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Axoum, retour de l'obélisque

Axoum :
Les plus grands exemples connus de monolithes
taillés dans l’Antiquité

par Paul B. Henze

(Extrait du journal Les nouvelles d'Addis n° 39, 15 janvier 2004)
        


Extrait de Layer’s of time (L’Œuvre du temps), de Paul Henze.
La traduction française, par Robert Wiren, de cette Histoire de l’Éthiopie écrite par le chercheur américain, est parue en juin 2004, chez Moulin du pont, dans la collection Les nouvelles d’Addis.
Les six stèles en granite avec des étages en relief sont les plus connues pour caractériser Axoum et elles sont particulièrement impressionnantes pour les visiteurs d’aujourd’hui. Ce sont les plus grands exemples connus de monolithes taillés dans l’Antiquité. Nous n’avons pas d’indices au sujet de la technologie utilisée pour les découper et les transporter, les dresser verticalement et assurer leur stabilité. La plus grande qui dépasse trente-trois mètres de hauteur, s’est abattue apparemment au moment de son érection ou peu après. Elle est sculptée sur tous les côtés avec douze étages. En tombant elle a en partie écrasé près de sa base un ensemble funéraire surmonté d’une énorme pierre plate et rectangulaire, elle-même une merveille technologique.

Les stèles, sans ornementation et de taille moyenne, ont pu faire partie du symbolisme religieux en Éthiopie du nord bien avant l’émergence d’Axoum comme centre d’un empire. On en trouve en beaucoup d’endroits à travers la région – à Yeha et dans des sites plus petits, par exemple, dans le cimetière d’une église moderne construite sur des fondations axoumites, Mariam Tehot, au sud d’Edaga Hamous, au Tigray oriental. Il est notoire que leur datation est difficile. On est obligé de dire la même chose pour les grandes stèles décorées qui caractérisent la ville. Aucun symbole chrétien n’a été trouvé sur celles-ci. On estime maintenant que leur érection a dû commencer au IIIème siècle av. J-C au moins et qu’elle s’est achevée après l’adoption du Christianisme. Les fouilles de l’Institut britannique d’Afrique de l’est en 1973-74 ont confirmé le fait qu’il s’agissait de monuments funéraires avec des tombes à leur pied. Mais pour qui ? On n’a pas trouvé de noms de rois ou d’objets permettant d’identifier les souverains honorés. Des plaques en métal ou en bois fixées au sommet des stèles (les trous sont encore visibles) ont pu porter les noms. Mais aucune n’a été trouvée. Les tombes très accessibles ont été pillées dès l’Antiquité bien que des objets intéressants aient encore été retrouvés.

Les premiers voyageurs ont vu un rapport entre les obélisques égyptiens et les stèles, mais il n’y a aucun lien. On les rapprochées des styles architecturaux sud arabiques – par exemple, les grands bâtiments en briques de terre crue de l’Hadramaout qui ont de huit à dix étages – mais il n’y a guère de similitude et on ne construisait pas de tels bâtiments dans le nord de l’Éthiopie. On y trouvait quantités de pierres. Les stèles sculptées sont exceptionnelles. Elles reproduisent dans la pierre les traits caractéristiques de l’architecture classique axoumite – les traverses rondes visibles “à tête de singe”, et les portes et fenêtres encadrées par des dormants carrés emboîtés – qui ont dominé en Éthiopie. Beaucoup de bois était nécessaire pour ce genre de constructions.

Il y a des traits sud-arabiques plus courants que l’on trouve dans certaines constructions axoumites. Les angles droits et les alignements rectangulaires prévalent. Il y a un souci de symétrie. L’ornementation est pauvre. Les bâtiments importants s’élèvent tous sur une plate-forme empierrée massive et la plupart présentent une entrée monumentale avec des escaliers symétriques bien dessinés. On accède parfois aux tombeaux en pierre de taille par des escaliers semblables. De grands bâtiments dont les fondations on été mises à jour à Axoum et à Agoula, étaient vastes et comprenaient de nombreuses pièces distinctes. La grand palais de Ta’akha Maryam à Axoum qui mesure 120 mètres sur 80, était bien plus grand que les palais romains et byzantins de l’époque. Il avait sans doute plusieurs étages avec des colonnes soutenant les plafonds de ses grandes pièces. On utilisait sans doute des poteaux en bois fixés sur une base en pierre et les toits en pierre devaient être posés sur des poutres en bois qui ont disparu depuis longtemps. Les murs étaient souvent faits de couches de petites pierres séparées et renforcées par des poutres en bois. Celles-ci ont dû finalement pourrir et provoquer l’effondrement des murs dont il ne reste que des amoncellements de pierre. Il y a des traces de portiques à colonnes et de cages d’escalier à l’intérieur de certains bâtiments. Kosmas Indicopleustes évoque « le palais avec quatre tours du roi d’Éthiopie ». Cette mention ferait allusion à l’une des constructions dont les fondations ont été mises à jour à Axoum.

Si les fouilles ont montré qu’il y avait un ou deux étages, rien n’a été conservé en hauteur, mais on peut avoir un bon exemple de l’aspect probable de ces bâtiments avec certaines églises taillées dans le rocher à Lalibela, particulièrement Bet Emmanuel et Bet Guiorguis, cette dernière étant comme une tour dans une excavation profonde. Sur ces églises, les fenêtres et les porches sculptés dans la pierre imitent un assemblage en bois. Sur la surface des murs alternent des avancées et des retraits formés par des poutres massives en bois assemblées entre elles. Cette technique rendait possible la construction avec un remplissage fait de pierres relativement petites parfois même irrégulières. – PH [Traduction Robert Wiren]


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