par
Mohamed Daoud Chehem
président du Parti djiboutien pour le développement (PDD)
(Exclusif)
Djibouti, 24 mars 2005. Au moment où IOG présente son faux bilan de son mandat sous forme d'un livre vert, décrivons le vrai bilan dont le peuple djiboutien est témoin.
En réalité, c'est à partir de 1996 que l'actuel Président a commencé à avoir le contrôle sur tous les ministères, par décret présidentiel signé par l'ancien Président Hassan Gouled en sa faveur, au détriment de son directeur de cabinet, M. Ismaël Guedi Hared. Dès cette année-là, il a supprimé la police nationale qui portait ombrage à sa police politique, pour la fusionner à la force nationale de sécurité qui se trouvait sous son contrôle par personne interposée. C'est aussi le début de la paupérisation de la population du fait de la réduction importante des salaires, des retraites et de la résiliation des baux de plus de 400 logements de particuliers qui n'avaient que les loyers comme seul revenu. Ces logements n'ont jamais été remis en état par l'administration, passant outre les obligations des contrats qui la liaient aux propriétaires dont certains n'ont pas pu les relouer à cause de leur mauvais état.
Élu Président de la République en 1999, M. IOG n'a fait que continuer sur sa lancée de 1996 à savoir :
Destruction de tous les services ou établissements publics qui fonctionnaient normalement. C'est ainsi qu'il a fermé l'Office national d'Approvisionnement et de Commercialisation qui jouait bien son rôle de régulateur du marché des denrées alimentaires avant et après l'indépendance. A suivi la fermeture de l'établissement public des hydrocarbures sans justifications.
Maintien dans la misère la population malgré l'accroissement des ressources financières dû, non pas à sa bonne gestion, mais lié à des facteurs extérieurs qui ont permis la présence des armées étrangères sur notre territoire en plus de celle de la France qui a presque doublé son aide financière. Cet accroissement est de l'ordre de 11,3 milliards FD d'après le budget national qui est passé de 35,2 milliards FD (153,04 millions d'euros) en 1999 à 46,5 milliards FD (202,17 millions d'euros) en 2005. Sur les 11,3 milliards, les recettes du port et de l'aéroport ne sont pas incluses.
Malgré cette manne financière, la situation dans le pays n'a pas cessé de se dégrader dans tous les domaines :
Santé : le seul grand hôpital du pays est devenu un mouroir. Tout en sachant son état réel, lors de l'émission Gros plan du 11-03-05, M. IOG s'est permis de dire que la santé va bien, vraiment il n'a aucun respect pour le peuple. Suppression de l'alimentation des malades depuis son arrivée au pouvoir, c'est incroyable mais vrai.
Éducation : les enseignants sont découragés à la base, dès leur formation à l'école normale. C'est ainsi que les salaires des normaliens sont passés de 80.000 FD [350 euros] à 15.000 FD [65 euros] qui ne couvrent même pas leurs frais de transport. Quel résultat à attendre d'un enseignant démoralisé délibérément par le pouvoir ? Aussi la politique de répression contre les enseignants revendiquant leurs droits a fait fuir à l'étranger nos cadres de grande valeur.
Voirie : entre janvier 2003 [3400B] et mars 2005 [3620B], l'État a acheté plus de 200 véhicules immatriculés en série B pour une valeur de plus d'un milliard FD [4.350.000 euros]. Parmi ces 200 véhicules, il n'y a aucun véhicule utilitaire tel que bennes de ramassage des ordures ni ambulances qui font grand défaut dans les districts de l'intérieur. Les rues de la capitale sont bondées d'ordures par manque des camions. Cela nous montre que l'État a démissionné de ses obligations.
Contrairement à ce qu'il avance dans son livre, les arriérés de salaires et les créances des fournisseurs ne sont pas réglés à ce jour.
Aujourd'hui, IOG ne peut tromper le peuple djboutien qui est témoin de cette dégradation puisqu'il la vit quotidiennement. Enfin, le constat que l'on peut faire de sa gestion des deniers publics est le suivant : plus l'argent rentre, plus la pauvreté augmente sous ce régime.
Toutefois, seul projet que l'on peut mettre à son actif, c'est l'usine d'eau minérale d'Ali-Sabieh.
REVENONS AU FONCTIONNEMENT DE L'ÉTAT
Dès qu'il a été élu en 1999, IOG a continué à détruire :
les institutions républicaines telles que la police, l'armée et la gendarmerie qui était un corps respecté par toute la population, pour créer sa propre garde républicaine qui a juré sur le livre du Coran de défendre sa personne et non les institutions du pays.
l'administration est actuellement inexistante, il n'y a plus d'écrit, tout est devenu verbal.
le service public est aussi inexistant, chacun s'appropriant le domaine dont il est chef.
la justice est réduite au silence et sous ses ordres.
le Trésor public est dépoullé de ses fonctions initiales.
les biens immobiliers de l'État abandonnés tombent en ruine par manque d'entretien.
la Constitution du pays est mise au placard. Toutes les lois sont bafouées. IOG les fait adopter tout juste pour se donner une image à l'extérieur. Par la suite, il n'en respecte aucune.
la démocratie et les droits de l'Homme, il ne les connaît pas. Pour lui, ce sont les affaires des pays occidentaux, il fait ce bon lui semble de son peuple.
les médias sont publics, sur les textes, mais ils restent uniquement au service du parti au pouvoir et de son chef. Ils ne diffusent que les propagandes mensongères du gouvernement. Parfois ils se font les champions des insultes envers l'opposition ou de tout personne critiquant le régime.
le pouvoir législatif est réduit au rôle d'une chambre d'enregistrement.
de plus la corruption est généralisée et l'impunité a atteint tous les niveaux.
