Juin 2003. Agriculture, industrie, service. Cest la voie classique que lÉthiopie a lair de prendre pour sortir du marasme économique dans lequel elle se trouve. Oui, cest bien une voie éprouvée. Non, ce nest pas la seule et surtout pas la plus courte.
En un peu plus de dix ans dexistence, le gouvernement actuel, avec « ses partenaires », ne semble pas venir à bout des risques de famines. Pourtant la voie de lindustrialisation basée sur le développement agricole (Agricultural Lead Industrialization) a été justement choisie dans le but de garantir, en priorité, la sécurité alimentaire. Aujourdhui, celle-ci semble être aussi loin que le ciel avec la souffrance de plus de 12 millions dâmes.
Entre temps, le monde nest pas resté les bras croisés. Il eut même un bouleversement économique avec lavènement de lère de linformation. Linformatique, aidée par des avancées technologiques extraordinaires, donna naissance, entre autres, à lInternet, outil indispensable a léconomie globalisée daujourdhui. Cependant, dans les pays développés, des barrières économiques de toutes sortes sont maintenues ou renforcées. Dans ce chacun pour soi, le temps économique est loin dêtre linéaire. En effet, avec des prix de produits agricoles en chute libre, ces devises étrangères, laissez-passer du monde économique, se font de plus en plus rares. Ces produits agricoles venant de pays économiquement défavorisés, en général, leurs principales exportations, font face à des produits aux prix artificiellement bon marché rendu possible par les subventions de pays économiquement favorisés. Ceci a pour résultats dallonger, toujours artificiellement, le temps nécessaire pour rattraper le retard des pays pauvres.
Cest donc une course effrénée, vers un abysse sans fond, qui se dessine, dou le cauchemar de M. Meles Zenawi (de ses propres mots : « A nightmare too ghastly to contemplate (1). ») Il est assez intéressant de noter, en passant, la similitude entre les mots « abyss » et « Abyssinie » mais aussi celle entre « utopie » et « Éthiopie ». Ceci dit, là nest pas notre problème. Une politique économique doit prendre en compte les réalités du temps tout en planifiant une route, et des alternatifs possibles, pour atteindre un but clair. Pour avoir une telle vision la souplesse devient de rigueur puisque la rigidité ne peut être que source de malheurs, surtout dans le cas de lÉthiopie. Ce pays doit suivre son propre chemin. Limpact dune révolution dans le domaine technologique, informatique, scientifique
bref, dans le deuxième ou troisième secteur cité au début de cet article, ne doit pas être négligé. LInde est un exemple. Son explosion technologique a déjà attiré bon nombre de multinationales et leur investissement direct qui va avec. Ceci se traduit par un développement et une indépendance économique grandissante. LÉthiopie a ses atouts qu'elle peut faire valoir, seulement, la marge derreur est tellement rétrécie que, cette fois-ci, son indépendance est sur la balance. Cest donc un choix sans trop de choix que peuple et gouvernement doivent faire ensemble pour un meilleur avenir. YA
(1) 11 novembre 2002, déclaration sur BBC, à propos de la famine actuelle.
http://news.bbc.co.uk/2/hi/africa/2440093.stm