par
Colette Delsol
Les nouvelles d'Addis
8 février 2005. À quelques mois de lélection présidentielle djiboutienne (avril 2005), le paysage politique du pays est bien vide. On se demande si le président en exercice, Omar Ismaël Guelleh, ne va pas devoir trouver lui-même des opposants pour rendre sa réélection démocratiquement crédible.
Depuis la disparition de Ahmed Dini Ahmed (12/09/2004) et lexil forcé de Daher Ahmed Farah, lopposition se cherche et, faute de se trouver, pourrait bien appeler au boycott dune élection jouée davance. Si les dernières élections législatives avaient pu laisser espérer, sinon une alternance, au moins une représentation plus conforme à la réalité politique de Djibouti, cette élection présidentielle est purement formelle, sauf surprise de dernière minute.
Alors que la France et Djibouti ne sentreteniennent plus (médiatiquement) quau travers des suites de la désormais fameuse "affaire Borrel", le peuple djiboutien ne se fait plus aucune illusion sur léventualité dun changement dans son pays. Pas plus, dailleurs, que sur le ramdam qui est fait autour de laffaire en question. Ils sont nombreux à penser que ni Djibouti ni la France nont envie de modifier quoi que ce soit dans leurs relations. Il y va de leurs intérêts respectifs qui nont que peu de rapports avec ceux de la population djiboutienne. La présence militaire américaine et lentrée en force des intérêts financiers des Émirats à Djibouti ne peuvent quinciter la France à la prudence et Djibouti à la surenchère. Mais jusquoù ce bras de fer peut-il se poursuivre ?
Mme Borrel pourrait nêtre malgré tout le respect qui lui est dû pour le combat quelle mène depuis de longues années que la face émergée dun iceberg quon serait tenté dappeler affaire dÉtat. Sil est vrai que la résurgence de cette affaire, à ce moment précis de la vie politique djiboutienne, engendre quelques désagréments pour le pouvoir en place, cela ne lempêche en rien dentamer sa campagne, y compris en sen servant pour accuser les anciennes forces coloniales (devenues forces doccupation ou forces néocoloniales selon le journal gouvernemental) de diffamation à légard du président en exercice.
Côté français, le ministère des Affaires étrangères, a affirmé que « rien ne permet de mettre en cause les autorités djiboutiennes dans la mort du juge Borrel ». Le Quai dOrsay a, par ailleurs, annoncé quil allait transmettre une copie du dossier à Djibouti. Ce qui a provoqué lindignation, non seulement des avocats de Mme Borrel, mais aussi celle du Syndicat de la magistrature pour qui il sagit dune « nouvelle immixtion de lexécutif dans le cours de linstruction judiciaire concernant lassassinat du juge Borrel ».
Les exécutifs et le judiciaire semblent bien, en effet, se marcher sur les pieds. Reste à savoir pourquoi. À ce stade de linstruction, nul na la réponse. Pas plus quon ne sait qui pourrait trouver profit de cette période dinstabilité. CD