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Djibouti, élection présidentielle, 8 avril 2005

Appel au “boycott actif”
lancé par l’opposition djiboutienne unie

par
Colette Delsol
Les nouvelles d'Addis

        
15 mars 2005.
– De graves inquiétudes pèsent sur le prochain scrutin djiboutien. On envisageait une réélection sur tapis rouge de l’actuel président Ismaël Omar Guelleh, pourtant, si l’hypothèse n’est pas fondamentalement remise en cause, ses conditions d’accès à un nouveau mandat risquent d’être périlleuses.

L’opposition, regroupée au sein de l’Union pour l’alternance démocratique (UAD) (1), appelle à un “boycott actif” de la présidentielle. Ses arguments reprennent presque point par point ceux émis lors du scrutin des législatives de janvier 2003, par feu Ahmed Dini Ahmed (fondateur de l’ARD et leader de l’UAD).

Ainsi l’opposition réclame une refonte des listes électorales ; leur établissement par bureau de vote, dans les régions de l’intérieur ; la communication des listes à tous les partis politiques ; une commission électorale composée à égalité de membres de l’opposition et du pouvoir et présidée par une personnalité indépendante ; la révision du statut spécial de la capitale ; la modification de la Loi portant sur la proclamation des résultats et la remise des procès-verbaux ; l’accès libre et équitable des partis politiques aux médias publics ; l’amendement et l’application effective de la loi de 1992 sur la communication qui autorise l’ouverture de radios et de télévisions libres.

Ces revendications donnent une idée des conditions actuelles d’un improbable scrutin équitable et transparent.

La Ligue djiboutienne des droits humains (LDDH) préconisait le report d’un an de cette élection « qui risque de gravement remettre en cause la fragile paix civile ». Allusion faite notamment à l’appel au boycott actif préconisé par l’ARD, qualifiée de « continuité historique du Frud-armé (2), partie signataire de l’Accord de Paix du 12 mai 2001 ». Crainte d’une reprise des armes par les anciens combattants du Frud ?

L’ARD se borne à mettre en garde ceux qui tireront les premiers sur les conséquences de leurs actes. Guère plus rassurant… D’autant que le Frud “historique” affirme dans un communiqué (8/03/05) que « le maintien d’une structure politico-militaire » au sein du mouvement est légitimé par « l’incapacité du pouvoir en place de traiter les causes profondes de la guerre civile ».

Si on ne connaît pas les modalités du boycott actif, il est clair que l’opposition a très nettement modifié son attitude par rapport au précédent scrutin. Alors, Ahmed Dini Ahmed avait voulu participer activement à une campagne électorale et, in fine, dénoncer l’incapacité des institutions de son pays à agir librement, en toute indépendance du pouvoir en place.

La participation de l’opposition en 2003 avait engendré des réticences chez ceux qui prévoyaient l’issue inéluctable du scrutin. Mais elle avait aussi soulevé l’enthousiasme de populations qui, pour une fois, avaient pu assister à un vrai débat politique. À la proclamation des résultats, la déception n’en fut que plus grande ; la tenue d’une nouvelle élection sur des bases identiques ne pourrait provoquer que des frustrations supplémentaires.

Comment se présente ce scrutin ? Le président Ismaël Omar Guelleh brigue un second mandat. Un candidat s’était déclaré contre lui : Mohamed Daoud Chehem (Parti djiboutien pour le développement). Issu de l’opposition mais non soutenu par elle, il a renoncé à sa candidature, officiellement par manque de moyens financiers. Son cavalier seul avait suscité de vives critiques ; il fut en outre l’objet d’une campagne de dénigrement avant même l’annonce officielle de sa candidature.

Le pouvoir affirme que l’opposition a appelé au boycott faute d’être en mesure de désigner un candidat pour la présidentielle. Pour autant, si le décès du vieux leader, Ahmed Dini Ahmed, a créé un vide dans les rangs des opposants, rien ne permet d’affirmer qu’il se serait porté candidat à la magistrature suprême. On peut même en douter, au vu de son acharnement à faire reconnaître par les instances internationales la parodie d’élection que furent les législatives de 2003. En revanche, son absence en tant que modérateur peut peser lourd.

Les autres leaders de l’opposition soit ont été contraints à l’exil (Daher Ahmed Farah), soit font l’objet, à Djibouti, d’une “surveillance” rapprochée qui leur laisse peu de marge de manœuvre politique.

Reste donc un candidat à sa propre succession : Ismaël Omar Guelleh.

Le peu d’empressement des autorités à accepter l’hypothèse d’une alternance démocratique risque d’entraîner Djibouti dans une impasse dangereuse, où les frustrations politiques des uns et les difficultés économiques du plus grand nombre pourraient mettre à mal des Accords de paix déjà malmenés. – CD


(1) UAD, Union pour l’alternance démocratique ; regroupant l’Alliance républicaine pour le développement (ARD), le Mouvement pour le renouveau démocratique (MRD) et l’Union pour la démocratie et la justice (UDJ). L’UAD a conduit les listes d’opposition, en janvier 2003. Le Parti djiboutien pour le développement (PDD) faisait également partie de l’UAD lors de ce scrutin.

(2) Frud, Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie.

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