouti. Les Français comme leur culture à Djibouti, c'est une aberration. Ce qui devait arriver tôt ou tard est peut être en train darriver. La culture et la langue française ont maintenu Djibouti dans un isolement régional. Cette barrière culturelle est une contradiction avec la nature nomade des peuples et lintégration économique et politique de la région. Avec Ismaël Omar, cet ostracisme involontaire est devenu saillant et donc le force à chercher remède. Doù lentrée en force des Américains. Dans la même continuité, ce remède passe par une diminution de linfluence et de la culture de la France. Comme me disait un ami qui est revenu de Djibouti récemment : « Les Français et leurs militaires ne sont pas les seuls à avoir le monopole du pouvoir dachat à Djibouti... En plus, nous nous sentons plus proches de ces Américains à la peau débène comme la nôtre
Finie, la ville dans la ville, que les Français avaient à la base aérienne : ces Texans viennent dépenser leur argent dans la ville
»
3) Un troisième élément est lattraction pour les Américains de cette société multiculturelle avec une mosaïque de peuples et de confessions qui a si bien intégré la présence française. Les Américains misent sur cet aspect de la région.
4) Enfin, une mondialisation de la culture et de la technologie anglo-saxonne ainsi que lémigration de milliers de Djiboutiens vers ces mêmes pays a changé la donne. Soudainement, la France nest pas ce phare brillant au milieu de la nuit mais un lampadaire parmi dautres et dans certain cas même une bougie à côté dautres phares. Cette ouverture et ces influences amènent les nouvelles générations à se poser des questions et surtout à remettre en question.
Les Français ont failli à saisir tous ces signes avant-coureurs. Je ne suis pas si sûr de connaître la réponse mais mon instinct me dit quils ont été victimes de leur ego.
En ce qui concerne laffaire Borel et cette charge médiatique à coïncidence presque providentielle, vue la main-mise du lobby pro-israélien sur la presse et les institutions françaises, et la relation de ce même lobby avec le Mossad en Israël, il ne serait pas farfelu dêtre en accord avec la conclusion dIsabel Intelligence. AI