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Mélès Zénawi, Premier ministre
de la République fédérale démocratique d’Éthiopie

entretien avec Les nouvelles d’Addis
Paris, hôtel Raphaël, 16 avril 2005, 11h00

propos recueillis par Alain Leterrier
interprète français-amharique-anglais : Katia Girma
photos : Afework Girma


Paris, hôtel Raphaël, samedi 16 avril 2005, 11h00. Ato Mélès rentrait de l'Élysée, de la rencontre avec le président Chirac. La délégation était fébrile ; il ne restait que très peu de temps avant de devoir rallier Roissy ; grève, circulation, fenêtre horaire… Conclusion : 15 mn pour l'entretien, à peine plus. Dur pour Les nouvelles d'Addis, journal plutôt coûtumier des formats "longs"… Au débotté, ne garder qu'une question sur trois… On fera plus détaillé la prochaine fois, puisque, selon Mélès Zénawi, pas spécialement terrorisé par l'échéance électorale prochaine : il devrait y avoir des prochaines fois.

(Exclusif)

LNA. Merci de nous recevoir. Ceci est votre quatrième entretien avec LNA.
MZ. Oui, en effet.

LNA. Pourquoi cette visite d’État en France, en ce moment ?
MZ. La raison pour laquelle je suis venu maintenant, c’est parce que je sentais, au vu des très bonnes relations qu’ont la France et l’Éthiopie, que c’était le moment d’une rencontre afin que celles-ci puissent devenir excellentes.

LNA. Vous avez rencontré le président Chirac ce matin. Que vous a-t-il dit ? Que lui avez-vous demandé et qu’avez-vous proposé à la France, puisque qu’il s’agit de relations bilatérales ?
MZ. Cette réunion était brillante, probablement la meilleure que j’aie eue avec le président Chirac. Nous avons discuté de questions bilatérales, commerce, investissements, coopération culturelle et sur tous ces points, nous étions d’accord. Nous étions d’accord sur la coopération bilatérale, nous avons aussi parlé des problèmes régionaux, les conflits dans la région en Somalie, au Soudan, en Érythrée, sur tous ces sujets, nous avons la même opinion.

LNA. Même sur le conflit avec l’Érythrée ?
MZ. Sur l’Érythrée, la position de la France est la suivante. Premièrement, elle insiste sur le fait que la décision de la Commission de délimitation de la frontière est légale et obligatoire : nous sommes d’accord. La France insiste sur le fait qu’il doit y avoir un dialogue pour la mise en œuvre de la décision et pour la normalisation des relations entre nos deux pays : nous sommes d’accord. Elle insiste enfin sur le fait qu’il ne doit pas y avoir de nouveau conflit entre l’Érythrée et l’Éthiopie : nous sommes d’accord.

LNA. Concernant les questions de développement économique, vous êtes un des avocats de l’abandon de la dette pour les pays pauvres. Pensez-vous que ce soit la solution aux problèmes du développement dans ces pays, dont le vôtre ?
MZ. L’annulation est une partie de la solution, ce n’est pas LA solution. Mais c’est un élément de solution. Je voudrais souligner le fait que la France a annulé l’intégralité de la dette que l’Éthiopie avait envers elle. Et, plus important, la France a été à l’avant-garde de l’annulation de la dette, non seulement pour l’Éthiopie mais également pour l’ensemble du continent africain. Ceci est une chose très importante à nos yeux.

LNA. Quelles sont les opportunités d’investissement en Éthiopie ? Comment pouvez-vous convaincre les investisseurs français ?
MZ. Comme vous le savez, l’Éthiopie est un pays pauvre et il peut absorber bien plus d’investissements étrangers qu’il n’en a jamais obtenus. Ces dernières années, un certain nombre d’entreprises françaises ont investi dans notre pays. Quelques unes sont intéressées par le domaine des infrastructures comme Alcatel ou Areva. Quelques unes sont intéressées par la vente de leurs produits, comme Airbus. Quelques unes enfin sont intéressées pour investir dans notre pays, c’est le cas de quelques entreprises dans le secteur de l’horticulture. Ces deux ou trois dernières années, il y a eu une hausse significative de réalisation d’investissements entre la France et l’Éthiopie. Il y a un accord entre nos deux pays qui assure des garanties pour les investissements et nous sommes en train de discuter de la signature d’un accord supprimant la double taxation. Les compagnies françaises en Éthiopie sont taxées en Éthiopie mais le sont également en France. Nous discutons en ce moment afin de nous assurer qu’elles ne seront plus taxées deux fois et il y a une réelle volonté des deux gouvernements de trouver une solution à ce problème de la double taxation, ce qui stimulerait sensiblement les investissements entre les deux pays.

Meles Zenawi, entretien avec Les nouvelles d’Addis, 16 avril 2005
Meles Zenawi, entretien avec Les nouvelles d’Addis, 16 avril 2005 Meles Zenawi, entretien avec Les nouvelles d’Addis, 16 avril 2005
Meles Zenawi, entretien avec Les nouvelles d’Addis, 16 avril 2005 Meles Zenawi, entretien avec Les nouvelles d’Addis, 16 avril 2005 Meles Zenawi, entretien avec Les nouvelles d’Addis, 16 avril 2005
Meles Zenawi, entretien avec Les nouvelles d’Addis, 16 avril 2005 Meles Zenawi, entretien avec Les nouvelles d’Addis, 16 avril 2005 Meles Zenawi, entretien avec Les nouvelles d’Addis, 16 avril 2005
LNA. Vous avez effectué une visite chez Airbus. Ethiopian Airlines aurait-elle des projets concernant Airbus ?
MZ. Le ministre des Affaires étrangères [Seyoum Mesfin, ndlr], qui est aussi membre du directoire d’Ethiopian Airlines, s’est rendu à Toulouse hier, accompagné d’une équipe technique. Ethiopian Airlines examine les possibilités d’acquérir des avions Airbus et est intéressée pour acheter des appareils, partout où elle peut le faire, au meilleur prix en n’y perdant pas en qualité.

