25 décembre 2002. Si les informations recueillies par Les nouvelles dAddis sont exactes (et, malheureusement pour Djibouti, il y a tout lieu de penser quelles le sont), cest un véritable hold-up électoral que prépare le pouvoir djiboutien, sous le regard éteint de la communauté internationale, tellement occupée à combattre le terrorisme quelle est incapable dagir sur ses principales causes (le non-droit, par exemple).
LUnion européenne, la France, les États-Unis et les organisations régionales devraient peut-être sintéresser à léventualité dune dangereuse manipulation ; les agences onusiennes, les ONG présentes sur le terrain et la presse internationale aussi. Sinon, il ne faudra pas sétonner de voir le désespoir à luvre, un jour ou lautre.
ÉLECTEURS FICTIFS EN TRÈS GRAND NOMBRE ? Selon les listes électorales arrêtées le 30 avril 2002, le ministère de lIntérieur et de la Décentralisation avait annoncé 38.000 nouveaux électeurs inscrits (La Nation, 18/11/2002). Ce chiffre, qualifé de « surprenant » par lopposition (Le Renouveau, 19/12/2002), sappuyant sur lévolution du corps électoral depuis 1992 (20.166 nouveaux inscrits, sur quatre scrutins, entre 1992 et 1999), a été revu à la baisse.
Après avoir été saisies, les autorités ont déclaré, via le ministère de lIntérieur et de la Décentralisation, quil ny aurait en fait « que 8.000 nouveaux électeurs », ce qui, selon lopposition, serait encore très surdimensionné. Daprès cette dernière, certaines inscriptions seraient multiples ; ou lidentité de linscrit ne correspondrait à aucun registre détat-civil
LISTES ÉLECTORABLES INTERDITES DE CONSULTATION ? Comment vérifier cette question délecteurs fictifs ou non, alors que personne na accès aux listes électorales : ni les partis dopposition, ni les simples citoyens. Si la vérification préalable des listes ne peut avoir lieu avant le jour du scrutin, il semble impossible den assurer le sérieux.
PAS DE PRÊT BANCAIRE POUR LES CANDIDATS DOPPOSITION ? La caution exigée des candidats est forte : 500.000 FDJ par candidat (env. 2.700 EUR), soit un total pour la liste de 32.500.000 FDJ (env. 180.000 EUR). Traditionnellement, les banques prêtaient la somme et se voyaient remboursées (capital + intérêts) lorsque la caution était rendue par le Trésor public. Nouveauté à l'occasion de ce scrutin : « Les banques ont reçu pour consigne de ne pas prêter le montant des cautions aux candidats dopposition » (cf. Ahmed Dini Ahmed) (1).
LA LISTE DOPPOSITION PUBLIÉE PAR LE GOUVERNEMENT EST DIFFÉRENTE DE CELLE DÉPOSÉE ? Dans ces conditions, certains candidats à la candidature sur la liste de lopposition ont souhaité se retirer, soit pour raison financière, soit par peur. De nouveaux candidats à la candidature se sont donc inscrits sur la liste dopposition en remplacement des défections. Mais la liste définitive a été refusée par le gouvernement, en toute illégalité semble-t-il, puisque rien navait été officiellement publié. Ainsi, la liste officielle des candidats de lopposition, telle quelle figure sur le « récépissé définitif » (ADI, 24/12/2002, 20h35 GMT), nest pas celle déposée par lopposition. Un recours juridique a été présenté devant le Conseil constitutionnel.
À suivre.
UN NEVEU DE LANCIEN PRÉSIDENT INTERDIT DÉLECTION ? Parmi les nouveaux venus sur la liste dopposition, une personnalité importante se verrait donc interdite de candidature. Il sagit de Hussein Idriss Gouled, propre neveu de Hassan Gouled Aptidon et ancien chef de section du parti de lactuel président (RPP). Hussein Idriss Aptidon a démissionné du RPP le 11 décembre. Son assise personnelle et familiale en fait un candidat dangereux pour le pouvoir, doù cette tentative de lexclure de la compétition.
Il est soutenu par sa sur, Habiba Idriss Gouled, épouse de lancien ministre de lÉducation nationale, Ahmed Guirreh Waberi, qui lui-même a démissionné du RPP le 16 décembre, pour « fonder un nouveau mouvement politique ».
On note aussi une vague de démissions dans les rangs du Frud-rallié (en 1994), membre de la coalition gouvernementale.
RÔLE DE LAUTORITÉ DE CONTRÔLE ? La Commission électorale nationale indépendante (Céni), dont une des attributions était de contrôler la révision des listes électorales, nest opérationnelle que depuis le 15 décembre, date à laquelle son secrétariat administratif a prêté serment.
RÉTENTION D'UN FORT POURCENTAGE DE CARTES ÉLECTORALES ? De nombreux problèmes de distribution des cartes électorales ont été constatés. Elle a commencé le 15 décembre ; de nombreux élécteurs nont pas reçu leur carte, on leur dit daller voir dans un autre bureau, de revenir demain, etc. Selon M. Dini : « Le pouvoir a donné la consigne que 10 % seulement des cartes électorales soient distribuées, selon les échos réunis dans le milieu des fonctionnaires. »
Doù cette réflexion amusée de M. Dini : « Nous représentons le peuple sans cartes ; le pouvoir a les cartes sans le peuple ! »
Dans ce contexte plutôt morose, le vieux leader djiboutien se déclare « en pleine forme ». « Je suis toujours en forme quand il y a des combats à mener. »
À la question : « M. Dini, nauriez vous pas signé lAccord de concorde et de réforme civile (2) surtout pour faire la démonstration à la communauté internationale quil ny a rien à attendre du pouvoir ? », il répond aujourdhui : « Jai voulu agir par la voie légale et publique, pour être en mesure de démontrer ce qui nest pas légal. Nous agissons en ce sens en ce qui concerne les élections. Et soit nous gagnerons, soit nous ferons la démonstration que ce scrutin nétait pas démocratique. [
] Djibouti est un point focal dans la lutte contre le terrorisme. La communauté internationale doit constater que la genèse terroriste trouve sa justification dans le non-droit ; nous sommes dans ce cadre à Djibouti. » AL & CD
(1) Déclaration aux Nouvelles dAddis, soirée du 23/12/2002, par téléphone.
(2) Accord signé entre le Frud-armé et le président djiboutien, le 12 mai 2001, à Djibouti, mettant un terme à la lutte armée.