(Les nouvelles dAddis, Paris, 31 janvier 2008)
La Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye doit se prononcer sur la requête déposée par la République de Djibouti contre la République française pour non respect des accords dentraide judiciaire en matière pénale, signés par les deux pays.
Cette requête est liée à lassassinat du juge Bernard Borrel sur le territoire djiboutien, en 1995, et au refus des autorités gouvernementales et judiciaires françaises de transmettre les éléments du dossier dintruction aux autorités djiboutiennes.
Parmi les autres griefs retenus par Djibouti contre la France, le fait que celle-ci aurait violé lobligation de respect de la personne, de la liberté et de la dignité du chef de lÉtat djiboutien et de ressortissants djiboutiens jouissant dune protection internationale. Il sagit là de la demande daudition en tant que témoin assisté du chef de lÉtat djiboutien et des mandats darrêt internationaux émis en octobre 2006 contre le procureur de la République, Djama Souleiman Ali, et contre le chef des services secrets, Hassan Saïd.
Djibouti parle « de faits illicites et inexplicables » au regard des traités de coopération judiciaire et damitié signés par les deux pays en 1976 et 1986. Et estime quune condamnation de la France par la Cour internationale pourrait éviter « leffritement des principes essentiels damitié et dentraide ».
La France réfute ces accusations, estimant quappeler le chef de lÉtat de Djibouti à déposer comme témoin dans une procédure judiciaire nest pas porter atteinte à sa dignité.
Pour de nombreuses personnes impliquées de près ou de loin dans le dossier de laffaire Borrel, cette requête déposée par Djibouti auprès de la CIJ aurait été suggérée à Ismaël Omar Guelleh, le chef de lÉtat djiboutien par son ancien homologue français, Jacques Chirac.
Sur le fond, la CIJ estimera-t-elle que la France a violé les accords internationaux et bilatéraux dentraide judiciaire ? Ces accords outrepassent-ils ceux de lÉtat de droit français, dont celui de la séparation des pouvoirs exécutif et judiciaire et sopposent-ils aux « intérêts primordiaux de lÉtat », un des arguments français ? Autre argument, la CIJ nest pas habilitée, selon la France, à se prononcer sur sur les questions des mandats darrêt et de la convocation à témoigner. Pour la France, Djibouti tenterait de faire de la CIJ une « chambre dappel contre les procédures françaises » qui lui déplaisent.
La CIJ ne statuera pas sur le fond de laffaire Borrel ; elle na dailleurs pas souhaité entendre madame Borrel. La Cour, comme cest son rôle, doit uniquement statuer sur le différend qui oppose lÉtat djiboutien et lÉtat français.
La décision de la Cour ne solutionnera pas le dossier de laffaire Borrel. Elle pourrait cependant le compliquer si la CIJ condamne la France à transmettre aux autorités djiboutiennes toutes les pièces de linstruction. Cest la crainte des défenseurs de madame Borrel qui regrettent quelle nait pas pu être entendue par la Cour.
La Cour internationale de justice est souveraine et ses décisions sont sans appel. Elle pourrait prendre plusieurs mois pour rendre son jugement. CD