par
Colette Delsol
Les nouvelles d'Addis
15 mars 2005. De graves inquiétudes pèsent sur le prochain scrutin djiboutien. On envisageait une réélection sur tapis rouge de lactuel président Ismaël Omar Guelleh, pourtant, si lhypothèse nest pas fondamentalement remise en cause, ses conditions daccès à un nouveau mandat risquent dêtre périlleuses.
Lopposition, regroupée au sein de lUnion pour lalternance démocratique (UAD) (1), appelle à un boycott actif de la présidentielle. Ses arguments reprennent presque point par point ceux émis lors du scrutin des législatives de janvier 2003, par feu Ahmed Dini Ahmed (fondateur de lARD et leader de lUAD).
Ainsi lopposition réclame une refonte des listes électorales ; leur établissement par bureau de vote, dans les régions de lintérieur ; la communication des listes à tous les partis politiques ; une commission électorale composée à égalité de membres de lopposition et du pouvoir et présidée par une personnalité indépendante ; la révision du statut spécial de la capitale ; la modification de la Loi portant sur la proclamation des résultats et la remise des procès-verbaux ; laccès libre et équitable des partis politiques aux médias publics ; lamendement et lapplication effective de la loi de 1992 sur la communication qui autorise louverture de radios et de télévisions libres.
Ces revendications donnent une idée des conditions actuelles dun improbable scrutin équitable et transparent.
La Ligue djiboutienne des droits humains (LDDH) préconisait le report dun an de cette élection « qui risque de gravement remettre en cause la fragile paix civile ». Allusion faite notamment à lappel au boycott actif préconisé par lARD, qualifiée de « continuité historique du Frud-armé (2), partie signataire de lAccord de Paix du 12 mai 2001 ». Crainte dune reprise des armes par les anciens combattants du Frud ?
LARD se borne à mettre en garde ceux qui tireront les premiers sur les conséquences de leurs actes. Guère plus rassurant
Dautant que le Frud historique affirme dans un communiqué (8/03/05) que « le maintien dune structure politico-militaire » au sein du mouvement est légitimé par « lincapacité du pouvoir en place de traiter les causes profondes de la guerre civile ».
Si on ne connaît pas les modalités du boycott actif, il est clair que lopposition a très nettement modifié son attitude par rapport au précédent scrutin. Alors, Ahmed Dini Ahmed avait voulu participer activement à une campagne électorale et, in fine, dénoncer lincapacité des institutions de son pays à agir librement, en toute indépendance du pouvoir en place.
La participation de lopposition en 2003 avait engendré des réticences chez ceux qui prévoyaient lissue inéluctable du scrutin. Mais elle avait aussi soulevé lenthousiasme de populations qui, pour une fois, avaient pu assister à un vrai débat politique. À la proclamation des résultats, la déception nen fut que plus grande ; la tenue dune nouvelle élection sur des bases identiques ne pourrait provoquer que des frustrations supplémentaires.
Comment se présente ce scrutin ? Le président Ismaël Omar Guelleh brigue un second mandat. Un candidat sétait déclaré contre lui : Mohamed Daoud Chehem (Parti djiboutien pour le développement). Issu de lopposition mais non soutenu par elle, il a renoncé à sa candidature, officiellement par manque de moyens financiers. Son cavalier seul avait suscité de vives critiques ; il fut en outre lobjet dune campagne de dénigrement avant même lannonce officielle de sa candidature.
Le pouvoir affirme que lopposition a appelé au boycott faute dêtre en mesure de désigner un candidat pour la présidentielle. Pour autant, si le décès du vieux leader, Ahmed Dini Ahmed, a créé un vide dans les rangs des opposants, rien ne permet daffirmer quil se serait porté candidat à la magistrature suprême. On peut même en douter, au vu de son acharnement à faire reconnaître par les instances internationales la parodie délection que furent les législatives de 2003. En revanche, son absence en tant que modérateur peut peser lourd.
Les autres leaders de lopposition soit ont été contraints à lexil (Daher Ahmed Farah), soit font lobjet, à Djibouti, dune surveillance rapprochée qui leur laisse peu de marge de manuvre politique.
Reste donc un candidat à sa propre succession : Ismaël Omar Guelleh.
Le peu dempressement des autorités à accepter lhypothèse dune alternance démocratique risque dentraîner Djibouti dans une impasse dangereuse, où les frustrations politiques des uns et les difficultés économiques du plus grand nombre pourraient mettre à mal des Accords de paix déjà malmenés. CD
(1) UAD, Union pour lalternance démocratique ; regroupant lAlliance républicaine pour le développement (ARD), le Mouvement pour le renouveau démocratique (MRD) et lUnion pour la démocratie et la justice (UDJ). LUAD a conduit les listes dopposition, en janvier 2003. Le Parti djiboutien pour le développement (PDD) faisait également partie de lUAD lors de ce scrutin.
(2) Frud, Front pour la restauration de lunité et de la démocratie.