par
Colette Delsol
Les nouvelles d'Addis
25 mars 2005. On ne peut plus parler délection présidentielle à Djibouti, pour le scrutin du 8 avril prochain. Les électeurs ont le choix entre voter pour le président en place ou pour son départ, car aucun candidat ne se présente contre lui.
Lopposition, dans sa grande majorité, a appelé à un boycott actif.
Certains fervents supporters du président appellent à « voter massivement » pour le président. Ainsi Me Aref Mohamed Aref dans La Nation, considère, à juste titre, que la « la légitimité populaire est le fondement et la source de tout pouvoir. » Il ne dit pas ce quil en sera de lassise de ce pouvoir, si les Djiboutiens boudent le scrutin et répondent massivement à lappel au boycott lancé par lopposition ?
Me Aref nhésite pas à comparer lenjeu de cette élection « à celui auquel ont été confrontés les Djiboutiens au moment dopter et de voter leur indépendance politique ». Autrement dit, cest le président Ismaël Omar Guelleh ou le déluge. Largument de la souveraineté de Djibouti est brandi par le pouvoir depuis des années. Mais quen est-il dans les faits ? Là où stationnait une armée étrangère (française), stationnent maintenant trois armées (française encore américaine et allemande). Les principaux intérêts économiques de Djibouti sont entre les mains de Dubaï (aéroport, port
). Me Aref évoque dailleurs le projet du port de Doraleh « qui consiste, selon lui, en réalité en une délocalisation partielle de la zone franche de Dubaï pour toute l'Afrique ». Si ce projet ambitieux peut attirer des investisseurs cest tout le mal quon souhaite à Djibouti encore faudrait-il que ses retombées bénéficient aux Djiboutiens.
Faute de candidat de lopposition, le pouvoir en est réduit à faire de lauto-propagande. Lors du précédent scrutin législatives de janvier 2003 les arguments du pouvoir se limitaient, le plus souvent, à de vastes campagnes de diffamation contre les opposants. Pour cette élection, nayant pas de cible, le pouvoir est plongé dans lattente fébrile du jour du scrutin, ignorant la forme que peut prendre ce « boycott actif » prôné par lopposition.
À quoi peut-on assister à Djibouti ? À une révolution orange à lukrainienne ? À une abstention massive, revue et corrigée par les chiffres officiels ? À des manifestations réprimées par une violente répression policière ? À un plébiscite pour le président sortant, Ismaël Omar Guelleh ? À une réélection plus politiquement correcte, avec des chiffres moins flagrants ? Tout est possible, tant les antagonismes sont marqués et les déceptions visibles.
Quelle est la position des puissances étrangères présentes sur le sol djiboutien ? On peut difficilement imaginer leur neutralité, dans le cas où la situation intérieure deviendrait explosive. Mais laquelle dentre elles pourrait prendre le risque de sinterposer ouvertement après les épisodes ivoiriens et togolais sans parler de lIraq ? On sait la difficulté de mener des opérations de police pour des armées en opération. Et, dailleurs, quelle en serait la justification, aux yeux des opinions publiques de leurs pays ? Maintenir au pouvoir un président dont ses concitoyens souhaiteraient le départ ?
Si les Djiboutiens se sont habitués à la présence darmées étrangères sur leur sol, ils auraient sans doute plus de mal à accepter quelles simmiscent dans leurs choix politiques. Leur nationalisme pourrait bien se réveiller et, là comme ailleurs, secouer à la fois le pouvoir en place et ses alliés. CD