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Somaliland / Politiques / Institutions

L'élection hésitante du président Dahir Rayale Kahin met-elle en péril le consensus somalilandais ?

Dans cette élection présidentielle balbutiante (80 voix d'écart), les électeurs du Somaliland n'ont pas voulu départager clairement deux "offres" politiques très différentes. Si elle se tendait, la situation actuelle pourrait remettre en cause le fragile équilibre politique qui prévalait ces dernières années. Il serait en effet illusoire de croire que les querelles claniques ont disparu de ce petit pays ; par ailleurs, Djibouti et certains pays arabes ne voient pas d'un bon œil son indépendance.

Membre de la rédaction des Nouvelles d'Addis, Robert Wiren, qui a rencontré Dahir Rayale Kahin, président en transition, en décembre 2002, revient sur les leçons de cette élection… "pour quelques voix de plus".

 


ROBERT WIREN
 

Ahmed Dini Ahmed, ancien Premier ministre de Djibouti. Portrait par Les nouvelles d'Addis
Dahir Rayale Kahin, décembre 2002

24 avril 2003. – Au Somaliland la première élection présidentielle au suffrage universel, qui s'était déroulée dans le calme le 14 avril , ouvrira peut-être une période plus agitée avec le refus du principal parti d'opposition de reconnaître les résultatsdu scrutin.
Il n'y a que 80 voix d'écart entre les deux premiers candidats, sur près d'un demi millions de suffrages exprimés. Le président sortant, Dahir Rayale Kahin (parti UDUB, Unité des démocrates) a été déclaré élu par la Commission nationale électorale mais le candidat arrivé juste derrière lui, Ahmad Mohamed Silanyo, dirigeant du parti d'opposition Kulmiye (Solidarité), a accusé son adversaire d'avoir utilisé son pouvoir pour truquer le vote et autoriser des résidents de Djibouti à venir voter. Cependant un responsable du parti Kulmiye, qui veut rester anonyme, s'est révélé moins affirmatif en déclarant : « Nous ne contestons pas la façon dont le scrutin a été organisé. Nous contestons le comptage. »

Un membre de la Commission électorale, Ahmad Adan Ali Godir, a déclaré que les élections ont été libres et loyales : « Tous les partis avaient des représentants dans les bureaux de comptage pour signer chaque résultat, de sorte qu'il n'y ait pas de fraude. » Des observateurs étrangers étaient présents et, d'après l'équipe sud-africaine, le processus électoral a été pacifique, ordonné et transparent.
Comme il en a le droit, le parti Kulmiye va adresser une réclamation à la Haute Cour.
Les résultats annoncés accordent 205.595 voix à Rayale, 205.515 à Silanyo et 77.433 au troisième candidat, Faysal Ali Warabe (parti UCID, Justice et rétablissement).

Depuis 1991, après avoir repris de facto son indépendance à l'issue de la guerre civile qui s'est achevée par le départ du dictateur Siad Barré, le Somaliland s'est attaché à reconstruire un État de façon pragmatique, tout d'abord par un consensus issu de négociations traditionnelles interclaniques, puis par la mise en place d'institutions politiques représentatives.
Après l'adoption d'une constitution par référendum, des élections locales ont eu lieu en décembre 2002. Sur les six partis enregistrés, les trois partis qui ont obtenu les meilleurs résultats, ont été sélectionnés pour participer aux élections nationales. Il s'agit des partis UDUB, Kulmiye et UCID qui ont obtenu respectivement, 179.389, 83.143 et 49.444 voix.

Jusqu'à présent la stabilité du pays a été obtenue par un accord non écrit sur le partage du pouvoir. Les dirigeants ont été nommés dans un premier temps par les chefs traditionnels. Le poste de président était attribué à un membre du clan Issaq, clan le plus influent, tandis que le vice-président et le président du Parlement devaient être issus de clans non-Issaq. À la mort du président Egal, en juin 2002, le vice-président Rayale a accédé à la présidence comme la Constitution le prévoyait. Après les présidences Tur et Egal, c'est le premier non-Issaq à la tête du pays.

Les querelles claniques n'ont pas disparu depuis l'adoption de la Charte nationale en 1993, symbole de la pacification du Somaliland. Mais, après 1995, elles ont perdu leur caractère violent. Si elle se tendait, la situation actuelle pourrait remettre en cause le fragile équilibre politique qui a prévalu ces dernières années, car les électeurs n'ont pas départagé clairement les deux principaux candidats qui incarnent des exigences politiques différentes.

Certains pensent que le Somaliland a besoin d'un dirigeant fort, charismatique et volontariste. On les trouve plutôt chez les partisans de Silanyo. D'autres, qui soutiennent Rayale, ne veulent plus d'hommes forts aux tendances autocratiques comme Egal, Barré ou Aïdid (chef de guerre du sud). Ils voient dans Silanyo un dirigeant du passé, ancien ministre de Siad Barre, devenu opposant dans les années 80 à la tête du Somali National Movement (SNM), mouvement armé dominé par les Issaq. Selon ses adversaires, il céderait facilement au culte de la personnalité. Pourtant ces dernières années il avait su rester en retrait de la scène politique ; Dahir Rayale est plus jeune et s'il n'a pas exercé de fonctions politiques de premier plan avant d'être coopté par Egal, il aurait un passé de responsable des services de sécurité sous la dictature de Barré. Comme membre d'un sous-clan Gadabursi, il rassure les clans non-Issaq mais reçoit également le soutien de certains Issaq.

Mais le point de clivage le plus net entre les deux camps concerne l'attitude envers Djibouti. Les partisans de Silanyo pensent que le président Rayale a normalisé trop tôt les relations avec ce pays. Pour eux, sa complaisance à l'égard du président Guelleh n'est pas payée en retour, car ce dernier continue son travail de sape contre l'indépendance du Somaliland, au profit de ses intérêts propres et en accord avec certains pays arabes qui veulent restaurer une Somalie unitaire. – RW

 


À suivre…
14 avril 2003. – Somaliland, victoire étriquée et contestée (80 voix) du président sortant, Dahir Rayale Kahin, devant son principal concurrent, Ahmed Mohamed Silanyo. L’État autoproclamé sortira-t-il indemme de cette première élection présidentielle au suffrage universel ?

22 avril 2003. – Le Somaliland suspend les autorisations de manifestations politiques pendant dix jours. L'interdiction s’applique à la manifestation prévue par le principal parti d’opposition, dirigé par Ahmed Mohamed Silanyo, arrivé en seconde position à l'élection présidentielle du 14 avril. Dahir Rayale Kahin, le président, justifie cette interdiction en déclarant que toute manifestation de violence pourrait remettre en cause la reconnaissance de l’indépendance du pays. La Cour constitutionnelle somalilandaise a été saisie par l’opposition ; elle doit rendre sa décision concernant les résultats officiels dans les prochains jours.

Lire aussI, concernant le Somaliland

Élection présidentielle sous surveillance internationale pour un pays qui n'existe pas (Deutsche Welle, 14 avril 2003)


Dahir Rayale Kahin, président du Somaliland : « 97% du peuple somalilandais ne veut plus être réuni à la Somalie. Personne ne peut modifier notre volonté » (entretien LNA, 6 décembre 2002)


Dahir Rayale Kahin, Président of Somaliland (English version)


Découvrir le Somaliland, un pays mis en quarantaine par la communauté internationale (dossier LNA, juin 2001-avril 2003)


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