Visite d'État en France du président djiboutien
Des affaires sous le manteau
Après le sommet Europe-Afrique de Lisbonne, le président de la République de Djibouti, Ismaël Omar Guelleh sest rendu en France pour une visite dÉtat de 3 jours (10, 11, 12 décembre 2007). Visite en toute discrétion il faut le dire. Tant du côté djiboutien que du côté français, médias compris, le black-out a été quasi général jusquau second jour. Le président Guelleh aurait-il été lotage des frasques médiatiques du flamboyant président libyen ? Ou bien les présidences française et djiboutienne ont-elles cherché à séviter une action des juges en charge de laffaire de lassassinat du juge Borrel ?
(Les nouvelles dAddis, Paris, 12 décembre 2007)
À moins darriver de la planète Mars, il serait difficile dignorer la visite en France du colonel Kadhafi, le leader libyen, tant les réactions sont nombreuses. En revanche, celle de son homologue djiboutien, Ismaël Omar Guelleh ne semble guère retenir lattention, ni des médias ni de la classe politique. Pourtant, il a été reçu par Nicolas Sarkozy le jour de son arrivée et il a bénéficié dun entretien de 45 minutes le lendemain. Aux dires du porte-parole de lÉlysée, les deux chefs dÉtat « sont tombés daccord sur le fait que la France et Djibouti entretiennent des relations dÉtat à État qui sont des relations de confiance ». Voilà qui nous rassure.
Rappelons que peu après son élection, le président français avait reçu à lÉlysée Madame Borrel, la veuve du juge Borrel, ce qui avait provoqué de vives réactions à Djibouti, dont des manifestations tout aussi spectaculaires que spontanées contre la France et sa justice.
Rappelons aussi que ladite justice serait fort intéressée par une audition en tant que témoin du chef de lÉtat djiboutien dans lenquête sur la mort du juge Borrel. Mais nul doute que le président Sarkozy a évoqué cette épineuse question avec son homologue djiboutien, puisque le porte-parole de lÉlysée a précisé : « la justice est indépendante » et « les États nont pas à simmiscer dans le travail des juges ». Cest bien lavis des juges dintruction dailleurs, qui auraient préféré que les États en question ne se soient pas autant mêlé de cette affaire
Pour revenir à la visite officielle du président Ismaël Omar Guelleh, le programme est chargé. Mis à part ses entretiens avec Nicolas Sarkozy, il a été reçu à dîner par le ministre de la Défense, Hervé Morin, le 11 décembre. Auparavant, le secrétaire général de la Francophonie, Abdou Diouf sétait entretenu avec le président djiboutien, qui aujourdhui rencontrera le président du Sénat et le ministre de la Coopération et de la Francophonie, M. Jean-Marie Bockel, puis participera à une rencontre au Medef, avant dêtre reçu à dîner par le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner.
Même si, comme on dit désormais en haut lieu en parlant de certains chefs dÉtat, Ismaël Omar Guelleh est un client comme un autre, sa visite en France provoque lindignation des associations de défense des droits de lhomme. Mais elles sont bien les seules ou presque à sen émouvoir. Le retard au démarrage des médias français est un peu étrange. Fallait-il éviter toute manifestation dhostilité dopposants djiboutiens ? Fallait-il retarder une éventuelle action des juges chargés de lenquête sur la mort du juge Borrel ? Les journalistes français seraient-ils refroidis par la récente inculpation de leur confrère Guillaume Dasquié pour « détention et divulgation au public de renseignement ou fichier ayant le caractère dun secret de la défense nationale », portant entre autres sur des documents relatifs à laffaire Borrrel ?
Nul ne le sait, on notera donc que certaines visites sont plus bruyantes que dautres. Il est vrai que le client Ismaël Omar Guelleh est surtout celui de larmée française quon qualifie généralement de grande muette. CD, AL