FAUSSES PERSPECTIVES DE SON EVENTUEL SECOND MANDAT
Personne ne peut attendre de ce régime un avenir meilleur pour les raisons suivantes :
1. Monsieur Ismaël Omar Guelleh veut se maintenir au pouvoir par la force. Or, tout le monde est conscient, sauf lui peut-être, qu'un régime se basant sur la force contre la volonté populaire a toujours eu une fin tragique et le sien ne fera pas exception et il connaîtra le même sort. Ce genre de régime peut même conduire à la destruction du pays.
2. Sur le plan social, la loi n°155/AN/02/4L du 31-01-2003, relative à la réduction des pensions de retraite va entrer en vigueur à partir du 01-01-2007. Tous les fonctionnaires, employés, militaires, policiers et gendarmes verront leurs pensions diminuer de moitié. Cela sera la création de nouveaux pauvres qui vont s'ajouter à ceux qui existent aujourd'hui. M. IOG ne sait qu'appauvrir la population dans l'espoir de rester le plus longtemps possible au pouvoir. Déjà, tous les retraités sont victimes de l'arbitraire du pouvoir qui calculent leurs pensions sur l'indice de 1991 qui leur fait perdre ainsi de 500 à 700 points de leurs échelons. En procédant encore à la diminution des pensions, il montre qu'il n'est pas du tout soucieux des autres sauf de ses propres intérêts.
3. Depuis l'année 2000, la gestion du port de Djibouti est confiée au port du Dubaï. Le contrat entre les deux pays est gardé top secret par le signataire. Dans son livre de faux bilan, IOG reconnaît lui-même que le port est bénéficiaire, mais personne ne sait où vont ses recettes puisque aucun sou n'est versé au Trésor public. L'extension du port de Djibouti est, certes, nécessaire et même obligatoire pour accroître sa capacité étroitement liée au développement de l'Éthiopie avec laquelle nous devons renforcer le partenariat dans tous les domaines. Mais malheureusement, le port de Doraleh n'appartient pas à l'État djiboutien. Il est la propriété d'un État tiers qui prendrait aussi, dans quelques mois, notre douane en main. Cela signifie que nous mettons nos ressources financières entre les mains d'un État tiers. Alors que deviendra notre souveraineté nationale et notre État aussi ? Dans ce cas, il est permis de penser que la République de Djibouti deviendrait le 10ème Émirat qui emploierait des travailleurs étrangers sous-payés au détriment des Djiboutiens qui grossiraient le flot des pauvres qui n'a cessé d'augmenter durant le mandat de IOG.
Pour garder notre souveraineté nationale qui risque de nous échapper, l'État djiboutien doit construire ce port lui-même en ouvrant son capital aux investisseurs nationaux et étrangers tout en donnant priorité à ceux qui ont des intérêts dans notre pays. Nous entendons souvent dire que Djibouti n'a pas les moyens suffisants. C'est un faux prétexte car l'obtention de financements est toujours liée à la crédibilité d'un gouvernement, c'est ce qui fait défaut aujourd'hui à ce pouvoir. Egalement, nous devons former nos jeunes dans le cadre de l'exploitation du futur port et montrer que nous sommes capables de conduire notre pays vers un avenir meilleur pour notre peuple sans le mettre entre les mains d'un État tiers sous prétexte qu'il sait mieux gérer que nous. Nous disons à Monsieur Ismaël Omar Guelleh que les Djiboutiens ne sont pas des mineurs incapables. Il suffit de savoir les diriger.
Nous pourrions donner encore d'autres raisons montrant que les perspectives, projetées par le candidat sortant pour son éventuel second mandat, ne conduisent qu'à un avenir incertain.
Au vu de son bilan négatif sur tous les plans, malgré les ressources financières suffisantes, IOG a mis au grand jour son mépris pour le peuple djiboutien, son incompétence à gérer les affaires de l'État. Le journaliste au mensuel Nouvel Afrique-Asie, M. Sy Savané Mamadou Saliou avait publié dans le numéro de mai 1999, un article intitulé "La déraison au pouvoir" et qui se terminait par la question suivante : « Est-ce que l'ancien policier saura devenir chef de l'État ». Aujourd'hui, nous pouvons répondre à cette question sans hésitation. Monsieur Ismaël Omar Guelleh a raté sa transformation du policier à un homme d'État. Donc, le peuple djiboutien, n'ayant rien à attendre de lui, doit lui refuser un nouveau mandat. MDC
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