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Djibouti / Politique / Opposition
Après le dernier hold-up électoral, la politique a marqué un tournant à Djibouti L'opposition paraît déterminée à transformer la mobilisation électorale en une dynamique de fond. Ce changement dattitude nest pas sans inquiéter le président Ismaël Omar Guelleh. Les chancelleries occidentales reçoivent régulièrement les dirigeants de lopposition ; elles semblent suivre la situation avec un intérêt accru. Lexemple de lambassade américaine est à cet égard éloquent.
A Djibouti, les premières élections législatives multipartites, intervenues dans le cadre du multipartisme intégral entré en vigueur le 4 septembre 2002, se sont déroulées le 10 janvier 2003. Elles mettaient aux prises lUnion pour lalternance démocratique (UAD), coalition regroupant les quatres partis dopposition [ARD, MRD, PDD, UDJ (1)], avec lUnion pour la majorité présidentielle (UMP) composée du RPP au pouvoir et de ses ralliés [FRUD, PND, PSD (2)]. Ces élections nont pas dérogé à la tradition du hold-up électoral instaurée par le pouvoir en place dès les premières législatives dites pluralistes du 18 décembre 1992, élections qui ont, alors, opposé le Parti du renouveau démocratique (PRD) de feu Mohamed Djama Elabeh au Rassemblement populaire pour le progrès (RPP), parti unique au pouvoir depuis lindépendance de 1977. Comme en ce 18 décembre 1992 donc, ou à la présidentielle du 7 mai 1993, ou encore à celle du 9 avril 1999 (les pseudo-législatives du 19 décembre 1997 ayant été boycottées par lopposition, à lexception du Parti national démocratique de monsieur Aden Robleh Awaleh qui briguait les six sièges du district dAli-Sabieh), une fraude massive, et souvent musclée dans les régions de lIntérieur, a gravement entaché la consultation du 10 janvier 2003. La fraude a été perpétrée avant, pendant et après le scrutin. Cest donc la pratique du hold-up éhonté qui a encore présidé au renouvellement de lAssemblée monocolore du pouvoir en place. Lanalyse par secteur géographique (notamment par arrondissement) des résultats reconnus à lUAD, particulièrement dans la capitale et ses dépendances, ne témoigne pas du contraire. Mais cest après le 10 janvier 2003 que le grand changement se révèle. Il est, encore une fois, le fait de lopposition qui manifeste une bien plus grande combativité que dordinaire et nentend pas laisser retomber le spectaculaire élan populaire quelle a su susciter. Elle multiplie réunions publiques et contacts de proximité, use de cassettes audio (à défaut daccès à la Radio-télévision de Djibouti sous contrôle gouvernemental) et prépare ainsi de décisives actions de masse. Clairement, elle apparaît déterminée à transformer la mobilisation électorale en une dynamique de fond de nature à débloquer la situation figée de la petite République de Djibouti. Les chancelleries occidentales, pour leur part, semblent mieux saisir la situation et la suivent avec un intérêt accru. Aussi reçoivent-elles régulièrement les dirigeants de lopposition. Lexemple de lambassade américaine est à cet égard éloquent : elle se montre nettement plus attentive quà laccoutumée du cours des choses pour ne pas être prise au dépourvu par une subite déferlante événementielle sous le ciel faussement serein du pays des pasteurs à la semelle de vent. Il faut dire que de nos jours les États-Unis ont des intérêts stratégiques évidents à préserver avec leur présence militaire, la lutte anti-terroriste et leur volonté perceptible dun plus grand engagement dans cette partie du monde. Avec une corruption endémique, un verrouillage politique dun autre âge (jamais lopposition na pu entrer à lassemblée malgré sa poids et la décentralisation nest toujours pas à lordre du jour), une jeunesse livrée à elle-même et une misère sociale généralisée, tous les ingrédients sont réunis ici pour des lendemains électoraux troublés. Au minuscule "havre de paix" de la corne dAfrique, les Occidentaux risquent fort, à moins dune pression préventive devérrouillante sur le président Ismael Omar Guelleh, de se réveiller dans la tourmente un jour peu lointain. HA
(2) Union pour la majorité présidentielle |
Autour des élections législatives 2003 à Djibouti
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