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Repères



Union pour la majorité
présidentielle

UMP, partis au gouvernement et partis ralliés

RPP
Rassemblement populaire pour le progrès (parti du président Ismaël Omar Guelleh).

FRUD
Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie, présidé par Ali Mohamed Daoud (issu du Frud-armé et rallié au pouvoir en 1994).

PND
Parti national démocratique, présidé par Aden Robleh Awaleh (ex-parti d’opposition).

PSD
Parti populaire social démocrate, présidé par Moumin Bahdon Farah.



Union pour l’alternance
démocratique

UAD, opposition unifiée)

ARD
Alliance républicaine pour la démocratie, créée le 4 octobre 2002 et présidée par Ahmed Dini Ahmed, ancien président du Frud-armé (opposition).

MRD
Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement, présidé par Daher Ahmed Farah, par ailleurs président du PRD, Parti du renouveau démocratique (opposition).

PDD
Parti djiboutien pour le développement, présidé par Mohamed Daoud Chehem.

UDJ
Union djiboutienne pour la démocratie et la justice, présidé par Ismaël Guedi Harred.



Pour tout savoir
sur les élections à Djibouti

Djibnet (portail djiboutien)
http://www.djibnet.com/

Les nouvelles d’Addis (journal régional)
http://www.lesnouvelles.org/

Agence djiboutienne d’informations (ADI, gouvernementale)
http://www.adi.dj/

La Nation (gouvernementale)
http://www.lanation.dj

Observatoire de la situation des droits de l'homme à Djibouti (ARDHD, opposition)
http://www.ardhd.org

Gouvernement en exil de Djibouti (GED, opposition)
http://www.gouv-exil.org

Le Renouveau / Parti du renouveau démocratique (PRD, opposition)
http://www.prddedjibouti.org/

Parti national démocratique (PND, ex-opposition, rallié en 2002)
http://www.pnd-djibouti.org

Djibouti / Élections législatives, 10 janvier 2003

La dictature et la démocratie peuvent-elles cohabiter dans un même marigot ?

Pour comprendre les résultats de ces législatives, sachant que « le pouvoir ne se laissera pas surprendre, [que] les résultats sont presque connus » à la veille du scrutin, Ali Ibn Youssouf nous livre une analyse détaillée du contexte, du personnel et des forces politiques en présence. À lire d'urgence !



ALI IBN YOUSSOUF couleur

Jeudi 9 janvier 2003. – Pour la première fois depuis vingt-cinq ans, les élections législatives vont se dérouler à Djibouti, demain, 10 janvier 2003, après la proclamation du multipartisme intégral le 4 septembre 2002.
C’est certes une avancée, dans un pays qui vivait sous un régime de parti unique, de jure jusqu’en 1992 et de facto depuis dix ans. Mais sera-t-elle suffisante pour permettre des élections transparentes ? Trois facteurs semblent aller à l’encontre de l’enthousiasme ambiant.

Tous les leviers du pouvoir : militaire, administratif, sécuritaire, économique et social sont concentrés entre les mains du président Ismaël Omar Guelleh et du noyau de confiance qui l’entoure, recruté principalement parmi les membres de sa parentèle.

Les structures du pouvoir dictatorial sont intactes et n’ont subi aucune ride.

L’accord de paix signé le 12 mai 2001 avec Ahmed Dini n’a pas été respecté par la partie gouvernementale. Pourtant, le chef de l’État avait déclaré solennellement devant les représentants de la communauté internationale : « L’application sincère et effective constituera un rempart qui nous permettra, non seulement de renforcer et de consolider la cohésion et l’unité nationales, mais aussi de remédier à toutes les répétitions des causes qui ont été à l’origine de notre conflit. » (Rapporté par l’AFP, Djibouti, 12 mai 2001.)

Ce revirement d’Ismaël Omar Guelleh est sans doute lié à l’importance stratégique prise par Djibouti après le 11 septembre 2001. L’installation des 1.000 soldats d’élite américains et des 1.800 militaires allemands, prépositionnés dans le cadre de la lutte internationale contre les terroristes d’Al-Qaïda, ont donné à Ismaël Omar l’occasion d’une fuite en avant dans l’exclusivisme politique et clanique.

