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Mélès Zénawi (1), Paris, 28 novembre 1998 [en marge du sommet Afrique-France]
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Mélès Zénawi (2), Addis-Abeba, 21 janvier 1999 [alors que la guerre avec l'Érythrée semble inévitable]
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Mélès Zénawi (3), Addis-Abeba, 23 janvier 2003 [famine, question de la terre, troubles régionaux]
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Mélès Zénawi (4), Paris, 16 avril 2005 [visite d'État en France] (fra)
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Meles Zenawi (4), Paris, April 16th, 2005 [State Visit in France] (eng)
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Mélès Zénawi à Paris ; nouvelles et communiqués
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Mélès Zénawi, Premier ministre
de la République fédérale démocratique dÉthiopie
entretien avec Les nouvelles dAddis
Paris, hôtel Raphaël, 16 avril 2005, 11h00
propos recueillis par Alain Leterrier
interprète français-amharique-anglais : Katia Girma
photos : Afework Girma |
Paris, hôtel Raphaël, samedi 16 avril 2005, 11h00. Ato Mélès rentrait de l'Élysée, de la rencontre avec le président Chirac. La délégation était fébrile ; il ne restait que très peu de temps avant de devoir rallier Roissy ; grève, circulation, fenêtre horaire
Conclusion : 15 mn pour l'entretien, à peine plus. Dur pour Les nouvelles d'Addis, journal plutôt coûtumier des formats "longs"
Au débotté, ne garder qu'une question sur trois
On fera plus détaillé la prochaine fois, puisque, selon Mélès Zénawi, pas spécialement terrorisé par l'échéance électorale prochaine : il devrait y avoir des prochaines fois.
(Exclusif)
LNA. Merci de nous recevoir. Ceci est votre quatrième entretien avec LNA.
MZ. Oui, en effet.
LNA. Pourquoi cette visite dÉtat en France, en ce moment ?
MZ. La raison pour laquelle je suis venu maintenant, cest parce que je sentais, au vu des très bonnes relations quont la France et lÉthiopie, que cétait le moment dune rencontre afin que celles-ci puissent devenir excellentes.
LNA. Vous avez rencontré le président Chirac ce matin. Que vous a-t-il dit ? Que lui avez-vous demandé et quavez-vous proposé à la France, puisque quil sagit de relations bilatérales ?
MZ. Cette réunion était brillante, probablement la meilleure que jaie eue avec le président Chirac. Nous avons discuté de questions bilatérales, commerce, investissements, coopération culturelle et sur tous ces points, nous étions daccord. Nous étions daccord sur la coopération bilatérale, nous avons aussi parlé des problèmes régionaux, les conflits dans la région en Somalie, au Soudan, en Érythrée, sur tous ces sujets, nous avons la même opinion.
LNA. Même sur le conflit avec lÉrythrée ?
MZ. Sur lÉrythrée, la position de la France est la suivante. Premièrement, elle insiste sur le fait que la décision de la Commission de délimitation de la frontière est légale et obligatoire : nous sommes daccord. La France insiste sur le fait quil doit y avoir un dialogue pour la mise en uvre de la décision et pour la normalisation des relations entre nos deux pays : nous sommes daccord. Elle insiste enfin sur le fait quil ne doit pas y avoir de nouveau conflit entre lÉrythrée et lÉthiopie : nous sommes daccord.
LNA. Concernant les questions de développement économique, vous êtes un des avocats de labandon de la dette pour les pays pauvres. Pensez-vous que ce soit la solution aux problèmes du développement dans ces pays, dont le vôtre ?
MZ. Lannulation est une partie de la solution, ce nest pas LA solution. Mais cest un élément de solution. Je voudrais souligner le fait que la France a annulé lintégralité de la dette que lÉthiopie avait envers elle. Et, plus important, la France a été à lavant-garde de lannulation de la dette, non seulement pour lÉthiopie mais également pour lensemble du continent africain. Ceci est une chose très importante à nos yeux.
LNA. Quelles sont les opportunités dinvestissement en Éthiopie ? Comment pouvez-vous convaincre les investisseurs français ?
MZ. Comme vous le savez, lÉthiopie est un pays pauvre et il peut absorber bien plus dinvestissements étrangers quil nen a jamais obtenus. Ces dernières années, un certain nombre dentreprises françaises ont investi dans notre pays. Quelques unes sont intéressées par le domaine des infrastructures comme Alcatel ou Areva. Quelques unes sont intéressées par la vente de leurs produits, comme Airbus. Quelques unes enfin sont intéressées pour investir dans notre pays, cest le cas de quelques entreprises dans le secteur de lhorticulture. Ces deux ou trois dernières années, il y a eu une hausse significative de réalisation dinvestissements entre la France et lÉthiopie. Il y a un accord entre nos deux pays qui assure des garanties pour les investissements et nous sommes en train de discuter de la signature dun accord supprimant la double taxation. Les compagnies françaises en Éthiopie sont taxées en Éthiopie mais le sont également en France. Nous discutons en ce moment afin de nous assurer quelles ne seront plus taxées deux fois et il y a une réelle volonté des deux gouvernements de trouver une solution à ce problème de la double taxation, ce qui stimulerait sensiblement les investissements entre les deux pays. |
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LNA. Vous avez effectué une visite chez Airbus. Ethiopian Airlines aurait-elle des projets concernant Airbus ?
