L'Éthiopie accepte la décision de la commission de frontière. Revirement ou effet dannonce ?
Pour Mélès Zénawi, Premier ministre de l'Éthiopie, le temps nétait-il pas venu de renverser les rôles en jouant la petite musique que la communauté internationale voulait entendre concernant la dispute frontalière érythréo-éthiopienne ?
1er décembre 2004 / LNA
Linitiative prise par le Premier ministre éthiopien a surpris car ces derniers temps ce sont les affaires intérieures et en particulier la préparation des élections générales prévues en mai 2005 qui occupaient les esprits à Addis-Abeba.
Cependant le contexte international ne doit pas être sous-estimé pour expliquer une décision qui semble rompre avec le refus daccepter larbitrage de La Haye concernant Badmé et lIrob. Si la mission de surveillance des accords de paix par la Minuee a été renouvelée jusquau 15 mars prochain, on sait aussi que les effectifs de cette force denviron 4.000 hommes doivent être réduits après cette date. Car au sein de lONU on commençait à simpatienter en raison du blocage.
Malgré les explications rationnelles des Éthiopiens pour justifier un refus, lÉthiopie avait limage dun mauvais perdant. Pourtant les pays qui avaient parrainé les Accords dAlger se rendaient bien compte que la décision de la Commission frontalière avait créé un problème politique de taille pour le gouvernement éthiopien. Celui-ci doit compter sur une opinion publique sensible au symbole que représente Badmé. Par contre, lÉrythrée, défaite militairement, se voyait attribuer cette bourgade où tout avait commencé en mai 1998. Cétait donner à Asmara un avantage dans la guerre des communiqués.
Pour Mélès Zénawi le temps était venu de renverser les rôles en jouant la musique que la communauté internationale veut entendre, à savoir lannonce dune acceptation de larbitrage.
Dautant que depuis quelques semaines la tension montait entre lÉrythrée et le Soudan, à tel point quAsmara avait mobilisé des brigades mécanisées dans louest dont une centaine de chars à Tesseney, prêts à appuyer une offensive de lopposition soudanaise. Lannonce dun accord entre le gouvernement soudanais et lopposition le 19 novembre a stoppé les mouvements militaires dirigés vers le Soudan. Mais de leur côté, les Éthiopiens sétaient mis en alerte dans le nord-ouest en constatant quen Érythrée on était sur le pied de guerre.
Certains signes étaient significatifs selon le site dopposition érythréen Awate : le titre de « commandant en chef » utilisé dans les médias pour désigner le président Issayas et la réquisition de ressources pour larmée, en particulier les carburants. Lintervention de Mélès Zénawi le 24 novembre avait donc peut-être pour objectif immédiat de bloquer toute initiative militaire érythréenne en faisant preuve de bonne volonté devant la communauté internationale qui nattendait que ça pour approuver le geste éthiopien même sil nest pas suivi de décisions sur le terrain.
En effet, le Premier ministre a lié son acceptation à dautres considérations pour amener les Érythréens à un dialogue élargi aux problèmes de fond, dialogue quils refusent et quils ont à nouveau rejeté sans nuance. Si lÉrythrée était tentée de faire monter la tension pour faire appliquer la décision sur Badmé et lIrob, il lui sera maintenant difficile daffronter la réprobation internationale avec des menaces de sanctions que son économie ne pourra pas supporter.
Selon plusieurs spécialistes de la corne de lAfrique, linitiative de Mélés Zénawi est une manuvre tactique et un habile coup de propagande. Autrement dit, la diplomatie est la poursuite de la guerre par dautres moyens. RW