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Djibouti / Libertés politiques / Liberté de la presse

Rifki Abdoulkader, ministre djiboutien de la Communication, adresse une demande de droit de réponse au journal "Les nouvelles d'Addis" concernant l'affaire "DAF"

Dans un texte de deux feuillets, le ministre réagit « contre le contenu diffamatoire » d’un article récent publié sur le site internet www.lesnouvelles.org, dans le cadre de l'affaire "DAF". Bien que n'ayant jamais diffamé qui que ce soit, Les nouvelles d'Addis publient bien volontiers ce texte. Dans sa réponse au ministre, Colette Delsol, directrice de publication souligne que « la liberté d'expression vaut pour tout le monde ».

 


LETTRE E-MAIL DE MONSIEUR LE MINISTRE
[6 mai 2003]
Monsieur le directeur des Nouvelles d'Addis.
Je soussigné Rifki Abdoulkader, ministre de tutelle de la Communication de la République de Djibouti, vous prie, suite à vos articles relatifs au cas "DAF", de publier en réponse, ce droit de réponse au sein de votre revue électronique.
Recevez Monsieur l'expression de mes considérations distinguées.
Rifki Abdoulkader,
Djibouti.


RÉPONSE E-MAIL DE LA DIRECTRICE DE PUBLICATION
[7 mai 2003]
Monsieur le ministre de la Communication,
République de Djibouti
J'ai pris acte de votre demande de droit de réponse.
Bien que le site internet www.lesnouvelles.org et le journal papier Les nouvelles d'Addis ne vous aient jamais diffamé, dans aucun article, et qu'ils n'aient non plus jamais diffamé la République de Djibouti, pas plus que son président ou les membres de son gouvernement, je vous donne volontiers acte du besoin d'expression que vous manifestez dans votre demande : nous publierons votre texte, in extenso.
La liberté d'expression vaut pour tout le monde.
Vous voudrez bien la reconnaitre pour nos publications.
Et la reconnaitre aussi pour tous les journalistes de votre pays, Daher Ahmed Farah en particulier.
Dans cet espoir,
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de ma haute considération.
Colette Delsol,
directrice de publication
Les nouvelles d'Addis


L'ARTICLE INCRIMINÉ
Affaire "DAF" : Du procès en diffamation à la tentative d'étouffement d'un parti d'opposition, le pouvoir du président Ismaël Omar Guelleh aurait-il opté pour le "tout répressif" ?


LE TEXTE DU MINISTRE
[reçu le 6 mai 2003]



RIFKI ABDOULKADER
ministre de tutelle de la Communication
de la République de Djibouti

Droit de réponse adressé aux « Nouvelles d’Addis »

Objet : Contre le contenu diffamatoire de l’article électronique
Publié en avril - mai 2003 sur le site de la revue, p 10, magazine / 12,
Sous l’intitulé de « Affaire DAF ».

« Les Nouvelles d’Addis » s’est empressé comme d’habitude et a entrepris une couverture médiatique de l’emprisonnement de Monsieur DAHER AHMED FARAH à la prison civile de Gabode le 20 avril, après avoir été reconnu coupable de l’infraction de diffamation à l’encontre du numéro deux de l’Etat-major de l’Armée djiboutienne, le Général ZAKARIA IBRAHIM CHEIK, dans les colonnes de l’organe d’information du M.R.D.

L’essence de la déontologie journalistique voudrait que ladite revue électronique observe le recul nécessaire, et effectue une investigation autour du sujet, au moins par respect à la profession et à ces lecteurs.

Elle aura constaté qu’au jour d’aujourd’hui, on constate que le manque de sens de responsabilité, l’inconséquence, la légèreté dont DAF a fut montre en se livrant publiquement à la diffamation ont eu pour effet la condamnation de l’intéressé à la prison ferme d’un part et d’autre part de priver son parti de dirigeant.

« Les Nouvelles d’Addis » semble considérer anormal que la justice fonctionne en République de Djibouti, lorsque l’honneur des uns et des autres est bafoué sous le prétexte d’user de la liberté d’expression qui ne signifie pas porter atteinte à la vie privé des citoyens. A ce propos, permettez-nous de vous rappeler que nul dans notre pays n’est au-dessus des lois, serait-il directeur de publication ou dirigeant d’un parti politique.

S’agissant de la liberté d’expression, il est un fait incontestable qu’il existe à Djibouti, sur la place publique des bulletins d’information, tous édités par d’autres formations politiques, lesquels sont loin d’être tendres avec le gouvernement, pour autant ils ne sont point inquiétés, ni poursuivis pour l’expression de leurs points de vue, oh combien divergents avec ceux de la coalition au pouvoir.

De la même façon, il est tout à fait loisible à tout djiboutien d’user de sa plume pour expliquer ses opinions avec virulence, sans pour autant céder à la tentation de la facilité ni s’exposer à la sanction inhérente à la dérive.

Si l’on revient à l’emprisonné, à défaut d’une vision politique qui intéresse les djiboutiens, l’homme a depuis belle lurette opté pour une stratégie basée sur la provocation dans l’espoir d’asseoir, ses ambitions et une image d’acteur politique important sur la scène locale.

Les écrits diffamants récurrents dont ce Monsieur produit à longueur de semaine ne sont pas de nature à contribuer à l’avancement de la démocratie sous nos lieux et au développement des libertés notamment d’opinion.

Ce n’est point injurier Monsieur DAHER AHMED FARAH que d’exprimer qu’on chercherait en vain dans ce qui lui tient de discours politique autre chose qu’un pathétique tentative d’exploitation du tribalisme.

Quand bien même vos préoccupations s’exprimeraient sur la forme interrogative et au conditionnel, cette précaution ne trahit pas moins votre parti pris.

Tout observateur un temps soit peu impartial se garderait d’user à l’endroit des djiboutiens d’expressions du genre ‘’le tout répressif’’ car il s’agit plutôt, et en toute objectivité, du tout démocratique.

La consolidation du tout démocratique est plus que jamais à l’ordre du jour et occupe au quotidien les dirigeants et les concitoyens de DAF. L’ensemble de la Nation a concédé des efforts importants pour se prémunir du chaos lesquels ne trouvent manifestement pas, à vos yeux, l’intérêt de s’en faire l’écho.

Cependant nous ne sommes guère étonnés…..

En conclusion, à vous, nous vous disons : faites preuve d’indépendance intellectuelle pour être un temps soit peu constructifs, vous n’en serez que mieux appréciés.

[FIN DU TEXTE DU MINISTRE]

La pétition
"DAF-Liberté"

Lire et signer la pétition"Liberté pour Daher Ahmed Farah"


Documents liés

Communiqué de Reporters sans frontières (RSF) concernant la nouvelle arrestation de Daher Ahmed Farah, 22 avril 2003


Daher Ahmed Farah de nouveau arrêté et incarcéré à la prison de Gabode (MDP, 20 avril 2003)


Notre dépêche concernant la précédente arrestation : « Il avait une nouvelle fois fustigé la "fraude électorale" dans ses écrits » (MDP)


Deux entretiens

Daher Ahmed Farah, entretien avec Les nouvelles d'Addis, juillet-août 2001


Aref Mohamed Aref, entretien avec Les nouvelles d'Addis, mai-juin 2001


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