MZ. Le ministre des Affaires étrangères [Seyoum Mesfin, ndlr], qui est aussi membre du directoire dEthiopian Airlines, sest rendu à Toulouse hier, accompagné dune équipe technique. Ethiopian Airlines examine les possibilités dacquérir des avions Airbus et est intéressée pour acheter des appareils, partout où elle peut le faire, au meilleur prix en ny perdant pas en qualité.
LNA. Concernant le développement de la capitale Addis-Abeba. De nombreux travaux sont en ce moment réalisés dans la ville. Comment arriver à développer la capitale africaine sans lui faire perdre son âme et sans chasser les couches populaires de leurs quartiers ?
MZ. Je suis daccord avec vous lorsque vous parlez de nombreuses activités de construction en cours à Addis-Abeba. Nous sommes en train de réorganiser la ville entière et nous efforçons de nous assurer que les faibles revenus bénéficieront également de ces travaux. Nous avons recours à différents mécanismes pour atteindre ce but. En premier lieu, le gouvernement fait construire des habitations à faible coût. Ceux qui nont que de faibles revenus auront un accès prioritaire à ces logements à faible coût au moyen demprunts aux taux de crédit plus faibles. Cest la municipalité qui construit ces habitations. Le projet est den bâtir 100.000 pour la population dAddis-Abeba. La construction de ces logements se fait en impliquant des petites et des micro entreprises dans les travaux. De ce fait, les gens pauvres pourront-ils non seulement accéder à ces logements mais également avoir lopportunité de travailler sur ces projets de construction de logements. Dans le même temps, nous encourageons les investisseurs privés à construire des logements pour ceux qui ont des revenus élevés.
LNA. Venons-en aux élections générales. La coalition EPRDF a-t-elle apporté des modifications ou de nouvelles propositions dans le programme quelle soumettra le 15 mai ?
MZ. Essentiellement, lEPRDF maintient ses positions fondamentales. Nous pensons, particulièrement au cours de ces deux dernières années, que les résultats de notre politique ont commencé à être concrets. Vous le savez probablement, nous avons doublé notre indice de croissance économique [croissance de 11.6% du PIB en 2003-2004, ndlr] et nos exportations progressent de 25% par an depuis ces deux dernières années. Et nous croyons que puisque cette politique a des résultats positifs, il ny a aucune raison den changer.
LNA. Que répondez-vous aux leaders de lopposition qui disent que la fédération est encore très centralisée ?
MZ. La plupart de ceux qui critiquent notre politique fédérale disent que nous avons trop décentralisé et trop vite. Je suis très content quil y ait des gens qui nous critiquent pour ne pas avoir assez décentralisé. Parce que cela contrebalance lopinion de ceux qui se plaignent du contraire. Pour moi, cela signifie que nous avons plutôt raison si beaucoup de gens nous critiquent pour ne pas avoir décentralisé assez et dautres pour lavoir trop fait, cela signifie que peut-être que nous sommes entre les deux et il est bon dêtre au juste milieu !
LNA. Personnellement, comment abordez-vous lélection ? Est-ce quil y aura un cinquième entretien avec Les nouvelles dAddis ?
MZ. [rire] Bien. Je suis ici à Paris ; la campagne bat son plein à Addis-Abeba. Je ne pense pas que quelquun qui serait inquiet pour le résultat des élections quitterait le pays pour une visite à létranger. Jai bon espoir que nous nous rencontrerons non seulement une cinquième fois, mais aussi une sixième
[rires]
LNA. Nous retenons le prochain rendez-vous !
MZ. [rire]
LNA. Pendant cette visite de trois jours, très important une visite dÉtat de trois jours ! , la France a beaucoup insisté sur les questions de politique régionale : Éthiopie, Érythrée, Soudan etc. Est-ce que lÉthiopie peut apporter quelque chose à la démocratisation de la région ?
MZ. La contribution la plus importante que nous pouvons apporter pour la paix dans notre région est de persuader que la démocratie est forte et pleine de vitalité dans notre pays. La population éthiopienne compte environ 72 millions de personnes et cela représente une grande partie de la population de la corne de lAfrique. Si 72 millions de personnes peuvent prouver quils peuvent avoir une démocratie dynamique, cela aura un effet positif sur lensemble du voisinage. Cest en ceci que réside le principal de notre contribution.
LNA. Dernière question. Est-ce que vous allez entretenir des relations avec le nouveau Sud-Soudan ?
MZ. Nous avons de très bonnes relations avec le SPLA et le SPLM. Nous avons de même de bonnes relations avec le gouvernement soudanais. Nous sommes un des quelques pays qui a de très bonnes relations avec les deux camps et nous faisons de notre mieux pour les aider à mettre en uvre leur accord. |
Mélès Zénawi et Les nouvelles dAddis : « Cest en français, je ne les lis pas mais je sais que vous travaillez très dur pour faire vivre ce journal. Personne navait fait ça avant. Et je sais que cela nécessite beaucoup de courage et beaucoup defforts. Sil vous plaît, continuez ! » [16 avril 2005, Paris]
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