En marge de laffaire Borrel : attaques présidentielles en règle contre le « néocolonialisme français »
Prenant prétexte de la relance de l'affaire Borrel, le pouvoir djiboutien s'est lancé dans une ahurissante campagne anti-française, accusant la France de vouloir déstabiliser Djibouti. Que faut-il voir derrière ce brulôt présidentiel qui, pêle-mèle, épingle des grands médias, le gouvernement français et les coopérants en poste à Djibouti ? Les attaques taxant les uns de propagandisme, les autres de néocolonialisme et les derniers, quasiment, de détournement d'aide. On croit rêver
De quel nouveau (et dangereux) "fusil à tirer dans les coins" use le président Ismaël Omar Guelleh ?
20 avril 2004. Dans un communiqué de la Présidence repris par La Nation (gouvernemental), les autorités djiboutiennes sen prennent violemment à la France, laccusant de vouloir déstabiliser leur pays. Après la levée partielle du secret défense, concernant laffaire Borrel, par le ministère français de la Défense, Djibouti estime la France na de cesse que daccuser le président Ismaïl Omar Guelleh dêtre impliqué dans la mort du juge Borrel.
Djibouti continue daffirmer que le magistrat sest immolé et que son suicide a été prouvé par une autopsie indépendante. Les autorités djiboutiennes accusent le gouvernement français de mener une campagne médiatique « en mettant à contribution ses organes de propagande, RFI et TF1 » (La Nation, 19/04/04). On se doit de rappeler au gouvernement djiboutien que RFI et TF1 sont des médias indépendants, ce qui est un peu peut-être un peu moins vrai pour La Nation. De même quen France, la justice est indépendante du pouvoir exécutif et que les juges dinstruction ont donc toute latitude pour mener leurs enquêtes.
Non content de sen prendre au gouvernement français, Djibouti accuse les coopérants français, résidant à Djibouti, dêtre les seuls bénéficiaires de laide au développement. Nul doute que la France va savoir apprécier à sa juste valeur cette accusation. Il est à noter, à cet égard, que si laide française a dû se recentrer, cest que les exigences de Djibouti concernant la contrepartie à la présence militaire française ont été sérieusement revues à la hausse, depuis linstallation des troupes américaines.
La virulence des autorités djiboutiennes contre la France est surprenante. Même si la France nest pas exempte de toute critique, on ne voit pas ici pourquoi une simple affaire de justice peut engendrer de telles foudres. Le cas Borel est bien loin de ce quil serait sous dautres cieux, plus anglo-saxons, où les organes de propagande auraient vraisemblablement suivi laffaire avec beaucoup plus de hargne, sans se préoccuper ni de diplomatie, ni de secret défense.
On peut aussi demander si ces appels répétés contre la France et les Français sont très judicieux sur un plan intérieur. Quelles seront les réactions des Djiboutiens sils admettent lhypothèse que même la France ne soutient plus leur président ? On rappellera que nombre dentre eux avaient voté pour les partis dopposition lors des dernières élections législatives. La déstabilisation pourrait donc plutôt venir de lintérieur que de lextérieur, soutenue par la propagande dÉtat. Un comble. CD