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Éthiopie-Érythrée / Frontière / Arbitrage international
Badme : Guerre ? L'opposition intérieure est une explication plausible au raidissement du Premier ministre éthiopien, qui peut-être joue son avenir politique sur la plaine de Badmé. Pour le leader érythréen, la situation est meilleure : les dizaines de miliers de morts sont "oubliés", puisqu'il récupère Badmé, la petite ville hautement symbolique. [Les nouvelles d'Addis, "Repères", 17/10/2003]
17 octobre 2003. Depuis plusieurs jours, la tension monte entre lÉthiopie et lÉrythrée. De déclarations en indignations ; de lettres au Conseil de sécurité de lONU en médiations diverses, les deux pays semblent au bord dune nouvelle crise. LÉthiopie persiste dans son refus daccepter la décision de la Commisssion de la frontière, pointant le risque dirruption de conflits futurs dans la zone de Badmé, si ce village dans lequel le conflit a éclaté, devait effectivement revenir à lÉrythrée. Le Premier ministre éthiopien, Mélès Zénawi, souhaiterait un réexamen des points litigieux quil qualifie d « injustes et illégaux », avant le début des opérations de démarcation. LÉrythrée refuse cette hypothèse et demande la pleine application de lAccord dAlger de décembre 2000, la mise en uvre des décisions « finales et obligatoires » de la Commission de la frontière et donc le début des opérations de démarcation. Asmara en profite pour signaler que ce nest pas la première fois que lÉthiopie traîne des pieds pour appliquer un accord et nest donc pas étonnée par ce nouveau refus. LÉrythrée nenvisage pas de discussions avec lÉthiopie avant la fin de la démarcation de la frontière. Elle exige, en outre, que la communauté internationale applique des sanctions contre lÉthiopie, sanctions envisagées par lAccord dAlger, si lun des anciens belligérants refuse dappliquer les termes de laccord.
Les deux pays disposent encore de forces militaires non négligeables. On parle de 300.000 soldats érythréens prêts à laction et de 150.000 militaires éthiopiens ; lÉthiopie disposant dune supériorité flagrante en matériel, particulièrement en forces aériennes. La Mission de maintien de la paix de lONU (MINUEE) est composée denviron 4.000 soldats, répartis sur la zone de sécurité temporaire séparant les deux armées de 25 km le long de leur frontière commune. En cas de reprise du conflit, la MINUEE a déjà prévenu quelle plierait bagages et rentrerait chez elle.
LÉthiopie (comme lÉrythrée) ne cesse de déclarer quelle ne relancera pas la guerre la première. Le sous-entendu est clair mais il est parfois plus clairement exprimé. Par exemple, par les leaders éthiopiens du Tigray qui nhésitent pas à dire que les populations de la région se battront pour garder Badmé. On ignore si les populations en question ont eu le temps de donner un quelconque avis. Ce qui est certain, cest que le Premier ministre éthiopien a fort à faire avec son opposition, au sein de son propre parti (FLPT) et que Badmé pourrait bien faire déborder le vase. Le noyau dur du FLPT avait insisté, lors du conflit, pour que larmée profite de ses victoires pour récupérer le port dAssab et, pourquoi pas, pour destituer Issayas Afeworki. Le repli des troupes sur leur position initiale, davant-conflit, a été vécu par certains comme un acte de trahison de la part de Mélès Zénawi. Quen sera-t-il sil doit aussi abandonner la petite ville de Badmé à son voisin ? Lopposition éthiopienne, nouvellement coalisée, tire profit de cette instabilité du pouvoir en place et a tout intérêt à jouer la surenchère sur le processus de paix, rejoignant ainsi les exigences des plus durs du TPLF.
Doù, le bras-de-fer que mène le Premier ministre éthiopien depuis plusieurs mois, concernant la décision de la Commission de la frontière. Il semble bien, que moins que la nécessité absolue de garder-récupérer Badmé, lissue peut le mener à la survie ou à un échec politique. Peut-il trouver des appuis extérieurs suffisants pour conserver le pouvoir, dans un contexte économique, politique et social extrêmement tendu ? Accepterait-il un éventuel échec diplomatique en mettant fin lui-même à sa carrière ? Considèrerait-il quil est allé au bout de ses efforts et que seule la communauté internationale na pas voulu lentendre et quil se doit de poursuivre la gestion des affaires de son pays ? Ou, ultime ressource, se relancera-t-il dans la guerre pour sauver lhonneur de lÉthiopie et son pouvoir en même temps ? Même si cette hypothèse paraît encore prématurée et peut-être (espérons-le) invraisemblable, daucuns ne lexcluent pas. En ce cas, il est évident que la réplique érythréenne ne se ferait pas attendre, les deux pays dussent-ils y laisser leurs dernières forces. Les médiations menées par les États-Unis, lUnion européenne et lUnion africaine prouvent que la situation est loin dêtre claire. La communauté internationale craint la reprise des hostilités dans cette zone, déjà très instable. Elle nignore pas non plus que les menaces de sanctions économiques navaient pas suffi à empêcher le conflit en 1998. Aujourdhui, la situation alimentaire dramatique que traversent lÉthiopie et lÉrythrée, pourrait ne pas être un frein suffisant à la guerre. CD |
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Cette carte de la CIA (détail) |
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