|
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|
Djibouti / Décès de Ahmed Dini Ahmed
« Un homme qui a épuisé ses dernières forces à éradiquer la dictature djiboutienne »
Reims (France), le 14 septembre 2004. La disparition dAhmed Dini est bien entendu un drame pour sa famille. Et avant tout, je tiens à présenter mes condoléances à ses enfants et à ses proches. Né en 1932 à Mèle (district dOobock), il disparaît à 72 ans, au moment où il incarnait la dernière chance dalternance démocratique pour son pays. Plus quun simple responsable politique, Ahmed Dini faisait partie de ces hommes « sur qui la société repose » (1). Ses moindres propos étaient commentés à travers le pays, suscitant ici ladmiration, là la haine. Il avait le don, le génie, des formules frappantes auxquelles lopinion publique adhérait spontanément. Pour fustiger la faction du FRUD qui prit la partie de négocier avec le régime en 1993, il lance en 1993 le terme Agabaa (2), voué à la fortune. Le décès brutal de lancien Premier ministre de Djibouti (de juillet à décembre 1977) nendeuille pas seulement sa famille. Elle plonge dans la consternation tous ses concitoyens (Afars, Somalis et Arabes). Au-delà de sa patrie, le triangle Afar peut pleurer légitimement ce « fils » prodige. Cet été, des nouvelles contradictoires circulaient sur létat de santé dAhmed Dini. Nombre de nomades et de citadins que jai croisés, en Ethiopie, désiraient lui témoigner leur compassion. Ahmed Dini était un homme pieux, très versé dans le domaine religieux. Tout aussi immense était son érudition en matière de la culture afar. Sa famille appartenait à la plus prestigieuse et la plus ancienne dynastie sultanique afar : Adali ou Adal. Pourtant, la postérité ne retiendra de lui quune seule image : la figure attachante du dirigeant politique. Son éloquence fiévreuse et litanique (propre à la culture afar et somali), émaillée dironie et de séduction, galvanisait des foules. Dans un pays manquant cruellement de culture politique, il na jamais pu donner toute la mesure de son génie. Cest pourquoi, parfois incompris, il était capable de prendre le parti de se « taire ». Ce quil fit de 1977 à 1981, puis de 1982 à 1991, en sexilant à Obock, dans le nord du pays. Lavènement du FRUD, en 1991, allait transfigurer ce politicien singulier et le propulser de nouveau au devant de la scène politique. Son tempérament naturel le poussait davantage à séduire quà convaincre son interlocuteur. Cest pourquoi il sera regretté et par ses amis et par ses adversaires. A cause de sa propension à vouloir concilier croyances religieuses et convictions politiques, de la trahison de ses « amis » et de ses des volte-face brusques, Ahmed Dini a manqué beaucoup de rendez-vous. En dehors dune brève vice-président de 1959 à 1960, des fonctions de ministre et de député (de 1963 à 1975), et enfin de la primature en 1977 (de juin à décembre), il na jamais occupé la première place. Pourtant, il en avait le profil, la pondération et la maturité. Entre lui et la magistrature suprême, la distance fut souvent petite. Mais le destin a voulu quil sen approche souvent sans jamais pouvoir le saisir. Nul doute quil aurait donné une notoriété enviable à notre petit pays ! Pour ma part, je garderais du défunt limage dun homme qui a épuisé ses dernières forces, entre 2001 et 2003, à éradiquer la dictature djiboutienne. Une dictature archaïque et moyenâgeuse. Sa vie se confond quelque part avec lhistoire de son pays. Animée de grandes espérances mais si souvent contrariée.
|
|
|||||||||||||||||||
|
|
|||||||||||||||||||
|
© Les nouvelles d'Addis (LNA) 1997-2005. http://www.lesnouvelles.org, version 3.5 Les nouvelles d'Addis, le seul journal d'informations générales exclusivement dédié à l'Éthiopie et à la corne de l'Afrique Bimestriel. Publié en français. Politique, économie, culture, société, communauté Reproduction de contenus interdite sauf autorisation écrite |