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Nouvelle frontière Érythrée-Éthiopie

Éthiopie-Érythrée :
La nouvelle frontière, après la décision de la commission internationale de La Haye

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Les nouvelles d'Addis

Éthiopie-Érythrée / Nouvelle frontière / Repères

L'Éthiopie accepte la décision de la commission de frontière. Revirement ou effet d’annonce ?

Pour Mélès Zénawi, Premier ministre de l'Éthiopie, le temps nétait-il pas venu de renverser les rôles en jouant la petite musique que la communauté internationale voulait entendre concernant la dispute frontalière érythréo-éthiopienne ?



ROBERT WIREN

1er décembre 2004 / LNA

L’initiative prise par le Premier ministre éthiopien a surpris car ces derniers temps ce sont les affaires intérieures et en particulier la préparation des élections générales prévues en mai 2005 qui occupaient les esprits à Addis-Abeba.

Cependant le contexte international ne doit pas être sous-estimé pour expliquer une décision qui semble rompre avec le refus d’accepter l’arbitrage de La Haye concernant Badmé et l’Irob. Si la mission de surveillance des accords de paix par la Minuee a été renouvelée jusqu’au 15 mars prochain, on sait aussi que les effectifs de cette force d’environ 4.000 hommes doivent être réduits après cette date. Car au sein de l’ONU on commençait à s’impatienter en raison du blocage.

Malgré les explications rationnelles des Éthiopiens pour justifier un refus, l’Éthiopie avait l’image d’un mauvais perdant. Pourtant les pays qui avaient parrainé les Accords d’Alger se rendaient bien compte que la décision de la Commission frontalière avait créé un problème politique de taille pour le gouvernement éthiopien. Celui-ci doit compter sur une opinion publique sensible au symbole que représente Badmé. Par contre, l’Érythrée, défaite militairement, se voyait attribuer cette bourgade où tout avait commencé en mai 1998. C’était donner à Asmara un avantage dans la guerre des communiqués.

Pour Mélès Zénawi le temps était venu de renverser les rôles en jouant la musique que la communauté internationale veut entendre, à savoir l’annonce d’une acceptation de l’arbitrage.

D’autant que depuis quelques semaines la tension montait entre l’Érythrée et le Soudan, à tel point qu’Asmara avait mobilisé des brigades mécanisées dans l’ouest dont une centaine de chars à Tesseney, prêts à appuyer une offensive de l’opposition soudanaise. L’annonce d’un accord entre le gouvernement soudanais et l’opposition le 19 novembre a stoppé les mouvements militaires dirigés vers le Soudan. Mais de leur côté, les Éthiopiens s’étaient mis en alerte dans le nord-ouest en constatant qu’en Érythrée on était sur le pied de guerre.

Certains signes étaient significatifs selon le site d’opposition érythréen “Awate” : le titre de « commandant en chef » utilisé dans les médias pour désigner le président Issayas et la réquisition de ressources pour l’armée, en particulier les carburants. L’intervention de Mélès Zénawi le 24 novembre avait donc peut-être pour objectif immédiat de bloquer toute initiative militaire érythréenne en faisant preuve de bonne volonté devant la communauté internationale qui n’attendait que ça pour approuver le geste éthiopien même s’il n’est pas suivi de décisions sur le terrain.

En effet, le Premier ministre a lié son acceptation à d’autres considérations pour amener les Érythréens à un dialogue élargi aux problèmes de fond, dialogue qu’ils refusent et qu’ils ont à nouveau rejeté sans nuance. Si l’Érythrée était tentée de faire monter la tension pour faire appliquer la décision sur Badmé et l’Irob, il lui sera maintenant difficile d’affronter la réprobation internationale avec des menaces de sanctions que son économie ne pourra pas supporter.

Selon plusieurs spécialistes de la corne de l’Afrique, l’initiative de Mélés Zénawi est une manœuvre tactique et un habile coup de propagande. Autrement dit, la diplomatie est la poursuite de la guerre par d’autres moyens. – RW

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