20 mars 2003. En ouvrant le quotidien français Le Monde, mercredi 19 mars (édition datée du 20/03/2003), le lecteur ne pouvait être que frappé par la carte en couleur qui montre les pays de la coalition soutenant les États-Unis : l'Afrique est presque entièrement colorée de vert, c'est-à-dire hostile à une guerre sans mandat de l'ONU, seuls deux pays, l'Éthiopie et l'Érythrée sont en rouge, et feraient donc partie de la coalition des 30 pays, selon la liste publiée à Washington par le Département d'État, pour montrer que les États-Unis ne sont pas isolés dans leur guerre préventive.
La mention de l'Éthiopie et de l'Érythrée, au titre des soutiens, est-elle une initiative américaine unilatérale (une de plus ?), ou bien reflète-t-elle un changement d'attitude du gouvernement éthiopien? La question mérite d'être posée. Nous avons joint les ambassades d'Éthiopie et d'Érythrée à Paris, aucune déclaration précise n'a été communiquée à ce sujet. Dans une dépêche, le service d'information des Nations-Unies en Afrique a précisé, le 19 mars, qu'il n'y avait pas eu de commentaire public de la part des deux pays africains et que leur rôle dans la coalition n'était pas clair. On peut donc supposer que Washington a placé ces pays dans son camp parce qu'ils laisseront survoler leur territoire par l'aviation américaine. En effet, il s'agit d'un des critères d'appartenance à la coalition, d'après les déclarations américaines. Cependant, à ce compte-là, la France et l'Allemagne seraient donc également enrôlées, puisqu'elles ne refusent pas l'accès de leur espace aérien aux appareils de l'US Air Force !
Le porte-parole du Département d'État américain a précisé que le critère fondamental pour figurer sur la liste des pays coalisés, est le souhait des pays « d'être publiquement associés à l'idée que l'Iraq doit être désarmé maintenant, sans nécessairement fournir une aide quelconque à l'effort de guerre américain. »
En l'absence de déclarations officielles récentes de l'Éthiopie et de l'Érythrée, on ne peut que se référer aux déclarations sur l'Iraq adoptées, d'une part par les chefs d'État africains, à Addis-Abeba, le 3 février 2003, lors du sommet de l'Union africaine et, d'autre part, lors du XXIIème Sommet des chefs d'État d'Afrique et de France, à Paris, le 21 février 2003, auquel participaient Mélès Zénawi et Issayas Afeworki.
À Paris il n'y eut pas de vote, mais on considérait que la déclaration avait été faite à l'unanimité.
Tous les pays africains, sauf la Somalie, étaient présents ; et le secrétaire-général de l'ONU, Kofi Annan, avait assisté à l'ensemble des travaux, ce qui avait soulevé les critiques de Londres et de Washington. On peut donc dire que l'Éthiopie et l'Érythrée étaient solidaires de la position unanime de l'Afrique.
Seul le président rwandais, Kagamé, avait alors exprimé ses réserves sur la procédure.
Rappelons aussi la déclaration de Mélès Zénawi, Premier ministre d'Éthiopie, faite aux Nouvelles d'Addis, le 23 janvier, à Addis-Abeba : « Si tout se déroule normalement, nous espérons qu'il n'y aura pas de guerre. Si la guerre devait avoir lieu, j'espère que la décision sera prise au sein de l'ONU. Notre espoir est que ce problème soit résolu sans guerre. »
Le fait d'avoir été enrôlées dans la "coalition" pro-américaine aux côtés de leur frère ennemi risque de mettre l'Éthiopie et l'Érythrée chacune dans l'embarras.
Concernant l'Éthiopie, par ailleurs actuellement impliquée dans la lutte "anti-terroriste" à sa frontière somalienne : soit elle proteste, ce qui sera mal ressenti à Washington, décideur important en ce qui concerne l'aide internationale régionale ; soit elle confirme son adhésion à la coalition, auquel cas le pays qui accueille le siège de l'Union africaine adopterait une position contraire à celle du reste du continent. Et ceci au moment où l'Éthiopie semble faire des difficultés, pour accepter l'arbitrage du Tribunal international de La Haye, en ce qui concerne la ville de Badmé. Or cet arbitrage doit être accepté par les deux parties.
Quoi qu'il en soit, un pays de moindre puissance a-t-il la possibilité de n'accepter que les actions ou décisions de la communauté internationale qui l'arrangent ? RW
Addis-Abeba ouvre son espace aérien aux militaires américains. [Deutsche Welle, 21/03/2003] LÉthiopie a ouvert son espace aérien aux avions militaires américains. Des avions qui seront également autorisés à atterrir sur les aéroports éthiopiens.
LÉthiopie membre de la coalition anti-irakienne. [Voix de lAmérique, 24/03/2003] Certains pays africains voient la situation dun autre il. Cest le cas de lÉthiopie, pays cité par les autorités américaines comme faisant partie de la coalition anti-irakienne. Lambassadeur de lÉthiopie auprès des Nations-Unies, M. Abdul Mejid Hussein, explique que lattitude de son pays est dictée par lhistoire. Cela remonte aux années 30, date à laquelle les fascistes italiens ont envahi notre pays sur ordre de Mussolini. A lépoque, dit lambassadeur Hussein, la Société des nations navait pas réagit. Ce fâcheux précédent nous amène à privilégier la sécurité collective. Cest pourquoi, dit il, nous avons répondu positivement à la requête faite par Washington et ses alliés quand ils ont demandé à pouvoir survoler notre territoire et à stationner des troupes. Abdul Mejid Hussein dit que son pays ne se sent pas moins solidaire de la position définie par lUnion-Africaine pour autant.