Paris, 9 juin 2005
Après lannonce des résultats provisoires des élections générales du 15 mai 2005, un mouvement estudiantin a été lancé dans la capitale éthiopienne dans la nuit du 5 au 6 juin 2005. Selon les sources, les autorités auraient procédé à larrestation de plus de 500 étudiants. Plus de 20 auraient été tués lors daltercations avec la police et de nombreux autres blessés et transportés dans les hôpitaux de la ville.
La Commission électorale avait annoncé la victoire de lEPRDF (coalition sortante) par 320 sièges contre 193 à lopposition. Elle avait cependant précisé que des plaintes avaient été déposées pour plus de 15.000 bureaux de vote dans 299 circonscriptions, affirmant que les plaintes pour lesquelles il y avait des preuves seraient examinées. Cette annonce na apparemment pas satisfait les étudiants qui ont lancé une manifestation, malgré linterdiction de rassemblement public dun mois décrétée par le Premier ministre après le scrutin. De violents heurts ont éclaté lors de la manifestation des étudiants. Il semblerait que certaines victimes aient été tuées par balle par les forces spéciales, tandis que dautres auraient succombé à des matraquages.
Un appel à une journée morte avait été lancé par tracts, pour le 8 juin. De nombreux chauffeurs de taxi ont répondu à cet appel, de même que certains commerçants de la ville.
Lopposition et le pouvoir se rejettent la responsabilité de cette dégradation de la situation. Lopposition affirme quelle na pas appelé les étudiants à manifester, pas plus quelle na demandé une grève générale.
Le pouvoir, pour sa part, déclare, par la voix de son porte-parole, que lopposition a violé linterdiction de manifestation décidée par le gouvernement et qu'elle est donc responsable de ce qui se passe. Les autorités affirment quelles ont arrêté des manifestants qui se livraient à des pillages. Ce nest pas le point de vue des étudiants qui ont lancé leur protestation après larrestation de 8 dentre eux, supposés être les meneurs de la fronde.
Selon certains observateurs, lopposition avait fait savoir, de manière plus ou moins directe, par certains journaux locaux, quelle demandait une journée morte le 8 juin, jour initialement prévu pour lannonce officielle des résultats du scrutin.
À lexamen de ces événements, on pourrait se demander à qui profite le crime. Le pouvoir na pas intérêt à voir la situation intérieure se détériorer. De nombreux observateurs étrangers sont encore sur place. Donner limage dun pouvoir répressif et autoritaire, après un scrutin qui aurait pu être considéré comme exemplaire, serait suicidaire, tant sur un plan intérieur quinternational.
Lopposition avait fait savoir, dès la fin des opérations de vote, quelle boycotterait le parlement si les résultats ne reflétaient pas la volonté du peuple. Mais quen est-il de la volonté du peuple, alors que les résultats ne sont pas encore définitifs, que de nouvelles élections devront être organisées dans certains bureaux et de nouveaux décomptes effectués dans dautres.
La majorité sortante et lopposition ont peut-être présumé de cette volonté du peuple en saffirmant gagnantes, lune et lautre, avant lheure. En procédant ainsi, elles ont donné à chaque électeur une raison de mécontentement qui sajoute à de nombreux motifs dinsatisfaction. La population a cru aux promesses électorales des uns et des autres (emploi, terre, études
) et dans lincertitude, elle ne peut quexprimer sa colère.
La jeunesse éthiopienne est en première ligne et ce nest pas un hasard. Si les étudiants représentent une élite intellectuelle, frustrée par le manque de perspectives, de nombreux jeunes citadins nont que faire des analyses politiques et sont prêts à se saisir de la moindre occasion pour décharger leur rage, sans soccuper des conséquences, y compris pour leur vie.
Mike Honda, député californien, en visite en Éthiopie, appelle le pouvoir et lopposition à résoudre pacifiquement leurs différends et les autorités à faire preuve de modération dans leurs opérations de maintien de lordre, dans le respect des droits humains. Of course, serait-on tenté de dire. Mais quen est-il de lappui américain à lopposition éthiopienne ? Les Éthiopiens qui ne manquent pas dhumour parlent du tsunami CUD, évoquant le raz-de-marée de cette coalition dopposition, inexistante il y a six mois à peine, qui va rafler une bonne partie des sièges du parlement et pourquoi pas la majorité. Espérons que ce tsunami-là ne sera pas meurtrier on a en a déjà malheureusement les prémices et quil ouvrira la porte à lexpression démocratique de tout un peuple. CD
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