LNA. Concernant le développement de la capitale Addis-Abeba. De nombreux travaux sont en ce moment réalisés dans la ville. Comment arriver à développer la capitale africaine sans lui faire perdre son âme et sans chasser les couches populaires de leurs quartiers ?
MZ. Je suis d’accord avec vous lorsque vous parlez de nombreuses activités de construction en cours à Addis-Abeba. Nous sommes en train de réorganiser la ville entière et nous efforçons de nous assurer que les faibles revenus bénéficieront également de ces travaux. Nous avons recours à différents mécanismes pour atteindre ce but. En premier lieu, le gouvernement fait construire des habitations à faible coût. Ceux qui n’ont que de faibles revenus auront un accès prioritaire à ces logements à faible coût au moyen d’emprunts aux taux de crédit plus faibles. C’est la municipalité qui construit ces habitations. Le projet est d’en bâtir 100.000 pour la population d’Addis-Abeba. La construction de ces logements se fait en impliquant des petites et des micro entreprises dans les travaux. De ce fait, les gens pauvres pourront-ils non seulement accéder à ces logements mais également avoir l’opportunité de travailler sur ces projets de construction de logements. Dans le même temps, nous encourageons les investisseurs privés à construire des logements pour ceux qui ont des revenus élevés.

LNA. Venons-en aux élections générales. La coalition EPRDF a-t-elle apporté des modifications ou de nouvelles propositions dans le programme qu’elle soumettra le 15 mai ?
MZ. Essentiellement, l’EPRDF maintient ses positions fondamentales. Nous pensons, particulièrement au cours de ces deux dernières années, que les résultats de notre politique ont commencé à être concrets. Vous le savez probablement, nous avons doublé notre indice de croissance économique [croissance de 11.6% du PIB en 2003-2004, ndlr] et nos exportations progressent de 25% par an depuis ces deux dernières années. Et nous croyons que puisque cette politique a des résultats positifs, il n’y a aucune raison d’en changer.

LNA. Que répondez-vous aux leaders de l’opposition qui disent que la fédération est encore très centralisée ?
MZ. La plupart de ceux qui critiquent notre politique fédérale disent que nous avons trop décentralisé et trop vite. Je suis très content qu’il y ait des gens qui nous critiquent pour ne pas avoir assez décentralisé. Parce que cela contrebalance l’opinion de ceux qui se plaignent du contraire. Pour moi, cela signifie que nous avons plutôt raison si beaucoup de gens nous critiquent pour ne pas avoir décentralisé assez et d’autres pour l’avoir trop fait, cela signifie que peut-être que nous sommes entre les deux et il est bon d’être au juste milieu !

LNA. Personnellement, comment abordez-vous l’élection ? Est-ce qu’il y aura un cinquième entretien avec Les nouvelles d’Addis ?
MZ. [rire] Bien. Je suis ici à Paris ; la campagne bat son plein à Addis-Abeba. Je ne pense pas que quelqu’un qui serait inquiet pour le résultat des élections quitterait le pays pour une visite à l’étranger. J’ai bon espoir que nous nous rencontrerons non seulement une cinquième fois, mais aussi une sixième… [rires]

LNA. Nous retenons le prochain rendez-vous !
MZ. [rire]

LNA. Pendant cette visite de trois jours, – très important une visite d’État de trois jours ! –, la France a beaucoup insisté sur les questions de politique régionale : Éthiopie, Érythrée, Soudan etc. Est-ce que l’Éthiopie peut apporter quelque chose à la démocratisation de la région ?
MZ. La contribution la plus importante que nous pouvons apporter pour la paix dans notre région est de persuader que la démocratie est forte et pleine de vitalité dans notre pays. La population éthiopienne compte environ 72 millions de personnes et cela représente une grande partie de la population de la corne de l’Afrique. Si 72 millions de personnes peuvent prouver qu’ils peuvent avoir une démocratie dynamique, cela aura un effet positif sur l’ensemble du voisinage. C’est en ceci que réside le principal de notre contribution.

LNA. Dernière question. Est-ce que vous allez entretenir des relations avec le nouveau Sud-Soudan ?
MZ. Nous avons de très bonnes relations avec le SPLA et le SPLM. Nous avons de même de bonnes relations avec le gouvernement soudanais. Nous sommes un des quelques pays qui a de très bonnes relations avec les deux camps et nous faisons de notre mieux pour les aider à mettre en œuvre leur accord.

Mélès Zénawi et Les nouvelles d’Addis : « C’est en français, je ne les lis pas mais je sais que vous travaillez très dur pour faire vivre ce journal. Personne n’avait fait ça avant. Et je sais que cela nécessite beaucoup de courage et beaucoup d’efforts. S’il vous plaît, continuez ! » [16 avril 2005, Paris]

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