(Les nouvelles dAddis, Paris, 24 juin 2007)
14 juin 2007. La juge Sophie Clément, en charge de linstruction du dossier, demande au procureur de Paris de rendre publics les éléments du dossier qui prouvent la piste criminelle et mettent fin à lhypothèse récurrente du suicide.
Cette demande intervient, entre autres, après la parution dun article dans Paris-Match, signé de Chris Lafaille accréditant, preuves à lappui, la thèse du suicide du juge. Chris Lafaille aurait enquêté durant sept mois sur le terrain. En toute liberté, curieusement, quand on sait les pressions quont subies dautres enquêteurs plus circonspects quant à cette thèse du suicide (un journaliste de RFI, par exemple). On notera dailleurs avec quel empressement lAgence djiboutienne dinformation (ADI, gouvernementale), « avec laimable autorisation de lhebdomadaire parisien » sest fait le relais de cet article (11/06/07), en publiant de larges extraits sur son site. Phénomène assez peu courant concernant des articles de la presse française.
19 juin 2007. Le président Sarkozy reçoit Mme Borrel à lÉlysée. Entre temps, le procureur de Paris confirme lorigine criminelle du décès du juge Borrel.
Pour sa part, le président français se serait engagé à faire respecter lindépendance de la justice. Ceci méritait peut être dêtre rappelé, eu égard au traitement judiciaire particulier dont a fait lobjet ce dossier. Mais que le Président dun État de droit, fût-il parallèlement président du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), ait besoin de préciser que la justice sera indépendante laisse rêveur.
La réaction côté djiboutien est très virulente. Le procureur général de Djibouti, Djama Souleiman, avait dénoncé, dans un communiqué (13/06/07, ADI) « le climat de gangstérisme judiciaire et de terrorisme médiatique entretenu par la partie civile et les syndicats de magistrats autour de linstruction de laffaire Borrel ». Paris-Match pas plus que Europe 1 (16/06/07), qui avait interviewé lenquêteur de lhebdomadaire, ne doivent faire partie des terroristes médiatiques
20 juin 2007. Au lendemain de lentrevue entre le président français et Mme Borrel, les accusations djiboutiennes sorientent vers lÉlysée.
Dans un communiqué (ADI), le procureur général de Djibouti estime que « la justice française nest plus indépendante ». Sil veut bien prendre acte de la volonté du président français de faire toute la lumière sur cette affaire, il engage les autorités françaises à se pencher « sur la nécessité de rechercher le rapport entre la mort de Bernard Borrel et la soixantaine de diplomates, militaires et coopérants français priés par lÉtat français décourter leur séjour à Djibouti après la mort du juge ». M. Djama Souleiman disposerait-il dinformations à ce sujet ? Informations qui, peut être, accréditeraient la thèse du suicide retenue par lenquête djiboutienne.
Personne ne met en doute lindépendance de la justice djiboutienne ; on notera donc que M. Djama Souleiman vient de recevoir un appui de taille en la personne du président Ismael Omar Guelleh qui déclare dans un entretien à paraître dans Jeune Afrique (25/06/07) que laffaire Borrel est « une affaire franco-française ». Autrement dit que Djibouti na rien à voir là-dedans.
Dans ce cas, Djibouti aurait tout intérêt à transmettre au plus vite les éléments en sa possession au juge instructeur pour mettre fin à ce « climat de gangstérisme judiciaire et de terrorisme médiatique » qui brouille limage dun pays qui vient de se voir désigner à la vice-présidence de la Commission des droits de lHomme des Nations Unies
Ce qui prouve bien, à qui en douterait, que Djibouti est un modèle de respect des droits de lHomme et des libertés fondamentales.
Il reviendra donc à la France, pays où la justice « nest plus indépendante » (depuis le 19 juin ?, M. Guelleh ne le précise pas) de faire la lumière sur la mort très suspecte dun de ses magistrats
sur le territoire djiboutien. CD