6 février 2003. Si lon en croit lUAD (Union pour lalternance démocratique), les anomalies électorales seraient légion et parfois grossières. Se référant à la Loi, aux décrets et arrêtés en vigueur, lopposition a méthodiquement relevé les infractions commises dans les bureaux de vote du pays et au niveau institutionnel.
La première dentre elles est létablissement et la transparence des listes électorales. LUAD affirme que ces listes ont été établies « sur mesure », à savoir que lUMP (Union pour la majorité présidentielle) aurait fait massivement enregistrer des électeurs susceptibles de voter pour elle. La Loi organique n° 1/AN/92 du 29 octobre 1992, relative aux élections, spécifie que « tout parti politique régulièrement constitué et tout candidat aux élections peut prendre communication et copie des listes électorales » ; lors des dernières élections législatives, les candidats de lopposition nont eu aucune possibilité de consultation préalable des listes et registres, ni a fortiori copie de ces documents. Ce qui laisse une large place au doute.
En outre, lUAD a relevé de graves dysfonctionnements dans la distribution des cartes délecteur. Alors que la Loi précise en son article 8 quune « carte délecteur doit être délivrée à tout électeur inscrit sur une liste électorale », il semblerait que nombre dentre eux, le jour du scrutin, naient pas reçu leur carte ; daprès les partis dopposition, il sagit de « rétention » des cartes. LUAD estime à 52 % les électeurs qui nont pu exercer leur droit de vote, soit une majorité du corps électoral. On se souvient quà lannonce des résultats officiels, certains parlaient dun fort taux dabstention. Ce qui était assez curieux pour les premières élections multipartites du pays. Ainsi, à Djibouti, 48,2 % des électeurs nauraient pas reçu leur carte, malgré leurs démarches et celles des partis dopposition auprès des autorités concernées, dont le ministère de lIntérieur. Alors que dautres, pourtant pourvus dune carte, se voyaient délivrer des ordonnances, ce qui leur permettait de voter plusieurs fois.
Autre cause de mécontentement de lUAD, la publication le 9 janvier 2003 (soit la veille du scrutin) dun décret présidentiel, modifiant les numéros des bureaux de vote. Alors que la Loi précise que « Le nombre et lemplacement des bureaux de vote sont déterminés par arrêté du président de la République, publié au Journal officiel et affiché au plus tard 14 jours avant louverture du scrutin. » Cette modification présidentielle de dernière minute concernait 42 bureaux de vote dans le district de Djibouti, soit 28.818 électeurs inscrits ou près dun tiers des inscrits dans la capitale. Lopposition estime que ces changements ont désorienté de nombreux électeurs qui ne savaient plus où aller voter.
Par ailleurs, dans les districts de province, les électeurs pouvaient aller voter dans le bureau de leur choix. Ce point avait dailleurs été relevé par les observateurs internationaux qui estimaient, dans leur communiqué final, que cette possibilité « est génératrice de difficultés et ne permet pas de procéder clairement au contrôle des opérations électorales ».
Dans certains districts, les opérations de vote étaient curieusement simplifiées. Ainsi, à Dikhil, le commissaire de la République, chef du district, aurait adressé une note écrite aux présidents des bureaux de vote leur demandant de faire voter, sans contrôle didentité, tout électeur se présentant avec une carte délecteur. Lopposition parle de bourrage massif des urnes dans plusieurs bureaux de ce district et demande une analyse des listes démargement sur lesquelles doivent figurer les empreintes du pouce gauche des électeurs. Daprès lUAD, certains électeurs ont dû utiliser leurs dix doigts pour que les empreintes démargement ne soient pas trop semblables !
À Tadjourah, les anomalies auraient été encore plus flagrantes : bureaux de vote déplacés (y compris au domicile privé dun militant de lUMP), bourrage des urnes, urnes déplacées par des militaires avant dépouillement
Il est à noter que le Conseil constitutionnel avait invalidé les résultats dun des bureaux du district de Tadjourah, celui de Kalaf. Un autre bureau a retenu lattention de lUAD, cest celui de Daffeynaïtou, dont lemplacement a été déplacé à Gawra et dont lurne, qui navait pas été dépouillée en présence des représentants de lUAD, a révélé un résultat pour le moins surprenant dans ce fief de lopposition : 1060 voix pour lUMP, 40 pour lUAD.
À Obock également les voix pour lUMP se seraient mystérieusement multipliées. Ainsi, au bureau dOrobor, il y aurait eu 70 votants constatés par les membres du bureau. Lurne a été déplacée avant le dépouillement et le résultat a donné : 550 suffrages exprimés, 470 pour lUMP et 80 pour lUAD
Et ce phénomène se serait produit dans près dune dizaine de bureaux du district. Sans compter le refus du président du bureau de vote de Ado-Daba de remettre leur carte délecteur à près de 500 personnes. Mais peut-être que ces cartes ont tout de même servi. Parfois les manipulations paraissent tellement énormes quon a du mal à y croire. Ainsi, certains résultats auraient été inversés, attribuant la majorité à lUMP. Dautres fois, on se serait contenté de rajouter 100 voix à lUMP ; tant quà faire, on aurait pu y mettre les formes et trouver des chiffres un peu moins visibles.
De plus, il semblerait que les partis dopposition aient été interdits daccès aux bureaux de vote des commissaires.
En fonction des éléments réunis, lUAD demande au Conseil constitutionnel lannulation des élections dans les districts de Djibouti, Ali-Sabieh et Dikhil et une infirmation et un changement pour les résultats des circonscriptions électorales de Tadjourah et Obock.
Quelle que soit la décision du Conseil constitutionnel, à lissue de lexamen de cette requête, on notera la maturité et la responsabilité de lopposition djiboutienne qui use de moyens juridiques et légaux pour faire valoir ses droits. Sous dautres cieux, pas si éloignés de Djibouti, on aurait pu assister à des formes de protestation beaucoup plus virulentes. Linsistance de Ahmed Dini Ahmed, tête de liste de lUAD, est pour beaucoup dans ce choix politique. Suivant en cela le principe légaliste quil avait adopté lors de la signature de lAccord de paix du 12 mai 2001, M. Dini semble vouloir apporter la preuve définitive que le pouvoir, non seulement na pas respecté ses engagements, mais quil ne respecte pas la Loi. Dautres voix se font entendre dans lopposition qui estiment quon leur a volé la victoire et que la loi ayant été violée, dautres actions sont nécessaires. À cet égard, il faut noter que dans certains districts, le mécontentement est tel quil suffirait dun rien pour que la situation dégénère. CD