28 novembre 2004 / LNA.
LÉthiopie accepte, en principe, la décision de la Commission frontalière pour lÉthiopie et lÉrythrée. Elle accepte aussi de payer ce quelle doit à la Commission et de nommer des officiers de liaison pour le travail de démarcation sur le terrain.
Depuis que les arbitres de La Haye avaient arrêté définitivement leur décision en attribuant Badmé et lIrob à lÉrythrée, lÉthiopie contestait ces deux points en affirmant que la Commission avait elle-même prévu de revoir certaines coordonnées après vérifications sur le terrain, vérifications qui nont pas eu lieu. De ce fait, lÉthiopie bloquait le processus de démarcation de la frontière.
Dans un rapport présenté le 25 novembre 2004 devant la Chambre des représentants à Addis-Abeba, le Premier ministre éthiopien, Mélès Zénawi, a réaffirmé que le jugement était injuste sur les deux points contestés mais que tout en exprimant cette opposition, son gouvernement est conscient de considérations dune valeur supérieure et quil est donc nécessaire dappliquer la décision sur la démarcation frontalière.
Évoquant linjustice de la décision frontalière, il a déclaré que cette affaire nest pas plus importante que la paix. Toutefois, Mélés Zénawi a semblé restreindre la portée de lacceptation de larbitrage en affirmant que concessions et dialogue seraient nécessaires avant de pouvoir démarquer physiquement la frontière.
Le Premier ministre considère que la poursuite du blocage ne permet pas dintensifier la lutte contre la pauvreté et que la position éthiopienne navait pas obtenu un assentiment international suffisant car on a pu croire que lEthiopie méprisait une décision darbitrage internationale.
Linitiative éthiopienne destinée à résoudre la dispute entre lÉthiopie et lÉrythrée comprend cinq points :
1 Résolution de la dispute uniquement par des moyens pacifiques.
2 Éliminer les causes profondes du conflit par le dialogue avec lobjectif de normaliser les relations entre les deux pays.
3 LÉthiopie accepte, en principe, la décision de la Commission frontalière.
4 LÉthiopie est daccord pour payer son dû à la Commission et de nommer des officiers de liaison de terrain.
5 Éntamer un dialogue sans délai dans le but dappliquer la décision de la Commission frontalière de manière cohérente avec la promotion dune paix durable et de liens fraternels entre les deux peuples.
Ce plan de paix en cinq points a été approuvé par la Chambre des représentants de la République démocratique fédérale dÉthiopie, par 428 voix contre 10 refus et 3 abstentions. 106 députés, absents, nont pas pris part au vote. RW
Asmara rejette loffre éthiopienne alors que les réactions internationales sont favorables.
Pour lÉrythrée le plan éthiopien est un stratagème pour gagner du temps
1er décembre 2004 / LNA
Le jour même où les députés éthiopiens adoptaient le plan en cinq points présenté par Mélès Zénawi, le ministère de lInformation érythréen diffusait un communiqué rejetant cette initiative, la qualifiant de « nouvel exemple des tentatives futiles du régime éthiopien destinées seulement à faire connaître des activités de relations publiques et à gagner plus de temps ». De son côté, Yemane Guebre Mesqel, directeur de la présidence, a déclaré entre-autre : « Les accords sont clairs
Il ny a pas de restrictions. Si lacceptation est sérieuse, alors la démarcation qui aurait déjà dû être réalisée, doit être mise en uvre. »
Pour lÉrythrée, le respect des accords dAlger implique le retrait de lÉthiopie des territoires érythréens, en accord avec la décision définitive et irrévocable de la Commission frontalière.
Dans un commentaire publié sur le site du parti au pouvoir en Érythrée, Shaebia, on fait remarquer que les mots « en principe » utilisés par Mélès Zénawi signifient « hypothétiquement, sur le papier ou en théorie ». Pour lauteur de larticle, cela signifie que lÉthiopie nest pas prête à accepter la décision « en pratique ».
LUnion africaine et lUnion européenne satisfaites de la décision éthiopienne.
Les premières réactions après linitiative du Premier ministre éthiopien ont été plutôt positives. A lONU, qui entretient une opération de maintien de la paix aux frontières des deux anciens belligérants, on a prudemment annoncé que le plan éthiopien était à létude.
LUnion africaine a indiqué quelle accueillait favorablement cette initiative. Le président en exercice de lUnion, Alpha Omar Konare, a déclaré : « Lacceptation de la décision par lÉthiopie montre au monde comment lAfrique doit résoudre ses conflits, par les négociations et le dialogue ». Mais le Premier ministre éthiopien a fait savoir quil avait été informé que les envoyés spéciaux des présidents algérien, nigérian et sud-africain qui étaient récemment à Asmara pour des entretiens sur le processus de paix, navaient pu rencontrer le président érythréen.
LUnion européenne a également accueilli avec satisfaction la décision dAddis-Abeba daccepter en principe larbitrage frontalier. Dans une déclaration rendue publique par un porte-parole, Javier Solana, représentant de lUnion pour les affaires extérieures, sest dit particulièrement encouragé par lacceptation éthiopienne de commencer la démarcation de la frontière et par la désignation dofficiers de liaison pour faciliter le travail sur le terrain.
LUnion européenne encourage le gouvernement de lÉrythrée à répondre positivement à loffre de dialogue éthiopienne dans le but de normaliser les relations entre les deux pays. Plusieurs pays comme la Grande-Bretagne, la France et lAllemagne ont également exprimé leur accord avec la démarche du gouvernement éthiopien.
Lambassadeur de France à Addis-Abeba, Stéphane Gompertz, a déclaré que les cinq points proposés reflètent le désir de lÉthiopie de lutter contre la pauvreté et il a promis lassistance française pour la mise en uvre des accords de paix.
A Addis-Abeba lopposition sinquiète.
Devant léventualité dun abandon possible de Badmé et de lIrob, certains Éthiopiens rappellent le sacrifice des jeunes soldats pour la reconquête de ces territoires. Pour Beyene Petros, vice-président dune coalition de 14 partis (UEDF) qui a voté contre le plan, accepter larbitrage frontalier pourrait mener à une autre guerre. « La proposition est trop ambigüe pour nous, a-t-il dit, nous ne sommes pas certains du sens que donne le gouvernement au mot concessions. ».
Un député du même parti, le major Admassou Melkaw, a estimé que le Premier ministre avait avancé le plan de paix trop rapidement. « Cest une question nationale importante, a-t-il déclaré, les Éthiopiens doivent pouvoir exprimer leur opinion avant son adoption. ». De son côté, un parlementaire indépendant, Bedrou Adem, a affirmé que la guerre avait sacrifié une génération et que ce plan aurait dû être examiné de manière plus approfondie.
Cest au Tigray que le refus de céder Badmé est certainement le plus fort. A Zalambessa, une ville frontière de cette région qui a été entièrement détruite par larmée érythréenne, une journaliste de lagence Reuters a rencontré les habitants. Lun deux lui a déclaré quil ne peut accepter une telle cession : « Badmé a toujours fait partie de lÉthiopie
Nous avons perdu trop de sang à Badmé pour le donner aussi facilement. » RW