L’application de cet accord aurait au moins permis l’installation d’une commission nationale électorale indépendante du régime en place depuis vingt-cinq ans et une transparence au niveau des listes électorales. À défaut des refontes.

Enfin, le peu de temps dont ont disposé les forces d’opposition, autorisées à partir de septembre 2002, pour affronter le parti unique fort du soutien de tous les secteurs de l’État et de vingt-cinq ans d’existence, enlève toute crédibilité à ce scrutin.

En dépit de tous les handicaps, les partis d’opposition créés en toute hâte ont décidé de participer aux élections législatives. L’opposition essaie donc de jouer dans un cadre balisé par le pouvoir, n’obtenant ni la refonte des listes électorales, ni l’indépendance de la commission nationale électorale.
Seule une partie de l’opposition, – qui n’est pas très visible dans le pays, peut-être parce que clandestine, qui dispose d’une présence armée dans le nord et qui semble majoritaire dans la diaspora, – boycotte ce qu’elle appelle une « mascarade électorale ».

181.363 électeurs inscrits sont appelés le 10 janvier 2003 à renouveler les 65 membres de l’Assemblée nationale élus pour cinq ans, selon une dépêche AFP du 17 décembre 2002, signée par Khaled Haïdar, fonctionnaire djiboutien, correspondant de l’Agence France presse à Djibouti.

Il s’agit de la sixième législature depuis que Djibouti existe en tant qu’État indépendant. Ismaël Omar Guelleh s’inscrit dans la continuité du régime de 1977 et soutient contre vents et marées que les élections précédentes ont été démocratiques. L’opposition balaie d’un revers de main cette prétention. « La vérité, aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est que les Djiboutiens sont aujourd’hui moins libres sous l’indépendance que sous le colonialisme », a déclaré Omar Osman Rabeh dès le 28 juillet 1982. Cette affirmation est un coup de massue venant d’un héros de l’indépendance (condamné à perpétuité sous le colonialisme en 1969, accusé d’avoir participé à l’attentat contre Ali Aref Bourhan, vice-président du Conseil de gouvernement, Omar Osman Rabeh sera finalement échangé en 1975, contre l’ambassadeur de France en Somalie, pris en otage par des opposants djiboutiens).

Les listes électorales, sans lesquelles aucun scrutin digne de ce nom ne peut se dérouler, sont devenues plus mystérieuses que les fameuses preuves relatives aux armes de destruction massives de Saddam, dont disposeraient les Américains.
L’opposition n’a pas accès à ces listes électorales. Elle ne sait même pas qui fait partie des 181.363 électeurs. C’est là où le bât blesse, car depuis vingt-cinq ans, la question de la citoyenneté reste un des enjeux majeurs du conflit entre le pouvoir et l’opposition.

Les listes électorales ont été l’objet de manipulations grossières. C’était même assez cocasse lors des législatives de 1981 : la moitié des électeurs des districts d’Obock et de Tadjourah, qui ont “participé” à l’élection du Président Hassan Gouled, un an auparavant, en juin 1980, ont disparu dans le sable du désert. Ce qui a permis de réduire de moitié le nombre des députés de Tadjourah et d’Obock (passant respectivement de douze à six et de huit à quatre).
La ville de Djibouti subira des modifications plus importantes en nombre d’électeurs. Deux sous-clans Issas vont bénéficier de la plus forte augmentation du nombre d’électeurs : les Mamassan qui ont donné deux présidents et les Odahgob auxquels se rattachent les deux leaders de l’opposition qui viennent de rallier le pouvoir : Moumin Bahdon et Aden Robleh Awaleh.
Le premier, Idriss Ahmed Doudoub, maire de Djibouti, a été évincé en 1985 pour avoir octroyé massivement la nationalité aux membres de son sous-clan Odahgob. Il a été remplacé par un maire Mamassan, Saleh Hildid, qui n’hésite pas à faire de même pour son sous-clan. La guerre avec le Frud, en ouvrant le bénéfice de la citoyenneté à tous les soldats recrutés en Éthiopie et en Somalie, va faire désordre. Lors des élections présidentielles de 1999, pour faire face au mécontentement Issa et à la rébellion Afar, le pouvoir a inscrit les électeurs originaires du Somaliland auxquels on a promis en échange la reconnaissance diplomatique de leur pays. Une fois parvenu à la présidence, Guelleh a radié ces électeurs et combattu la reconnaissance du Somaliland.

