Déboutée par toutes les institutions de Djibouti, lopposition ne désarme pas. Par la voix de Ahmed Dini Ahmed, tête de liste de lUnion pour lalternance démocratique (UAD) aux élections législatives 2003, elle veut faire reconnaître le caractère usurpé de lassemblée nationale djboutienne. Et ce dans les instances internationales de la francophonie, dont Djibouti est membre à part entière.
Dans une lettre adressée, le 9 mai 2003 à M. Abdou Diouf, secrétaire général de lOrganisation internationale de la francophonie (OIF), Ahmed Dini en appelle à son sens de la démocratie et lui rend compte des graves anomalies qui, selon lui, ont entaché le déroulement du scrutin du 12 janvier 2003. Il demande à lOIF dagir pour faire respecter ses principes fondateurs, « défense des droits de lhomme et promotion de létat de droit », dans lespace francophone. M. Dini souligne sa démonstration par lexemple de lemprisonnement de Daher Ahmed Farah qui illustre, selon lui, « létat de non droit » à Djibouti.
Parallèlement, une autre action est menée par lopposition djiboutienne en direction de lAssemblée parlementaire francophone, pour faire suspendre la qualité de membre de la République de Djibouti, au sein de cette instance. Dans un dossier volumineux (1), Ahmed Dini, au nom de lUAD (Union pour lalternance démocratique), rend compte des différentes phases qui ont conduit lopposition à contester les résultats des élections législatives.
De la phase préparatoire, constitution de la Commission électorale nationale indépendante, établissement de la liste électorale (toujours pas imprimée), en passant par la distribution des cartes délecteurs (multiples pour certains, inexistantes pour dautres) ou par le déroulement même du scrutin et des opérations de dépouillement la liste est loin dêtre exhaustive le terme de « mascarade », employé par lopposition semblerait le plus adéquat.
En conséquence, M. Dini demande que lAssemblée parlementaire francophone suspende la qualité de membre de Djibouti, puisque, selon lui, lAssemblée nationale djiboutienne na pas été élue démocratiquement.
En outre, il demande que lAssociation des Cours constitutionnelles partageant lusage du français « prenne en considération la réalité du Conseil constitutionnel de la République de Djibouti ». M. Dini estime que ce Conseil « est un des principaux obstacles à létat de droit », de par les « jugements iniques » quil rend et autres « dénis de justice » quil commet.
Ces diverses démarches entreprises par lopposition djiboutienne sinscrivent dans la voie légale et pacifique quelle a choisie. Ce choix, digne de politiciens responsables et respectueux des règles démocratiques, constitue un véritable cas décole pour lAssemblée parlementaire francophone. Car si elle veut réellement se conformer à ses principes de promotion de la démocratie dans lespace de la francophonie, elle a là matière à réflexion et, pourquoi pas, à sanction. CD
(1) Dossier à ladresse de M. le sénateur Jacques Legendre, secrétaire général parlementaire de lAssemblée parlementaire francophone (APF) et de Mme Monique Pauti, secrétaire générale de lAssociation des cours constitutionnelles partageant lusage du français (ACCPUF), Paris, 28 avril 2003. Cet opuscule de 88 pages, présenté par Ahmed Dini Ahmed au nom de lopposition djiboutienne, comprend la lettre au sénateur Legendre et à Mme Pauti plus 20 documents en annexes.
Assemblée nationale française, question écrite
12ème législature
Question n° : 18433 de M. Mamère Noël (députés n'appartenant à aucun groupe, Gironde)
Question écrite
Ministère interrogé : Affaires étrangères
Ministère attributaire : Affaires étrangères
Question publiée au JO le : 19/05/2003, page : 3749
Rubrique : politique extérieure
Tête d'analyse : Djibouti
Analyse : situation politique
Texte de la question : M. Noël Mamère demande à M. le ministre des Affaires étrangères d'intervenir sur la situation prévalant à Djibouti. Les élections du 10 janvier 2003 ont été marquées par une fraude constatée par la mission d'observateurs mandatée par l'Organisation internationale de la francophonie et l'Union africaine. Un représentant de la France a pu assister à ce déni électoral : non-publication de la liste électorale ; cartes d'électeurs sans adresse ni référence de l'identité des électeurs, ni désignation des bureaux de vote ; non-remise à leurs titulaires des cartes d'électeurs, désignation des membres des bureaux de vote sur le critère d'appartenance du parti au pouvoir, intervention des forces de l'ordre pour emporter de force les urnes ou pour expulser ou arrêter le délégué de l'opposition ; transferts des bureaux de votes dans des lieux inconnus ; faux procès-verbaux, etc. Il lui demande de se prononcer clairement pour exprimer sa préoccupation face à ce déni de justice et démocratie dans ce pays où s'exprime par ailleurs de multiples atteintes aux droits de l'homme et aux libertés publiques dont se rend trop souvent coupable le gouvernement du président Ismaïl Omar Guelleh. Il demande à M. le ministre des Affaires étrangères ce qu'il compte faire pour intervenir auprès du gouvernement de Djibouti pour obtenir la révision du processus électoral. Il lui demande s'il compte intervenir pour demander la suspension de Djibouti de l'Assemblée parlementaire francophone, dont elle est membre.