C’est dans ces conditions que les partis d’opposition, réunis sous l’étiquette de l’Union pour l’alternance démocratique (UAD), affronteront la coalition suscitée par le chef de l’État, appelée Union pour la majorité présidentielle (UMP).
L’UMP comprend le parti unique, le Rassemblement populaire pour le progrès (RPP), une faction dissidente du Frud et deux formations dirigées par Moumin Bahdon (PPSD) et Aden Robleh Awaleh (PND), des membres fondateurs du RPP qui ont fait un séjour plus ou moins bref dans l’opposition.

Le RPP a été créé le 4 mars 1979, à Dikhil, avec un handicap congénital, composé essentiellement d’une partie de la population, les Issas, il n’échappait pas au clivage ethnique qui secouait tous les secteurs de l’État.
Le RPP n’a pu s’imposer que grâce à une répression musclée. Tous les autres mouvements seront bannis du paysage politique. Le Front pour la libération de la Côte des Somalis (FLCS) sera décapité ; le Mouvement populaire pour la libération (MPL) sera dissous en décembre 1977 ; le Parti populaire djiboutien (PPD) sera interdit en 1981. Le RPP sera l’instrument politique visible de l’exercice du pouvoir de Hassan Gouled et de son entourage. Il aura néanmoins une certaine existence réelle sous Gouled qui a eu l’intelligence de répartir ses prérogatives parmi ses différents lieutenants.

Le nouveau président Guelleh a une approche plus sécuritaire du pouvoir. Il se considère comme omniscient, ne délègue pratiquement aucune parcelle de pouvoir ; le rôle du parti est devenu plus protocolaire, c’est un appendice du fameux noyau de confiance. Certains caciques du parti unique s’en plaignent, comme Barkat Gourat, ancien Premier ministre, ou le secrétaire général du RPP, Mohamed Ali Sahel. Le président de l'annexe d'Ambouli qui est aussi le neveu de Hassan Gouled a rejoint l'opposition avec armes, bagages et trésor.

Le chef de l'État a mis en place d'autres réseaux qui encadrent la ville de Djibouti : une kyrielle d'associations de quartier, des ONG maison qui bénéficient des aides américaines européennes ou japonaises. Les associations des femmes complètent cet édifice, l'épouse de Monsieur Guelleh, Kadra Haid, est active dans ce domaine, essayant d'étendre son influence jusqu'en France. Elle commence à jouer un rôle dans les services de sécurité du pays. Il existe aussi des réseaux de commerçants qui sont obligés de devenir des auxiliaires d'IOG, les quelques rares commerçants qui résistent sont ruinés comme Ibrahim Abdi Kahin, le grand importateur de cigarettes.

L'allié principal du RPP depuis 1995 est la faction du Frud qui a signé l'accord de paix dit d'Ab'a. Il s'agit des dissidents du Frud parmi lesquels d'authentiques résistants à la dictature. Tout le monde admet aujourd'hui que l'accord d'Ab'a a sauvé politiquement le régime, mais n'a permis aucun changement, le pouvoir s'est même radicalisé, revenant sur quelques conquêtes démocratiques. Ce sont les membres du Frud qui ont été broyés au contact de la dictature, le fonctionnement de leur parti devait singer celui du RPP. Ils furent divisés, ridiculisés et marginalisés. Le président du Frud parti, Ali Mohamed Daoud, a eu la surprise d'apprendre son remplacement en tant que ministre par la radio en juin 2001. Il est quasiment inexistant dans cette campagne législative. Cinq membres de la direction ont démissionné. L'existence même de leur parti est en question pour l'avenir d'autant plus que le chef de l'État essaie de faire émerger une génération sans passé politique comme l'actuel Premier ministre, Dileita Mohamed Dileita, ou le ministre de la Coopération, Mahmoud Ali Haidar.

Deux personnalités politiques vont rejoindre la coalition présidentielle. Le PND (Parti national djiboutien) dirigé par Aden Robleh qui est dans l'opposition depuis 1986 ; il fut un opposant farouche au régime, mais il n'est plus que l'ombre de lui-même. C'est un homme affaibli, ruiné, épuisé par la dictature qui a rallié la mouvance présidentielle. La représentante du PND en France vient de démissionner pour protester contre ce ralliement.

Moumin Bahdon Farah a rejoint, avec son Parti populaire social démocrate (PPSD) créé en octobre 2002, le bercail. Il était secrétaire général du RPP jusqu'en 1996, date à laquelle il a été mis sur la touche en essayant de s'opposer à l'accession au pouvoir d'Ismaël Omar Guelleh (il animait le Groupe pour la démocratie et la république (GDR) avec son compagnon l'ancien ministre de la Défense, Ahmed Boulalé dit Gabayo). Connu pour ses excès de langage, il n'a pas supporté longtemps l'inconfort de l'opposition et a flanché dès que le rapport de force a penché du côté du régime, après l'accord de paix de 2001.

L'UAD comprend :

– L'Alliance républicaine pour le développement, dirigée par l'ancien président du Frud, Ahmed Dini ; certains cadres du Frud l'ont rejoint tandis que les responsables militaires ne l'ont pas suivi. Ali Mohamed Maki l'a critiqué ouvertement et Abdoulkader Adan, principal responsable militaire, a rejoint le maquis. L'ARD a reçu par contre le renfort de personnalités importantes comme Ahmed Youssouf et Ahmed Abdallah dit Dimis, tous deux anciens ministres ainsi que Mahdi Ahmed God et Adan Mohamed Abdo.

– Le Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRDD), dirigé par Daher Ahmed Farah dit DAF, est l'héritier du PRD créé par le regretté Mohamed Djama Elabé. DAF a essayé de maintenir cette structure malgré les pressions multiples et les emprisonnements.

– L'Union pour la justice et le développement (UJD) a été créée en octobre 2002 par Ismaël Gueddi, ancien directeur de Cabinet à la présidence et pilier du régime jusqu'en 1996. Il est considéré comme le véritable patron de l'administration djiboutienne. L'UJD est soutenue par des anciens hauts fonctionnaires comme Farah Ali Waberi, ancien directeur du Trésor, et Ali Méïdal Waiss, ancien chef d'Etat Major de l'Armée djiboutienne.

– Le Parti djiboutien pour le développement (PDD) créé en novembre 2002 par Mohamed Daoud Chehem, ancien directeur des Finances, sans grande expérience politique, mais il se caractérise par une opposition constante contre le régime. Il fut emprisonné à deux reprises à Gabode.

C'est la participation de Monsieur Ahmed Dini et de l'ARD issue en partie du Frud qui donne une certaine crédibilité à ce scrutin législatif. Ahmed Dini fut le responsable d'un mouvement armé et a conclu un accord de paix avec le pouvoir en place. C'est peut-être pour cette raison que les attaques gouvernementales sont concentrées contre la personne d'Ahmed Dini. Le jeune Premier ministre Monsieur Dileita, en charge de la campagne électorale, ne faisant pas le poids, Ali Aref Bourhan, ancien président du Conseil de gouvernement de l'époque coloniale a été appelé à la rescousse pour affronter Ahmed Dini. Ce dernier n'est jamais aussi à l'aise que dans l'adversité. À plus de 72 ans, Ahmed Dini livre peut-être son dernier combat politique. Certains diront un baroud d'honneur, mais il y a une qualité que même ces adversaires lui reconnaissent : sa combativité à toute épreuve. Tribun hors pair, il galvanise la foule et essaie de canaliser le mécontentement populaire qui est bien réel. S'il y avait transparence, l'opposition aurait sérieusement menacé les circonscriptions de Tadjourah et de Djibouti. Mais, comme on s'en doute, le pouvoir ne se laissera pas surprendre et les résultats sont presque connus, à moins que l'opposition djiboutienne soit capable de mobiliser la population pour conquérir ses droits fondamentaux.

En attendant, elle ferait bien de méditer ce proverbe berbère : « On ne doit pas confier au chat le soin de garder la viande. » – AIY

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